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"Pire qu'il y a un an": les soignants ont l'impression de revivre le traumatisme de la première vague

Dans le service de réanimation de l'hôpital Avicenne de l'Assistance publique-Hôpitaux de Paris (AP-HP) à Bobigny le 8 février 2021

Dans le service de réanimation de l'hôpital Avicenne de l'Assistance publique-Hôpitaux de Paris (AP-HP) à Bobigny le 8 février 2021 - BERTRAND GUAY © 2019 AFP

Les chiffres des hospitalisations et des réanimations grimpent dans les établissements hospitaliers. Ceux-ci sont au bord de la saturation. Inquiets, les médecins donnent l'alerte.

Les jours s'égrènent et la situation sanitaire s'aggrave sur le front du Covid-19. Ce jeudi, le gouvernement devrait annoncer que trois nouveaux départements (le Rhône, l'Aube et la Nièvre) rejoignent les 16 territoires déjà concernés par un renforcement des restrictions. Mardi, dans un courrier adressé aux directeurs d'hôpitaux, Martin Hirsch, directeur général de l'Assistance Publique-Hôpitaux de Paris, s'est fait l'écho des difficultés des soignants:

"Beaucoup expriment le fait qu’ils trouvent la situation plus difficile à vivre qu’au printemps dernier, avec les incertitudes sur le moment où la courbe s’infléchira puis s’inversera, ce qu’on ne sait pas encore dire, avec aussi des patients qui s’aggravent très rapidement, indépendamment de l’existence ou non de facteurs de risques particuliers."

Les médecins qui sont intervenus ce jeudi sur BFMTV ou plus largement dans la presse relaient en effet ce constat douloureux.

"L'épidémie est hors de contrôle"

Réduite à quelques statistiques, la réalité présente est la suivante: à la date de mercredi, on a compté 26.876 malades hospitalisés en raison de leur contamination par le Covid-19 ; 4651 personnes sont placées en réanimation (après 374 admissions au cours des 24 heures précédentes).

Ces chiffres demeurent inférieurs aux pires moments du printemps dernier, lorsqu'on recensait 32.131 hospitalisés le 14 avril, et 7019 personnes en réanimation au 8 avril. Mais les courbes se rapprochent, et les schémas se ressemblent désagréablement.

"Depuis quelques semaines, nous ne sommes plus sur un plateau mais sur une augmentation", a prévenu l'ancien directeur général de la Santé William Dab sur BFMTV ce jeudi. "Et c’est une augmentation qui est un peu inquiétante parce que nos services hospitaliers de réanimation sont maintenant quasi-saturés, on ne peut même plus évacuer les malades vers d’autres régions. Aujourd’hui, l’épidémie est hors de contrôle", a-t-il déclaré.

Le retour d'un traumatisme

Frédéric Adnet, chef du service des urgences de l’hôpital Avicenne, était ce jeudi matin l'invité de RTL. Il a assuré: "Hier, j'étais dans mon service aux urgences et j'ai cru être revenu un an en arrière. Les patients qui ont le Covid occupaient les deux tiers des box d’examens." "Ça me rappelle cette crise qui nous a tous traumatisés. On a l’impression qu’on revit la même chose, avec un hôpital qui est plein, a du mal à absorber ces patients qui arrivent dans mes urgences", a-t-il poursuivi.

Il a dressé le tableau concret de l'épreuve traversée par son établissement: "On est complètement saturés, il n'y a plus de place en réanimation et on va essayer d’ouvrir de nouveaux lits. Les lits, on les a, les respirateurs on les a. Les surfaces, on les a. Le facteur limitant, c’est de trouver du personnel spécialisé pour ouvrir ces nouveaux lits."

La semaine prochaine comme épouvantail

"Nous nous débrouillons aujourd’hui pour avoir des lits pour demain et après-demain", a appuyé sur notre antenne Bruno Crestani, chef du service de pneumologie et responsable adjoint de la cellule de crise à l’hôpital Bichat à Paris. "On est à un moment critique, pour le moment on fait face mais je ne sais pas si on sera capable de faire face la semaine prochaine", a-t-il redoublé.

Dans Le Parisien, lundi, Jean-François Timsit, pneumologue et chef du service de réanimation de ce même hôpital Bichat, a déjà dépeint: "Dans tous les cas, nous savions que les deux prochaines semaines allaient être difficiles, mais on devine désormais que les suivantes le seront tout autant. Je suis très inquiet." Il a également affirmé: "Il est possible que l'on soit obligé de mettre des malades dans le couloir ou de doubler les chambres, même pour les situations les plus graves."

Manque de bras

Un manque de place que vient encore empirer un manque de bras et de perspective. Et cette fois, cet état de fait a quelque chose d'inédit.

"Grande différence par rapport à la première vague : toute la France est impactée, donc on a très peu de renforts de l'extérieur. On va faire appel à des renforts venant des écoles d’infirmiers, d’écoles d’infirmiers spécialisés, mais surtout on va déprogrammer, aller chercher des personnels dans d’autres services, et en premier lieu, en chirurgie", a ainsi lancé Frédéric Adnet sur RTL.

Les moyens font défaut, donc, face à un phénomène qui, s'il n'a pas encore la même ampleur que la première vague, tend à se hisser à sa hauteur et a plus largement gagné le pays. De plus, l'évaluation du virus doit s'ajuster.

"Il ne reste plus qu’un confinement strict comme solution"

"L’indicateur-phare suivi jusque-là c’est-à-dire le taux d’incidence n’est pas le reflet de l’épidémie dans sa forme actuelle", a commenté Benjamin Clouzeau, médecin-réanimateur à l’hôpital Pellegrin à Bordeaux, sur BFMTV ce jeudi, développant: "On a l’impression que très rapidement il y a une décorrélation entre le taux d’admission en réanimation et le taux d’incidence qui lui est monté un peu plus tardivement."

Pour Edouard Obadia, médecin-réanimateur à l’hôpital privé Claude-Galien à Quincy-sous-Sénart en Essonne, deux données nouvelles, liées au variant anglais, expliquent ce panorama, comme il l'a étayé sur notre plateau:

"L’âge des patients a baissé. On est plutôt entre 40 et 55 ans maintenant. Et on a des patients qui arrivent directement de chez eux, après être restés à la maison cinq ou six jours en se disant que ça allait passer, avant que les choses se dégradent brutalement."

"Quand on voit dans les reportages, le nombre de gens dehors sans les mesures barrières on se dit que ça ne peut pas tenir comme ça", a-t-il avancé. Déplorant la faiblesse de la vaccination et l'insuffisance des lits, Philippe Juvin, chef des urgences de l'hôpital parisien Georges-Pompidou et maire LR de La Garenne-Colombes, a indiqué sur BFMTV ce qui lui apparaît comme la seule solution possible désormais: "On n’est pas sûr actuellement de pouvoir traiter les patients Covid et les patients non-Covid. Il ne reste plus qu’un confinement strict comme solution si on veut pouvoir traiter les patients Covid et les non-Covid."

Robin Verner
Robin Verner Journaliste BFMTV