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Un singe frappe deux pierres ensemble et crée des outils...par hasard

Le singe capucin frappe une pierre contre la roche.

Le singe capucin frappe une pierre contre la roche. - capture d'écran d'une vidéo Youtube

Dans un parc national brésilien, un singe capucin a été observé en train de produire des éclats tranchants en frappant deux pierres entre elles. Et si les premiers outils étaient nés par hasard?

C’est un geste étrange qui est à l’origine de cette étude parue dans le dernier numéro du magazine scientifique Nature. Une équipe anglo-brésilienne est ainsi allée observer des singes capucins (plus précisément des sapajous à barbe) dans le parc de Serra Da Capivara, dans le nord-est du Brésil. Elle a pu y voir ces petits primates tenter de trouver leur bonheur avec des cailloux: en éclatant fruits et noix ou encore en débusquant des araignées dans le sol. Mais un autre comportement, enregistrée dans la vidéo ci-dessous, a passionné les chercheurs.

Un capucin préférait frapper la roche avec son galet, apparemment sans rime ni raison. Après l’impact, le singe se précipitait pour lécher la poussière produite. Les motivations derrière cette consommation sont encore très obscures mais ce qui a intéressé les spécialistes est ailleurs. Au cours de son petit manège, le capucin a, à plusieurs reprises, généré des éclats de pierres tranchants, très similaires aux outils les plus archaïques utilisés par les homininés (l’ensemble d’hominidés dont descend l’homme moderne).

Le hasard était-il de la partie?

Bien que le singe n’en ait fait quoi que ce fût, cette production involontaire de morceaux de pierre aiguisés invite à se poser la question de l’invention des premiers outils. Et si les spécimens les plus rudimentaires, jusqu’ici attribués à l’homme, étaient en fait dues à l’hyperactivité vaine d’un singe pareil à celui de Serra Da Capivara?

C’est en tout cas en ce sens que pointe la vidéo de Nature qui avance ces mots: "Donc, quand des archéologues tombent sur des éclats de pierre tranchants, il y a deux possibilités: soit ceux-ci ont été conçus involontairement par des singes, soit volontairement par un humain."

"C'est comme comparer des oranges et des pommes"

Mais le professeur Eric Boëda, professeur des technologies préhistoriques et de la géologie de la préhistoire, interrogé par Le Monde.fr, tient à nuancer l’implication de la découverte de ses confrères: "Nous avons retrouvé sept ou huit types d’outils qui n’auraient en aucun cas été produits par des chutes de pierre et diffèrent des éclats des capucins". L’expert ajoute, devant les similitudes des outils façonnés et des éclats: "Il faut savoir lire le caillou taillé, retrouver la mémoire de l’intention qu’il porte en lui."

"C’est comme comparer des oranges et des pommes", s’énerve presque le chercheur Sileshi Semauw sur le site de la revue The Atlantic qui rappelle que nos lointains aïeux, non seulement taillaient la roche intentionnellement afin de couper leur viande, mais nous ont laissé la preuve de leur savoir-faire: des os portant des coupures accomplis par des pierres ont été trouvés à proximité de celles-ci.

Entre l'aléatoire et l'invention technique, il n'y a qu'un pas

Ces dénégations remettent donc les choses à leur place mais ne réfutent pas l’idée que les premiers cailloux taillés aient pu devoir leur naissance au hasard d’un agissement simiesque. Mais comment expliquer alors le passage de l’aléatoire, du morceau de roche dont on ne fait rien, à la pierre tranchante servant de couteau, par exemple?

Il se pourrait que la réponse tienne à une impasse pratique. Michael Haslam, un archéologue qui a participé à l’étude publiée par Nature, a observé que l’endroit où le capucin frappait sa pierre contre la roche était loin de l’endroit où il cherchait sa nourriture:

"L’une des caractéristiques les plus importantes pour qu’un outil soit utile, c’est de l’avoir sous la main quand on en a besoin. Toute personne ayant oublié son chargeur de portable chez lui peut le confirmer. Si on commence à voir des singes ramener leurs éclats depuis la carrière, pour un usage ultérieur, ça deviendra intéressant."

R.V.