BFMTV

Tests Covid-19: certains professionnels pointent une pénurie de réactifs dans les labos, l'exécutif dément

Test PCR - Photographie d'illustration

Test PCR - Photographie d'illustration - Fred Tanneau

Le ministère de la Santé assure que les fabricants de réactifs sont en capacité de fournir nationalement le double de tests par rapport à la demande actuelle.

Après la pénurie de masques au printemps, celle des tests Covid à l'automne? C'est le bruit qui commence à monter à mesure que l'épidémie progresse à un rythme exponentiel, que les files d'attente devant les laboratoires s'allongent et, mécaniquement, que les besoins de dépister la population s'accroissent. Depuis plusieurs semaines déjà, certains professionnels du secteur s'alarment des carences en réactifs, nécessaires pour effectuer ces tests.

Le docteur Lionel Barrand, président du syndicat des jeunes biologistes médicaux, s'en était déjà inquiété sur LCI fin août. Ce mercredi sur RMC, il a affirmé que "plus de la moitié des laboratoires de France n'ont plus que quelques jours de réserve de réactifs". Ces substances chimiques sont utilisées pour analyser les prélèvements effectués et déterminer si un test PCR est positif ou non au Covid-19.

"Pour l'instant, on arrive à tenir mais certains laboratoires en rupture n'arrivent pas à rendre de résultats rapidement en l'absence de réactifs. Les autres laboratoires autour, à qui ils auraient pu envoyer les examens, ne le font pas parce qu'ils sont eux-mêmes en pénurie et sont débordés. Dans certaines régions on a des délais de résultats de tests très élevés", a prévenu le praticien.

Bientôt 1,6 million de tests par semaine?

Selon le ministère de la Santé, ces inquiétudes n'ont pas lieu d'être. "Les fabricants de réactifs sont en capacité de fournir nationalement le double de tests par rapport la demande actuelle", assure l'équipe d'Olivier Véran auprès de BFMTV.

"Le nombre de tests réalisés par semaine reste très important (plus d'un million de tests par semaine) et ne faiblit pas", poursuit le ministère.

L'exécutif va jusqu'à affirmer que "les laboratoires d’analyse et de biologie médicale (LABM) privés et publics sont en capacité de réaliser plus de 1,6 million de tests par semaine". "Cette capacité est en constante augmentation grâce aux investissements réalisés et à venir", promet-il, s'appuyant sur les remontées hebdomadaires déclarées par les grands groupes laborantins et les agences régionales de santé.

Et le ministère d'invoquer comme source une déclaration du Syndicat de l'industrie du diagnostic in vitro (SIDIV), qui relaie dans un post LinkedIn les résultats d'une enquête faite auprès des fabricants.

Cette enquête confirmerait que "leur capacité d’approvisionnement en tests de diagnostic moléculaire pour les deux prochains mois est plus de deux fois supérieure au besoin exprimé dans la stratégie nationale de diagnostic".

"Des tensions localisées existent"

Le problème, souligné par Lional Barrand, est que le quantitatif se fait d'après lui au détriment du qualitatif. "Tant qu'on n'a pas la possibilité de faire plus de tests, il faut cibler", dit-il, avant d'ajouter:

"Il vaut mieux faire 500.000 tests sur des personnes symptomatiques avec des résultats en 24 heures, plutôt qu'en faire un million avec des résultats en huit jours (...) Il faut arrêter la politique du chiffre et aller vers de la pertinence médicale pour que chaque balle tirée soit une balle réelle sur le virus et que l'on ne tire pas de cartouches à blanc."

Le ministère reconnaît que "des tensions localisées existent", mais "sur un faible nombre de fabricants". Et lorsqu'elles sont relayées, les ARS "établissent des liens avec les fournisseurs et (le ministère) pour prioriser et trouver des solutions".

"Lorsque des tensions existent, elles sont dues à une forte dépendance à un fabricant en forte tension alors que la majorité des laboratoires ont diversifié leurs fournisseurs. Elles sont très souvent temporaires et s’expliquent soit par un manque d’anticipation dans les commandes passées par les laboratoires soit par des retards de livraisons", poursuit-on avenue de Ségur auprès de BFMTV.

Sur ce point, Lionel Barrand affirme qu'en France "malheureusement, on produit peu de machines et de réactifs, surtout fabriqués aux Etats-Unis et en Corée du Sud". "De nombreux fournisseurs en France venus de l'étranger ont une préférence nationale et délivrent peu de matériel dans le pays", rapporte-t-il.

Par Jules Pecnard avec Margaux de Frouville