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Des chercheurs percent les secrets de l'ADN de momies égyptiennes

Des momies retrouvées récemment sur un site de la province de Minya en Egypte. (Photo 'illustration)

Des momies retrouvées récemment sur un site de la province de Minya en Egypte. (Photo 'illustration) - KHALED DESOUKI / AFP

Une équipe scientifique internationale a étudié l'ADN de 151 têtes de momies égyptiennes embaumées entre 1.300 avant Jésus-Christ et le Ve siècle. Cet examen montre des différences génétiques importantes entre ces momies et les Egyptiens actuels.

On pensait la gageure trop lourde, le défi presque impossible à relever. Pourtant, une équipe de scientifiques internationaux, pilotée par le Max Planck Institute For The Science Of Human History située dans la ville allemande d'Iéna, a réussi à extraire et séquencer l'ADN de momies égyptiennes. La nouvelle a paru le 30 mai dernier dans la revue spécialisée Nature communications, dont vient de rendre compte Le Monde

La température des tombeaux, principal obstacle

Pour y parvenir, les experts ont employé les principes de la phylogenèse, une méthode qui consiste à étudier les variations des séquences ADN pour établir les liens de parenté, les origines des individus ou populations examinés et leur histoire biologique.

Afin de remplir ces objectifs, il faut cependant que l'ADN soit de bonne qualité et lisible. Il est notamment nécessaire que l'organisme à étudier n'ait pas été trop bouleversé par des ADN extérieurs provenant par exemple d'analyses précédentes, ou de bactéries. Et sous cet aspect, pratiquer la phylogenèse sur les momies est particulièrement compliqué dans la mesure où la température des tombeaux où l'on ensevelissait les les corps mais aussi les techniques d'embaumement ont une fâcheuse tendance à brouiller les pistes. 

Toutefois, ces difficultés n'étaient pas de nature à effrayer cette équipe scientifique qui a réussi à extraire et séquencer les ADN de 151 têtes de momies découvertes dans le site d'Abousir Al Malek, sur les bords du Nil et au centre de l'Egypte, une région où l'on s'adonnait pieusement au culte du dieu des morts, Osiris. Ces dépouilles ont en plus la vertu de représenter une longue chronologie: ces morts remontent de 1.300 avant Jésus-Christ au Ve siècle de notre ère. C'est surtout les débris d'os et de dents qui ont été mis à profit par les chercheurs. 

Les deux leçons des momies

L'étude a permis de dégager deux enseignements principaux. Le premier, qui tient à la stabilité des génomes malgré l'écoulement du temps, c'est qu'à l'évidence les dominations de l'Egypte par des peuples d'origine grecque et macédonienne à partir d'Alexandre le Grand et la dynastie des Ptolémée à partir du IVe siècle avant Jésus-Christ, puis d'origine romaine essentiellement après la défaite et la mort de Cléopâtre en 30 avant Jésus-Christ n'ont pas eu une grande influence génétique sur les locaux, ce qui pourrait indiquer que les populations autochtones et étrangères se mélangeaient peu.

Dans leurs travaux, les savants avancent un élément d'explication, tout en admettant que le métissage était peut-être plus important au nord du delta du Nil où ces puissances étrangères étaient plus concentrées: on percevait à l'époque l'appartenance ethnique comme primordiale pour conserver ou transmettre certains statuts politiques ou juridiques, notamment du côté romain. Ainsi, pour léguer à ses enfants le titre de citoyen romain, les parents devaient alors tous deux être romains. 

La seconde leçon que ces momies portaient dans leurs os nous apprend que les anciens Egyptiens étaient génétiquement très différents des Egyptiens contemporains. Là où les anciens s'avéraient être proches des populations du Proche-orient, même actuelles, les Egyptiens de 2017 ont davantage en commun avec les populations d'Afrique subsaharienne. La raison pourrait tenir à l'intensification des relations commerciales entre ces voisins après la fin de la période romaine. 

Robin Verner