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Mars: à quoi va servir le rover Perseverance?

L'appareil de la Nasa aura, entre autres, pour mission de prélever de nombreux échantillons afin de comprendre si de la vie s'est développée ultérieurement sur la planète située au terme d'un voyage de plusieurs mois.

Une tonne, six moteurs, quatre roues directrices et une valeur de plus de 2,5 milliards de dollars. Ce jeudi à 21h55, heure de Paris, on saura si Perseverance, le rover de la Nasa, a bien réussi à fouler le sol de Mars au terme d'un voyage de sept mois débuté en Floride - un événement à suivre en direct sur BFMTV et BFMTV.com. Le robot aura pour principale mission de trouver des traces de vie ancienne sur la planète rouge, en collectant pendant plusieurs années jusqu'à une trentaine d'échantillons de roche.

Avant cela, l'appareil devra passer par l'épineuse étape de l'atterrissage, qualifiée de "sept minutes de terreur" en raison du caractère périlleux de cette pourtant courte manœuvre. "Quand on regardera sur place ce qui se passe sur Mars, ce sera déjà fini puisque les signaux ont besoin de 11 minutes pour nous revenir sur terre", soulignait Jennifer Trosper, cheffe adjointe de la mission Perseverance.

Séquence de dix ans

Une fois posé à l'intérieur d'un cratère nommé "G Zéro", qui possiblement fut auparavant un cours d'eau, Perseverance devrait pouvoir débuter sa récolte.

"On va chercher des roches sédimentaires, volcaniques, altérées par l’eau, il y a un peu de tout ça dans G Zéro", explique sur BFMTV Francis Rocard, responsable des programmes d'exploration du Système solaire au Centre national d'études spatiales (CNES), auteur de “Dernières nouvelles de Mars.”

"On va maximiser la diversité et on voudrait un peu toutes ces composantes: argiles, carbonates, sulfates", poursuit-il. "On va rechercher des molécules organiques elle-même issues de processus biologiques, des preuves de vie ancienne qui seraient dans ces échantillons."

Selon lui, il s'agit du "début d’une séquence de dix ans, il doit rapporter des échantillons sur Terre, Perseverance va déposer des tubes bien scellés pour les récupérer ultérieurement, en 2026 et 2027", ajoute ce dernier.

Ces tubes devront être rapportés sur Terre par une future mission, afin d'être analysés, et de peut-être enfin pouvoir répondre à "l'une des questions qui nous habitent depuis des siècles, à savoir, sommes-nous seuls dans l'univers?", a souligné ce mercredi Thomas Zurbuchen, administrateur associé pour la science à la Nasa.

La superCam, une technologie française

Le véhicule, le plus gros et le plus avancé jamais envoyé sur la planète rouge, est équipé d'une caméra super-puissante, la SuperCam, mise au point par un consortium de laboratoires, dont l'Institut de recherche en astrophysique et planétologie (IRAP) et le Cnes.

Juché en haut de Perseverance, l'instrument va étudier les roches martiennes en son et lumière, avec son rayon laser et un micro, toujours à la recherche de traces d'une vie passée sur la planète rouge. Deux autres instruments européens seront de l'équipée, l'espagnol MEDA et le norvégien RIMFAX, pour mesurer respectivement les paramètres atmosphériques de Mars et sonder son sous-sol.

De la taille d'une boîte à chaussures, pour quelque cinq kilos, SuperCam va déployer ses "super-pouvoirs" du haut d'un mât. Avec des outils supplémentaires d'analyse et de commande américains, placés dans le corps du rover.

"C'est une vigie géophysique, qui donnera la direction pour aller prélever un échantillon et examiner son environnement", explique à l'AFP l'astrophysicien Sylvestre Maurice, de l'Institut de recherche en astrophysique et planétologie (IRAP), qui a conçu l'instrument. Il est aussi à l'origine de sa sœur aînée, ChemCam, toujours à l' œuvre sur le rover américain Curiosity depuis 2012.

Lasers

La tête du rover est équipée d'un laser, dont le tir sur une roche, jusqu'à 7 mètres de distance, en vaporise une minuscule partie sous forme de plasma. La lumière émise est analysée par un spectromètre (LIBS) dévoilant "les éléments dont sont fait les roches", comme par exemple le fer, la silice ou l'aluminium.

Mais "pour aller vers des traces de vie, il faut plus que la chimie, et analyser les molécules, faire de la minéralogie", explique Sylvestre Maurice, astrophysicien et chercheur de l'IRAP (Université de Toulouse III-CNRS-CNES). Et donc être "beaucoup plus ambitieux, en rajoutant trois techniques", dit-il.

Avec un tir laser en lumière verte, jusqu'à 12 mètres, associé à une spectrométrie Raman qui observe comment les atomes de matière s'organisent. Un spectrométre infrarouge complètera cette observation en analysant, jusqu'à l'horizon, la façon dont la lumière du soleil est réfléchie par la cible. Enfin, un microphone, "une première sur Mars", informera sur la dureté de la roche, grâce à l'analyse du "clac" que fait le tir de laser en la frappant.

Opérant à distance, SuperCam sera complémentaire des deux "instruments de contact" américains, PIXL et SHERLOC. Situés au bout d'un bras articulé, en bas du rover, ils vont respectivement étudier la composition chimique et chercher une signature biologique sur les roches. Les tirs de laser de SuperCam aideront à choisir les meilleures cibles, et à en "nettoyer" la surface avant l'examen par PIXL et SHERLOC.

Prochaine étape, des hommes sur Mars?

Une mission importante à bien des égards. Comme l'estime Francis Rocard, un succès pourrait accélérer l'arrivée des hommes sur Mars.

"Ce serait la première fois qu'on ferait l'aller-retour, et aussi un signal très fort pour dire que si on sait le faire avec des robots, alors il n'y a pas de raisons de ne pas le faire avec des hommes. Mais on est sur du très long-terme, et c'est autour de 2050 que l'homme posera le pied sur Mars", suppute-t-il.

En attendant, ce jeudi, l'atterrissage de Perseverance sera suivi par Emmanuel Macron depuis le siège parisien du Centre national d'études spatiales (Cnes). Le chef de l'État profitera de cette visite pour s'entretenir avec des chercheurs et des astrophysiciens, ainsi que par visioconférence avec l'astronaute Thomas Pesquet, actuellement en plein préparatifs aux États-Unis pour son deuxième envol, en avril, vers la Station spatiale internationale (ISS).

Hugo Septier avec AFP