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Trois ans après le premier cas de Covid-19 confirmé en France, un nouveau virus serait-il mieux géré?

Un homme masqué passe devant centre de dépistage au Covid-19, le 16 juillet 2022 à Nantes

Un homme masqué passe devant centre de dépistage au Covid-19, le 16 juillet 2022 à Nantes - Loic VENANCE © 2019 AFP

Masques, surveillance, prévention... Trois ans après l'arrivée officielle du Covid-19 en France, qu'a-t-on vraiment retenu de cette pandémie?

C'était il y a trois ans exactement. Le 24 janvier 2020, Agnès Buzyn, alors ministre de la Santé, annonçait les deux premiers cas confirmés de Covid-19 en France. Un troisième était déclaré dans la journée. Depuis, les confinements, les déconfinements, les vagues épidémiques, les campagnes de vaccination et rappel se sont succédé. Mais qu'a-t-on vraiment appris de la pandémie de Covid-19?

"Inutile" était le mot utilisé par Olivier Véran le 4 mars 2020 pour décrire l'usage des masques pour toutes les personnes n'étant pas positives au Covid-19, vulnérables face à cette maladie ou des professionnels de santé. Il y a quelques mois, il faisait son mea-culpa, déclarant au Parisien que "la vérité, c’est que, sur les masques, nous nous sommes trompés, ni plus ni moins".

Pour l'infectiologue Benjamin Davido, il s'agit d'une leçon qui sera probablement retenue: "on ne referait pas la même erreur demain, le mot 'masque' est rentré dans le vocabulaire".

"Dans la population, il y a une plus grande connaissance des réflexes de santé publique comme le port du masque ou le lavage de mains", abonde le sociologue des politiques de la santé Daniel Benamouzig.

"Tout le monde sait ce qu'est un masque et idéalement quand il faudrait le mettre. La grande inconnue est de savoir si cela va persister", ajoute le directeur de recherche au CNRS.

De meilleurs outils de surveillance

Celui qui a fait partie du Conseil scientifique concernant le Covid-19 estime que la pandémie a également mis au jour le fait qu'"une fraction de la population est réticente à ces enjeux de santé publique, sur la question de la vaccination, des libertés individuelles ou d'une défiance plus générale envers les pouvoirs publics".

Il note aussi une "sensibilisation beaucoup plus forte des élues", au niveau local notamment, sur les enjeux de santé publique et une diffusion de l'idée que ces derniers "relèvent de la responsabilité de l'État".

Les outils de surveillance épidémiologique ont également été "mis en éveil" avec le Covid-19, souligne Benjamin Davido, infectiologue à l'hôpital Raymond-Poincaré de Garches. Début 2020, "on n'avait pas ce savoir-faire de la surveillance des agents infectieux" puisque les dernières alertes comme H1N1, Ebola, ou le SRAS ont finalement peu touché la France.

Pas assez de prévention

Pour autant, l'infectiologue estime qu'"on serait capables de réitérer les mêmes erreurs". Prenant l'exemple de la variole du singe, il note que "le temps de réaction a été long, on a eu du mal à être dans l'anticipation. Pourtant, on avait les tests PCR, le vaccin, on avait intégré le fait de tester des personnes asymptomatiques, et tous les pays ont quand même hésité".

Alors que le premier cas en France a été confirmé le 19 mai 2022, la vaccination préventive n'a été proposée qu'après l’avis de la Haute autorité de santé du 8 juillet 2022.

Les différents spécialistes interrogés par BFMTV.com s'accordent sur le fait que malgré trois ans d'épidémie de Covid-19, des progrès restent à faire sur l'anticipation et la prévention de ce type d'événement. Pour Alice Desbiolles, médecin de santé publique et autrice du livre Réparer la santé, "il faudrait plus insister sur la prise en compte globale de santé et la prévention des facteurs de risques, sur le plan environnemental par exemple".

En octobre 2020, des experts de l'ONU auteurs d'un rapport sur la biodiversité soulignaient que le risque de pandémie était notamment augmenté par les "activités humaines qui alimentent la perte de biodiversité". Ils estimaient aussi que le coût de la réduction des risques de pandémies était 100 fois moins élevé que le coût de la réponse à ces pandémies (médicaments, vaccins...)

Malgré ces enseignements et "en dépit de l'intérêt aujourd'hui porté à la prévention, on reste concentrés sur le traitement des maladies plutôt que sur les modes de vie et les déterminants et facteurs de risques pour la santé comme l'alcool, le tabac, l'alimentation ou le logement", regrette le sociologue Daniel Benamouzig.

Pas de retour global d'expérience

L'épidémiologiste Alice Desbiolles déplore aussi le manque d'un "vrai retour d'expérience, de débat entre citoyens, experts et politiques, qui aurait dû être porté dans le débat public. On a besoin d'un panorama global sur la gestion du Covid-19."

Même son de cloche chez l'infectiologue Benjamin Davido: "il faudrait qu'on puisse enclencher la rétrospective de ce qu'on a fait de bien et de moins bien".

"On n'a eu aucun retour d'expérience, y compris au niveau local, ce qui déstabilise les équipes après un effort sans relâche", se désole-t-il.

Cet effort demandé aux soignants depuis trois ans est justement un autre facteur de crainte face à une hypothétique nouvelle pandémie. "L'hôpital a été dévasté par les vagues successives et maintenant la triple épidémie" de Covid-19, bronchiolite et grippe et "l'offre de soins ne s'est pas agrandie", insiste Benjamin Davido. Résultat: "on fait avec les mêmes moyens, les mêmes âmes charitables, mais plus fatiguées".

Sophie Cazaux