BFMTV

Pourquoi le traitement par anticorps monoclonaux ne convainc pas tous les spécialistes

Le gouvernement a annoncé jeudi soir l'autorisation du traitement des personnes particulièrement vulnérables au Covid-19 par anticorps de synthèse. S'il s'agit là d'une nouvelle arme contre le virus, les scientifiques soulignent les contraintes thérapeutiques, financières et logistiques posées par cette méthode.

C'est une nouvelle corde à l'arc des soignants, le dernier arrivant dans l'arsenal thérapeutique destiné à enrayer la progression du Covid-19 en France puis à le vaincre. Mais la promesse annonce déjà ses limites.

Le gouvernement a ainsi déclaré jeudi soir, lors d'une conférence de presse menée par Jean Castex et Olivier Véran, qu'il autorisait le traitement par anticorps de synthèse - ou anticorps monoclonaux - à destination du public le plus âgé et le plus vulnérable afin de prévenir l'apparition chez eux de cas graves de Covid-19. Mais le médicament impose un investissement financier conséquent, un effort logistique du même ordre, et n'a pas fait ses preuves à l'égard des variants brésilien et sud-africain.

Par mimétisme

C'est le médicament Bamlanivimab, produit par la société Eli Lilly, qui a reçu le satisfecit des autorités française. Le traitement par anticorps monoclonaux consiste à sélectionner les anticorps les plus performants puis à les cloner et à les produire en masse en laboratoire avant de les injecter, par perfusion, aux patients dans le but de stimuler la réponse immunitaire de l'organisme face au virus.

Car ces anticorps de synthèse imitent l'action des anticorps produits en principe naturellement par le système attaqué, en identifiant et visant l'agent infectieux. Olivier Véran a assuré que des "milliers de doses" avaient déjà été dispatchées dans 83 hôpitaux avant qu'une "génération supérieure" du traitement nous parvienne d'ici-la mi-mars.

Les doses déjà disponibles "pourront commencer à être administrées avec prudence initialement dans un cadre hospitalier pour des patients âgés de 80 ans et plus, et qui ont des troubles de l'immunité", a circonscrit Olivier Véran. Une note de la Direction générale de la Santé (DGS) a précisé que le traitement concernerait à terme, en plus donc des personnes âgées ou très vulnérables, les transplantés d'organe.

Note salée

Ce traitement a cours depuis une trentaine d'années contre les cancers et est employé contre le Covid-19 depuis deux mois en Amérique du Nord. Avant ça, il avait même servi, à titre expérimental, à soigner Donald Trump.

Sur le papier, le Bamlanivimab a donc tout du complément idéal aux vaccins dans la lutte contre le Covid-19. Sauf que... sauf qu'il est tout d'abord si onéreux qu'il ne sera pas étendu très largement. Hervé Watier, professeur en immunologie, coordinateur du laboratoire MABImprove et spécialiste des anticorps thérapeutiques, a chiffré à l'AFP entre 1000 et 2000 euros le prix d'une seule dose. La note est bien sûr très salée bien que le professeur souligne qu'elle revienne moins chère qu'une journée en réanimation.

Efficacité remise en cause face aux variants

Le même homme a remarqué auprès du Parisien dans son édition du vendredi que son efficacité est inégale devant les variants qui prolifèrent actuellement parmi les nouvelles contaminations.

"Sur le britannique, oui (il est efficace, NDLR), mais a priori par sur les sud-africain et brésilien. C'est déjà pas mal". La note de la DGS s'est quant à elle bornée à glisser: "L'efficacité de ce traitement sur les variants dits sud-africain et brésilien n'est pas démontrée."

La part de la communication

Frédéric Adnet, chef des urgences de l'hôpital Avicenne de Bobigny en Seine-Saint-Denis craint quant à lui l'emballement, notamment en ce qui concerne la capacité du médicament à réduire la charge virale, comme il l'a dit au Parisien: "Les effets positifs sont surtout décrits dans les communiqués de presse. Cette communication sur l'arrivée d'un traitement est un peu précipitée."

Le traitement présente encore deux autres contraintes. Tout d'abord, destiné à prémunir contre les formes graves de la maladie, il a vocation à être dispensé au plus vite. C'est-à-dire dans les cinq jours suivant l'apparition des premiers symptômes.

"Si le malade a une forme symptomatique sévère, c’est déjà trop tard", a affirmé sur notre plateau dès jeudi soir le professeur Bertrand Guidet, chef du service de médecine intensive et réanimation à l’hôpital Saint-Antoine.

Et s'il faut aller vite, il y a cependant beaucoup à faire. D'autant qu'on ne peut injecter la dose que dans un cadre hospitalier, ce qui ne va pas sans quelques gageures. "C’est aussi un problème logistique. Il ne s’agit pas juste d’avaler deux comprimés. C’est en injectable. Il s’agit d’identifier les patients à risque et ça, ce sera en ville. Puis, il faudra envoyer les gens dans des centres et pour délivrer ce médicament à ces personnes, ça nécessite encore de la main d’œuvre, de la surveillance", a listé sur notre plateau jeudi soir Mathias Wargon, chef des urgences de l’hôpital Delafontaine de Saint-Denis.

Robin Verner
Robin Verner Journaliste BFMTV