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Oreilles, queues, becs: le changement climatique pousse certains animaux à changer de morphologie

Un conservateur de l'environnement accompagne des éléphants dans un centre de préservation à Xishuangbanna, en Chine, le 20 juillet 2021

Un conservateur de l'environnement accompagne des éléphants dans un centre de préservation à Xishuangbanna, en Chine, le 20 juillet 2021 - Hector RETAMAL © 2019 AFP

Les éléphants ont par exemple des oreilles plus ou moins grosses selon leur besoin de combattre la chaleur pour survivre.

Face au changement climatique, des animaux du monde entier sont en train de changer de morphologie. Oreilles plus larges, queue plus longue ou bec plus gros: selon une étude, le dérèglement climatique oblige de nombreuses espèces à "changer de forme" pour survivre.

Ces recherches publiées dans la revue scientifique américaine Trends in Ecology and Evolution du groupe Cell Press, affirment en effet que des "preuves généralisées" de changements ont été trouvées, notamment dans la taille des appendices (queue, oreilles, bec...) de plusieurs espèces d'animaux.

Pendant des décennies, les recherches avaient permis de remarquer les modifications dans les schémas de reproduction et de migration de certaines espèces pour éviter des niveaux de chaleur trop élevés. L'analyse du zoologiste Joel Allen avait notamment permis de remarquer que les animaux des climats chauds avaient tendance à avoir des appendices plus gros, pour mieux se protéger de la chaleur.

L'éléphant d'Afrique, qui supporte des températures avoisinant les 40°C par exemple, se sert de ses larges oreilles pour réguler sa température corporelle. Alors que son cousin d'Asie, qui habite lui à l'ombre des forêts, a des oreilles bien plus petites.

De nombreuses espèces d'oiseaux sont également touchées par le phénomène. À l'image des becs de deux perroquets australiens, les cacatoès gang-gang et les perroquets à croupion rouge qui ont augmenté de 4 à 10 % en taille depuis 1871.

Le changement climatique, une "variable commune"

Pendant longtemps, ces changements de morphologie n'ont été attribués qu'au changement d'habitat des animaux, ou à des modifications dans leur régime alimentaire. Finalement, en se basant sur des examens approfondis d'archives de musées, les chercheurs publiés dans Trends in Ecology and Evolution ont remarqué que c'était bien le changement climatique la "variable commune" à toutes ces évolutions rapides. Selon Sara Ryding l'une des auteures de l'étude, cela peut expliquer pourquoi ces changements touchent des espèces très différentes aux quatre coins de la planète.

"Il est grand temps que nous reconnaissions que les animaux doivent également s'adapter à ces changements, mais cela se produit dans un laps de temps beaucoup plus court que ce qui devrait normalement se passer dans l'évolution animale. Le changement climatique que nous avons créé exerce beaucoup de pression sur eux, et si certaines espèces s'adapteront, d'autres ne le feront pas" a déclaré dans les colonnes de Vice Sara Ryding, doctorante en ornithologie à l’université australienne Deakin.

"Dumbo dans un avenir pas si lointain"

Alors si les augmentations de la taille des appendices observées jusqu'à présent "sont assez faibles, à moins de 10% en général" selon Sara Ryding, les effets pourraient tout de même rapidement se voir sur certaines espèces.

"Les appendices importants, tels que les oreilles, devraient augmenter et nous pourrions donc nous retrouver avec un vrai Dumbo dans un avenir pas si lointain", lance la doctorante dans un communiqué publié sur Scimex, un support d'informations scientifiques australiennes.

Néanmoins, Sara Ryding met en garde. Ces changements de morphologie des animaux pour s'adapter à de nouvelles conditions de vie n'ont rien d'une bonne nouvelle, et plusieurs espèces pourraient même ne pas y parvenir. Les scientifiques espèrent que leur travail pourra faire avancer les recherches sur les impacts divers du dérèglement climatique.

Louis Augry