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Quels sont les effets de la pollution sur nos poumons?

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- - Le nuage de pollution cache la Tour Eiffel.

Une femme s'estimant victime de la pollution atmosphérique à Paris a décidé de poursuivre l'Etat pour "carence fautive" et son cas ne serait pas isolé. En milieu urbain, ses conséquences préjudiciables sur la santé humaine sont nombreuses, notamment au niveau respiratoire aussi bien à la suite d'une exposition à court terme qu'à long terme.

C'est une première en France. Une Parisienne de 56 ans a déposé plainte contre l'Etat au tribunal administratif de Paris mercredi 7 juin pour une raison bien particulière: depuis qu'elle habite la capitale, elle enchaîne les maladies respiratoires, rapporte Le Monde. Cette dernière se dit donc victime de la pollution de l'air et demande une indemnisation pour "carence fautive".

Elle est accompagnée dans sa démarche par les associations Respire, Ecologie sans Frontière et Générations Futures qui font savoir que plusieurs dizaines de dossiers sont en cours de dépôt. "Cela marque un tournant historique dans la reconnaissance de toutes ces personnes, victimes de la pollution de l’air.", déclarent-elles. Outre ces problèmes respiratoires chroniques, cette professeur de yoga dit vivre un vrai cauchemar à chaque pic de pollution, fréquents à Paris. Elle enchaîne par ailleurs les séjours aux urgences et cumule les traitements.

"Nous engageons la responsabilité de l’Etat, car nous considérons que les déboires médicaux subis par les victimes de la pollution sont le résultat de l’inaction des autorités administratives contre la pollution de l’air, qui cause chaque année 48.000 morts prématurées en France", explique au Monde son avocat François Lafforgue. En trois ans, les associations écologistes auraient déjà reçu près de 600 témoignages de personnes souffrant de la mauvaise qualité de l’air.

Les particules fines touchent le système respiratoire

Les conséquences sanitaires les mieux connus de la pollution atmosphérique sont en effet celles sur les voies respiratoires (affections respiratoires telles que la pneumonie, l’asthme et la broncho-pneumopathie chronique obstructive), principal point d’entrée de l’air et donc des polluants, et le système cardiovasculaire. Par ailleurs, la pollution atmosphérique peut favoriser une augmentation des symptômes allergiques comme les crises d’asthme ou une irritation de la gorge, des yeux et du nez.

Elle entraîne également une aggravation de maladies préexistantes, notamment les troubles cardiovasculaires et respiratoires. Une exposition de quelques heures à quelques jours (exposition aiguë) suffit pour provoquer cet effet. Mais comme le précise le ministère de la Santé, "c’est l’exposition chronique à la pollution de l’air qui conduit aux effets et donc aux impacts les plus importants sur la santé." Dioxyde d'azote, particules fines, ozone... autant de polluants néfastes pour la santé sur le long terme.

Les particules fines sont les polluants pour lesquels les effets sur la santé sont les plus documentés. Plus elles sont petites plus elles sont capables de pénétrer profondément dans les poumons et de passer par la circulation sanguine vers d’autres organes. En 2013, le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC), instance spécialisée de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), les a classés comme cancérigènes pour l’Homme.

Un risque de cancer pour les poumons

Ainsi, le risque ne concerne pas seulement les maladies respiratoires et cardiaques, mais aussi la survenue de cancer, notamment du poumon, chez les personnes exposées de façon chronique. En raison d’un niveau de preuves suffisant, ce sont les effluents d’échappement des moteurs diesel qui sont principalement mis en cause par le CIRC, qui les considère également comme cancérigène pour l'Homme.

Un risque qui concerne même les enfants, population particulièrement vulnérables aux effets de la pollution, selon l'Institut National du Cancer. "Plusieurs études évoquent la possibilité d’un lien entre le fait de vivre près d’une route à fort trafic et la survenue de leucémie chez l'enfant." explique-t-il. Compte tenu du nombre très important de personnes concernées, la pollution de l’air est de fait considérée comme le principal risque environnemental pour la santé dans le monde selon l'OMS.

Celle-ci estime que l'exposition à la pollution de l'air extérieur provoque 482.000 décès par an et chiffre le coût économique de ces décès prématurés, ainsi que des maladies provoquées, à 1,6 billion (ou 1 600 milliards) de dollars américains en 2010. En France, l’ANSP* a estimé que plus de 34 000 décès prématurés sont évitables chaque année. Avant même que l'Etat ne soit poursuivi par des malades, le pays était déjà menacé de poursuites par Bruxelles pour des dépassements répétés des normes européennes dans ce domaine.

*L'agence nationale de santé publique

Alexandra Bresson