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TOUT COMPRENDRE - Qu'est-ce que le molnupiravir, la pilule anti-Covid commandée par la France?

Mardi, Olivier Véran a annoncé la commande de 50.000 pilules anti-Covid que le laboratoire américain Merck vient de mettre à disposition, en attendant d'éventuelles autorisations de mise sur le marché. BFMTV.com passe en revue les informations disponibles sur ce traitement.

Ce pourrait être le chaînon manquant jusqu'ici à l'arsenal anti-Covid-19. Olivier Véran a ainsi annoncé ce mardi la commande par la France de 50.000 des pilules molnupiravir élaborées dans les laboratoires de la société américaine Merck (MSD). Signe de l'espoir suscité par ce médicament, la commande n'a pas attendu la fin des évaluations lancées par les autorités sanitaires internationales.

"50.000 doses de ce médicament vont être livrées à la France à compter des derniers jours de novembre ou des premiers jours de décembre, c'est-à-dire dès que les traitements sortiront des chaînes de production", a expliqué le ministre de la Santé lors d'une audition devant les sénateurs.

Si de nombreuses dimensions liées à ce nouveau venu pharmaceutique restent méconnues, voici ce que l'on sait de son fonctionnement et de son efficacité.

· À quoi est censé servir le molnupiravir?

Il faut d'abord tordre le cou à un éventuel malentendu. Le molnupiravir ne prétend pas proposer un traitement préventif contre la maladie. Ses objectifs se situent ailleurs: il est censé "réduire les formes graves, la durée de la maladie", a éclairé ce mercredi sur BFMTV Bruno Lina, professeur en virologie au Hospices civiles de Lyon, membre du Conseil scientifique.

Plus concrètement, le médicament vise une réduction des admissions à l'hôpital et l'abaissement de la viralité du virus. "Le grand bénéfice de ce traitement est d'être aussi efficace sur les variants", a affirmé sur BFMTV Jacques Zagury, directeur de la communication de MSD France.

Il s'agira donc de l'administrer a posteriori, après une contamination, et non pour se prémunir de la maladie. En revanche, il sera nécessaire d'ingérer la pilule au plus vite. "C'est un traitement qui peut avoir un intérêt quand il est donné très précocement dans la maladie", a poursuivi Bruno Lina qui a illustré:

"C'est le principe du 'dépisté-traité'. À partir du moment où on a un test positif, il faut que le traitement soit administré le plus rapidement possible parce qu'il est efficace au stade virologique de la maladie."

Par définition, étant une pilule, le molnupiravir a pour première vertu la facilité de son mode d'administration: la voie orale. Une fois avalé, le médicament va tenter de contrecarrer la maladie.

Le professeur en virologie Bruno Lina a décrit son action: "C'est un inhibiteur de la polymérase", c'est-à-dire "un produit qui va bloquer le fonctionnement de la protéine du virus qui est en charge de la multiplication du virus".

En d'autres termes, le principe du traitement va entraver la fameuse protéine Spike qui permet au Covid-19 de pénétrer les cellules et d'y proliférer.

· Que sait-on de l'efficacité du molnupiravir?

La question des essais cliniques est d'autant plus critique que de nombreux segments de la population appuient leurs inquiétudes voire leur hostilité devant les vaccins sur la rapidité de leur production et l'opacité supposée de leur élaboration.

En ce qui concerne le molnupiravir, Merck "vient d'annoncer au début du mois d'octobre les premiers résultats de l'essai de phase 3", a rappelé Jacques Zagury, directeur de la communication de MSD France. Le médicament a, à ce jour, été testé auprès de 800 patients, qui présentaient pour l'heure "des formes légères à modérées de la maladie".

Le laboratoire vante "une diminution de 50% du risque d'hospitalisations et de décès lorsque les patients sont traités par Molnupiravir", mais doit encore rendre publics les détails de ces essais.

Une étape cruciale se dresse encore devant l'autorisation de mise sur le marché du produit: sa validation par les autorités sanitaires. "Maintenant, on est en phase de discussion avec les autorités de santé, notamment au niveau européen où les autorités disposent de l'ensemble des informations sur le produit et celles-ci sont en cours d'évaluation", a ainsi reconnu Jacques Zagury.

Il a enchaîné: "On espère qu'on parle de quelques semaines à quelques mois, pour mettre le traitement à disposition des patients d'ici la fin de l'année en France". "Il se pourrait que certaines autorités aillent plus vite que d'autres mais ça va se jouer dans un mouchoir de poche puisque toutes les autorités évaluent actuellement les données", a ajouté le directeur de la communication de MSD France.

· Où le médicament sera-t-il disponible ?

La France a d'ores et déjà commandé 50.000 pilules. Les Etats-Unis ont frappé plus fort encore, achetant 1,7 million de doses. Outre ces deux commandes, Merck vise une distribution dans une "centaine" de pays, dixit Jacques Zagury auprès de notre antenne ce mercredi. Distribution conditionnée bien entendu aux évaluations enclenchées par les autorités sanitaires mentionnées plus haut.

L'entreprise américaine assure tenir à sa diffusion équitable de par le monde. Jacques Zagury a tenté de donner du poids à cette bonne intention via un exemple, annonçant qu'un accord avait déjà été conclu avec l'Inde pour une production "à bas coût" de la pilule à destination de ce pays. "Tous les pays ayant le même niveau de revenus auront le même prix", a-t-il promis.

· Combien va-t-il coûter ?

Nous voilà arrivés à la question du portefeuille. Aucun tarif officiel n'a encore été arrêté et aucune grille dévoilée - puisque le prix du médicament connaîtra des variations selon les régions du monde. Pour autant un élément permet de se faire une idée de son coût: mes États-Unis ont versé 1,2 milliard de dollars pour 1,7 million de gélules, soit 700 dollars l'unité, ou 600 euros.

Livré ainsi, le montant a quelque chose d'exorbitant. Pourtant, les réalités économiques quotidiennes régissant le domaine de la santé doit pousser à plus de nuance. C'est en tout cas l'invite lancée auprès de BFMTV par Frédéric Bizard, économiste spécialiste des questions de protection sociale et de santé: "C'est un calcul de coûts-bénéfices. Si on regarde le coût d'une hospitalisation - 1500 euros par jour - on voit que les 600 euros de coût unitaire de ce médicament est intéressant pour les États." Olivier Véran n'a, lui, pas précisé le montant de la commande française.

Robin Verner
Robin Verner Journaliste BFMTV