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Si la tartine tombe toujours du côté beurré, ce n'est pas de votre faute

Ce n'est ni votre destin ni une malédiction si votre tartine tombe systématiquement du mauvais côté

Ce n'est ni votre destin ni une malédiction si votre tartine tombe systématiquement du mauvais côté - Flickr CC Marco Verch

C'est votre petite tragédie matinale. Vous faites systématiquement tomber votre tartine côté beurré. Sachez que vous n'y êtes pour rien, c'est scientifiquement prouvé.

Cela fait presque partie de votre routine quotidienne. Au moment d'avaler en vitesse votre petit-déjeuner tout en enfilant vos chaussures, le café dans une main et la tartine dans l'autre, patatras, cette dernière s'écrase au sol. Et immanquablement, c'est le côté tartiné qui se retrouve contre terre. Vous vous dites que c'est de mauvais augure, que la journée ne pouvait pas plus mal commencer, vous invoquez Murphy et sa "loi de l'emmerdement maximum". Mais rassurez-vous, vous n'êtes ni maudit ni le seul. Car si la tartine tombe côté beurré, ce n'est pas de votre faute.

Un Ig-Nobel pour son étude sur la chute des tartines

Un scientifique s'est très sérieusement penché sur le problème. Le physicien britannique Robert Matthews, membre des très respectables Royal Astronomical Society et Royal Statistical Society, a même reçu en 1996 un Ig-Nobel (prononcé "ignoble") de physique - parodie du prix Nobel décernée chaque année à dix recherches insolites "qui font d'abord rire les gens, puis réfléchir" - pour ses travaux sur le sujet.

"Nous avons étudié la dynamique du pain grillé tombant d'une table au sol. Selon l'opinion populaire, cela se termine toujours sur le côté beurré du toast et semble constituer une preuve de la loi de Murphy (‘si quelque chose peut mal tourner, cela arrivera’). Cependant, du simple point de vue statistique, ce phénomène, par essence soumis au hasard, devrait conduire à un partage 50/50 entre les deux éventualités. Or, nous démontrons ici que, sous l'emprise d'un grand nombre de facteurs, les tartines ont effectivement tendance à tomber sur leur côté beurré", explique le chercheur de l'université d'Aston, à Birmingham.

Il a ainsi établi un modèle de calcul et décrit par le menu le mécanisme de la chute du toast. Ses conclusions sont sans appel: si la tartine s'écrase côté beurré/confituré/pâte-à-tartiné, ce n'est en rien dû au hasard. "Ces résultats sont imputables aux valeurs des grandes constantes fondamentales de l'Univers. Ainsi, cette manifestation de la loi de Murphy apparaît comme une caractéristique inéluctable de l'univers", s'amuse Robert Matthews, qui s'est aussi demandé dans d'autres travaux pourquoi les commodes étaient toujours pleines de chaussettes dépareillées ou s'il fallait prendre un parapluie lorsque la météo annonce des averses.

"Comme n'importe quel objet en mouvement, la tartine répond aux lois de la physique et de la mécanique, en l'occurrence la gravité par la chute et la rotation par la perte du point d'appui, remarque pour BFMTV.com Daniel Hennequin, physicien et chercheur au CNRS. Si ce genre d'étude peut prêter à sourire, en réalité, elle permet de faire de la physique dans une démarche scientifique".

62% des tartines tombent sur la face beurrée

Car cinq ans plus tard, Robert Matthews récidive et en fait la preuve par l'expérience. "Il simplifie les paramètres: comprendre ce qu'il se passe lorsqu'une tartine tombe, selon le mouvement de la main, avec la possibilité d'heurter un doigt présentait trop de variables", explique Daniel Hennequin. Dans son modèle, la tartine est poussée du rebord de la table. Mécaniquement, sa chute l'entraîne dans une rotation. 

Il mobilise des milliers d'écoliers britanniques. Sur 9821 chutes de tartines, 6101 tombent côté beurré. Soit 62% d'atterrissages face tartinée au sol. Et ce n'est absolument pas lié à la présence plus ou moins généreuse de beurre.

"Le fait d'ajouter quelque chose à la tartine, à moins que ce ne soit en couche aussi épaisse que la tartine elle-même, ne change pas la donne, poursuit Daniel Hennequin, chercheur au laboratoire de physique des lasers, atomes et molécules de l'Université Lille I. D'ailleurs, ce qui serait déterminant avec cet ajout de matière ne serait pas la modification du poids de la tartine mais de son centre de gravité".

2,5 mètres de haut pour atterrir du bon côté

C'est en réalité la hauteur de la table qui est à l'origine du drame matinal. Avec une table classique d'environ 75 cm de haut, si une tartine chute, elle a tout juste le temps de faire un demi-tour avant de s'écraser. Preuve en est: si vous tentez l'expérience avec un livre, il tombera le plus souvent sur la couverture.

"Selon les calculs de Robert Matthews, la tartine fait un tour en 0,7 seconde. Mais avec une table de 75 cm, elle met 0,39 seconde à arriver par terre, elle n'a pas le temps de faire un tour complet."

Pour que la tartine fasse un tour complet et tombe donc sur le côté non beurré, il faudrait que la table fasse au minimum 2,5 mètres de haut. Robert Matthews l'a prouvé: la tartine n'atterrit alors plus qu'à 47% face beurrée. "En réalité, il suffit même d'un trois quart de tour pour que la tartine se rééquilibre du bon côté", ajoute Daniel Hennequin. Vous savez donc ce qu'il vous reste à faire pour mieux commencer vos journées.

Céline Hussonnois-Alaya