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Comment les enfants de jihadistes rapatriés en France sont-ils pris en charge?

Des enfants entourés des Forces armées kurdes à Baghouz, en Syrie, le 5 mars 2019

Des enfants entourés des Forces armées kurdes à Baghouz, en Syrie, le 5 mars 2019 - - BULENT KILIC / AFP

Douze enfants français en très bas âge ont été remis dimanche à la France par les autorités kurdes en Syrie et sont arrivés ce lundi sur le territoire. Cinq orphelins avaient déjà été rapatriés en mars.

Douze enfants français orphelins, isolés ou vulnérables qui se trouvaient dans des camps kurdes en Syrie ont été remis dimanche à la France. Ils sont arrivés ce lundi en France. C'est la deuxième fois qu'une opération de ce type est menée. Le 15 mars, cinq enfants de jihadistes qui se trouvaient dans des camps du nord-est de la Syrie avaient aussi été rapatriés. Un soulagement pour les familles qui réclament de plusieurs mois le retour de leurs petits-enfants, au titre de la protection de l'enfance. Une fois pris en charge à leur arrivée, c'est tout un travail de fond qui démarre alors pour les aider à se reconstruire.

"Un traitement spécial"

Le 8 mai, la ministre des Armées Florence Parly avait en effet assuré que le pays allait "très probablement" rapatrier d'autres enfants de jihadistes. Un défi inédit relevé par la France qui va accueillir à 75% des enfants de moins de 7 ans. Mais si leur retour sur le sol français est une question délicate - Jean-Yves Le Drian avait assuré en janvier qu'ils bénéficieraient d'un "traitement spécial"- leur prise en charge par l'État français est désormais effective et encadrée. Qu'il s'agisse d'enfants de jihadistes orphelins ou rentrés avec leurs parents, le dispositif mis en place est le même et chacun fait l'objet d'une prise en charge systématique.

À leur arrivée en France, tous les mineurs sont pris en charge par la juridiction compétente la plus proche de l'aéroport où ils atterrissent, dans les Yvelines pour ceux arrivés à Villacoublay comme ce lundi, ou comme le tribunal pour enfants de Bobigny en Seine-Saint-Denis pour ceux passés par Paris-Charles-de-Gaulle, qui comptabilise 61 arrivées de Syrie depuis 2016, selon les informations du Parisien. Pour ces dernières, il s'agit d'enfants rentrés avec leur famille, notamment après avoir été expulsés de Turquie. Dans ce cas, les jeunes ont quasi immédiatement été séparés de leurs parents, eux même arrêtés à leur descente de l'avion.

Creuser l'histoire familiale des enfants

Un bilan médical d'urgence est alors effectué afin de détecter d'éventuels problèmes de santé. Une évaluation de leur état psychologique est également réalisée. Ayant vécu les bombardements, ou encore la séparation d'avec leurs parents, ces enfants souffrent de "stress post-traumatique complexe", avait expliqué à BMFTV.com Pierre Dutertre, médecin psychothérapeute.

Ils sont ensuite pris en charge par l'Aide Sociale à l'Enfance (ASE) de Seine-Saint-Denis dans le cadre d'une ordonnance de placement provisoire et confiés à des familles d'accueil volontaires sélectionnées par l'ASE. Le juge pour enfants a ensuite dix jours pour organiser une première audience en présence des avocats, des enfants, des éducateurs et des parents (lorsque ces derniers sont sur le sol français). L'objectif étant de statuer sur leur avenir et de faire un point sur leur intégration. Une mesure judiciaire d'investigation éducative (MJIE) est ensuite ordonnée par les magistrats dans le but de creuser l'histoire familiale des enfants et de déterminer la suite (s'ils pourront être confiés à des parents proches, etc.).

Suivi psychologique et scolarisation

Ils sont également suivis psychologiquement avec des rendez-vous hebdomadaires chez le psy, comme l'explique une éducatrice de l'ASE au Parisien. Un investissement important en terme de temps et de personnel pour ces enfants qui bénéficient d'une attention particulière.

La priorité est également de scolariser rapidement ces mineurs. Comme l'expliquent nos confrères, l'Education nationale est mise au courant de la situation du nouvel élève, mais c'est à lui que revient la décision d'en parler, ou non, à ses camarades.

Si des réticences ont été exprimées par l'exécutif concernant le rapatriement d'enfants de jihadistes français détenus en Syrie, la Commission nationale consultative des droits de l'homme (CNCDH) et le Défenseur des droits ont récemment interpellé le gouvernement à ce sujet. Expliquant que "le meilleur moyen de préserver la sécurité des Français est de tout mettre en oeuvre pour garantir la réinsertion sociale de ces enfants".

Le président de la CNCDH a jugé "insuffisante" la politique du cas par cas mise en place par le gouvernement, assurant qu'"il incombe à l'Etat de protéger ses ressortissants, en particulier les enfants en bas âge et ceux qui ont été touchés par des conflits armés".

Manon Fossat