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Tatouages: comment les effacer?

Au salon du tatouage, en mars 2014.

Au salon du tatouage, en mars 2014. - -

Un patient sur trois regretterait son tatouage un jour. Mais cette opération reste compliquée, et chère, particulièrement pour les tatouages multicolores comme le rappellent les dermatologues.

Serment d'amour envolé ou bévue de jeunesse: faire disparaître un tatouage reste une opération souvent longue et coûteuse, pour un résultat pas forcément garanti.

Le thème du détatouage par laser sera l'un des points forts de la troisième édition des Journées de dermatologie interventionnelle qui s'ouvriront mercredi à Paris, alors que les adeptes de la peinture corporelle indélébile n'ont jamais été aussi nombreux dans le monde.

> Comment ça marche?

Des lasers spéciaux. Après le geste chirurgical avec sutures et parfois greffes de la peau, puis la dermabrasion (ou ponçage de l'épiderme), le laser s'est très largement imposé ces dernières années, grâce aux appareils dits "Q-Switched" qui permettent une fragmentation progressive des particules d'encre. "Une fois arrivées au stade de gouttelettes minuscules, elles peuvent être éliminées par l'organisme via les urines", précise le Dr Jean-Michel Mazer, directeur du Centre Laser International de la Peau de Paris (Clipp).

"Nous avons fait de gros progrès depuis le milieu des années 90 grâce à l'utilisation de lasers spécifiques permettant d'éviter les cicatrices, mais le processus reste long et onéreux", résume le docteur Mazer, qui effectue entre 20 et 25 détatouages par semaine.

De nouvelles techniques. Depuis l'année dernière, les dermatologues disposent d'un nouvel appareil perfectionné, qui permet une fragmentation encore plus importante de l'encre, et aboutit à une division par deux du nombre de séances nécessaires. Mais ces nouveaux lasers coûteux ne sont jusqu'ici accessibles que dans un nombre restreint de centres, et leur efficacité doit encore être confirmée.

> Combien ça coûte?

Pas de remboursement. Si cette technique permet d'éviter les cicatrices disgracieuses, elle nécessite généralement entre 8 à 12 séances, espacées de deux mois, en fonction de la taille de la zone à traiter. Chaque séance, explique le docteur Mazer, peut coûter de 150 à 300 euros, non pris en charge par l'Assurance maladie.

Des "détatouages" incomplets. Selon le docteur Michael Naouri, secrétaire du groupe laser de la Société française de dermatologie (SFD), qui cite une étude parue en 2012, seulement 50% des patients ont eu leur tatouage complètement effacé après 10 séances, et 75% après 15 séances.

> Qui est concerné?

Un tiers des tatoués. Selon une étude publiée l'année dernière dans la Revue britannique de dermatologie, près d'un quart de la population occidentale serait tatouée, et les deux tiers des tatouages réalisés avant l'âge de 20 ans. Un patient sur trois regretterait ensuite son tatouage, selon la même étude.

En France, le taux de tatouage serait de l'ordre de 10% dans l'ensemble de la population et avoisinerait les 20% chez les jeunes de 25 à 34 ans, d'après un sondage Ifop réalisé en 2010.

Un an après. Le nombre de ceux qui regrettent leur geste et veulent faire marche arrière augmenterait rapidement: bien qu'aucune statistique précise n'existe, une étude évalue ainsi à 10% le nombre de personnes qui veulent se faire détatouer au bout d'un an seulement. Le tatouage ne plaît plus parce qu'il est trop provocateur ou qu'il n'est plus d'actualité, mais également parce qu'il "risque d'être mal vu sur le plan professionnel", relève le docteur Mazer, citant le cas de jeunes qui se font détatouer pour pouvoir entrer dans la police.

> Quelles sont les mises en garde?

Attention à la couleur. Le risque d'échec, ajoute-t-il, "est plus important en cas de couleurs multiples, de densité importante, de tatouage récent et de séances trop rapprochées". Certaines couleurs posent plus de problèmes que d'autres: c'est le cas du rouge qui contient souvent un oxyde de fer et qui "peut devenir noir" après une séance de laser. Le vert et le jaune sont également problématiques et peuvent ne pas partir complètement, contrairement au noir ou au bleu foncé, indique pour sa part le Dr Mazer.

Deux à trois séances de laser suffisent en revanche, selon lui, pour venir à bout de tatouages rituels (polynésiens, maoris ou autres) faits au charbon de bois.

Attention aux tatouages cosmétiques. La technique n'est pas non plus conseillée pour les tatouages cosmétiques (sourcils ou lèvres) souvent réalisés par des esthéticiennes, et pour lesquelles il convient d'attendre qu'ils disparaissent d'eux-mêmes, généralement en l'espace de trois ou quatre ans.

A. D. avec AFP