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Rachat de MonDocteur par Doctolib: ce que ces sites changent pour les patients

(Photo d'illustration)

(Photo d'illustration) - Sous licence Creative Commons CC0

Doctolib va racheter MonDocteur et ainsi s'imposer comme le champion du rendez-vous médical en ligne. Si cette possibilité est souvent synonyme de facilité, elle pose aussi d'autres questions, notamment sur la protection des données des patients.

Doctolib vient d'annoncer le rachat de son principal concurrent, MonDocteur. Le nouvel ensemble sera présent chez 55.000 praticiens, soit environ 10% des 550.000 professionnels français du secteur médical que Doctolib, fondé en 2013, considère comme son marché potentiel. Ce dernier revendique d'ailleurs 2500 praticiens supplémentaires chaque mois.

Avec 20 millions de visites mensuelles, le groupe se présente comme la première plateforme de rendez-vous en ligne au monde en nombre, devant le groupe américain ZocDoc, qui a vu le jour en 2007, et très loin devant ses autres rivaux français, comme Pages Jaunes, Keldoc et RDVmédicaux.

Un tiers des Français prend rendez-vous en ligne

En moyenne, un médecin sur dix permet la prise de rendez-vous sur Internet. Les établissements de santé s'y mettent aussi, comme l'AP-HP, le CHU de Nîmes et d'autres hôpitaux de région. Du côté des patients, cela modifie profondément leurs habitudes. Un tiers des Français ont adopté cette pratique l'année dernière, selon le baromètre de la santé numérique.

Pour certains, cela représente une solution pratique synonyme de facilité et de gain de temps. Ce que confirme Marc Paris, responsable communication au sein de l'association de patients France Assos Santé. "Ces plateformes rencontrent du succès car elles sont pratiques et facilitent la gestion de rendez-vous, assure-t-il à BFMTV. Cela permet aussi aux patients de connaître l'offre de santé disponible, comme le fait Ameli.fr, l'annuaire de l'Assurance maladie, mais sans la possibilité de prise de rendez-vous."

"Cela ne pouvait pas se faire par téléphone"

Mais pour d'autres, ce n'est pas la panacée. C'est le cas de Maryse, professeure des écoles à la retraite. Cette habitante d'un petit village de Seine-et-Marne n'a pas Internet. "Il y a quelque temps, il fallait que je prenne rendez-vous pour une prise de sang très particulière dans un hôpital parisien, et cela ne pouvait pas se faire par téléphone, raconte-t-elle à BFMTV. Il a fallu que j'aille à la mairie de ma commune et que je demande à la secrétaire de le faire pour moi."

Même problème pour Evelyne, professeure de français à la retraite qui réside elle aussi en Seine-et-Marne. Cette dernière navigue sur Internet mais ne se sent pas suffisamment à l'aise avec cet outil. "Dans ma région, il y a de moins en moins de spécialistes, les cabinets ferment, confie-t-elle à BFMTV. Pour avoir un rendez-vous avec eux, je téléphone mais il faut à chaque fois attendre plusieurs mois. Alors je demande à ma fille de me prendre rendez-vous sur Internet avec des ophtalmologues ou dermatologues parisiens qui ont plus de disponibilités."

La protection des données des patients

Pour Marc Paris, de France Assos Santé, le problème est ailleurs. Selon lui, la question de la prise de rendez-vous médicaux en ligne n'est pas si anecdotique qu'elle en a l'air: "C'est une porte d'entrée dans le système de santé."

"Ce qui nous préoccupe, c'est de savoir si les droits des patients sont considérés et respectés. Ces plateformes sont avant tout pensées pour répondre aux besoins des professionnels. Notamment avec les dossiers médicaux en ligne. Plus l'activité de ces plateformes s'étend, plus la question se pose. Sous prétexte de rendre service, il ne faudrait pas remettre en cause les droits essentiels de protection de la santé des patients."

Téléconsultation et dossier médical en ligne

Doctolib s'intéresse en effet aux potentialités de la téléconsultation et à l'accès des patients à leurs données de santé, comme leur historique des visites, des ordonnances, des remboursements, contenues dans le dossier médical partagé (DMP) en cours de constitution par l'Assurance maladie.

Mais pas question pour Doctolib d'accéder à ces informations. Julien Méraud, le directeur de la stratégie de l'entreprise, a assuré à l'AFP que "les données ne (leur) appartiennent pas, elles sont la propriété des patients et des médecins".

Céline Hussonnois-Alaya