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Premier mort français du coronavirus: pourquoi le patient zéro est difficile à retrouver

Après la mort du premier patient français, une enquête a été lancée pour retrouver le patient zéro, qui l'a contaminé. Mais outre la difficulté de retracer le parcours du malade, les caractéristiques du Covid-19 rendent difficiles l'identification d'un du transmetteur.

Qui l'a contaminé? Un premier Français est mort dans la nuit de mardi à mercredi après avoir été infecté par le coronavirus Covid-19, alors qu'il n'avait pas voyagé dans une zone à risque. Il s'agit d'un enseignant de 60 ans exerçant à Crépy-en-Valois (Oise), d'abord hospitalisé à Creil, avant d'être transféré à l'hôpital de la Pitié-Salpêtrière, à Paris, où il a succombé. Une enquête a été lancée pour retracer son parcours et trouver le patient zéro qui l'a infecté, et qui a pu infecter d'autres personnes.

"Ce qui nous inquiète, ce que l'on craignait un petit peu, c'est que l'on n'arrive pas à établir un lien direct entre le développement de cette maladie chez ce patient, qui a mal fini malheureusement, et un voyage ou un contact dans une zone où le virus sévit", comme le Nord de l'Italie, la Chine ou encore la Corée du Sud, explique sur BFMTV Frédéric Adnet, chef des urgences à l'hôpital Avicenne et du Samu de Seine-Saint-Denis.

Une propagation "silencieuse"

"Ça ne devrait pas trop nous étonner", déclare sur BFMTV Vittoria Colizza, directrice de recherches à l'Inserm (Institut national de la santé et de la recherche médicale). Selon elle, sur 10 cas de Covid-19 importés, 6 ne sont pas détectés, car les malades ne présentent pas de symptômes ou très faibles, et ne vont donc pas consulter.

Et même sans symptôme, "on peut le transmettre, donc générer des cas secondaires. L'épidémie peut donc se propager de façon silencieuse", continue-t-elle, "jusqu'au moment où il y a un cas grave".

Le Covid-19 est une "maladie dans laquelle on peut avoir des transmissions bien avant - un, deux, trois jours - la résurgence des symptômes". Et ce contrairement à une épidémie comme celle du Sras (syndrome respiratoire aigu sévère), lors de laquelle les symptômes apparaissaient avant la transmission de la maladie.

Une quinzaine de jours à retracer

D'après les débuts de l'enquête, l'enseignant a été mis en arrêt maladie à partir du 12 février, deux jours avant le début des vacances scolaires. Du rendez-vous avec son médecin généraliste jusqu'à son décès à l'hôpital de la Pitié-Salpêtrière, son parcours doit être complètement retracé sur cette période - il aurait pu être contaminé à l'hôpital - mais aussi les jours précédents, ce qui est plus difficile. 

"C'est un moment décisif parce qu'on parle de diffusion du virus actif dans un pays quand justement on n'est plus capable de retrouver la chaîne de contamination", a expliqué mercredi sur franceinfo l'infectiologue Anne-Claude Crémieux. Les "heures qui viennent sont déterminantes", selon elle.

Le service de réanimation de l'hôpital de Creil, où l'enseignant a séjourné, a été placé en quarantaine mercredi soir. Le "plan blanc" a été déclenché et une cellule de crise ouverte dans l'Oise. "Les cas contacts qui éventuellement présenteraient des symptômes seront pris en charge immédiatement par les hôpitaux des Hauts-de-France, afin d'être hospitalisés à l'isolement en attente d'un diagnostic", a déclaré mercredi Étienne Chamion, directeur général de l'agence régionale de santé des Hauts-de-France. Il a également précisé que la période d'incubation pour les élèves et le personnel du collège où travaillait l'enseignant est terminée.

Salomé Vincendon