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Nez qui coule, éternuement, fatigue: pourquoi pensons-nous tous avoir eu le coronavirus?

Le coronavirus vu au microscope (image d'illustration)

Le coronavirus vu au microscope (image d'illustration) - AFP

Une quinte de toux, des troubles intestinaux et une sensation d'essoufflement en montant les escaliers: vous êtes convaincu d'avoir attrapé le Covid-19? Comme tout le monde.

Vous avez eu un peu mal à la tête le week-end dernier et quelques douleurs au genou en faisant votre jogging? Vous avez éternué quatre fois avant-hier, eu une quinte de toux dans la soirée et vous vous êtes mouché ce matin? Vous en êtes certain, c'est forcément le Covid. Comme un certain nombre de femmes et d'hommes à l'affût du moindre symptôme du SARS-CoV-2, vous êtes convaincu que vous êtes, vous aussi, tombé dans les griffes de la pandémie. 

"J'avais l'impression d'avoir les poumons serrés"

C'est le cas de Maryse (qui a souhaité n'être présentée que par son prénom), une retraitée de 74 ans, certaine d'avoir eu le coronavirus pendant le confinement.

"J'avais du mal à respirer, je me sentais oppressée, j'avais l'impression d'avoir les poumons serrés", raconte-t-elle à BFMTV.com.

Des douleurs qui irradient dans toute la poitrine et le dos - l'essoufflement ou les difficultés respiratoires faisant partie des symptômes les plus inquiétants. Rendez-vous pris chez son médecin traitant, qui craint une embolie pulmonaire, la septuagénaire ayant déjà fait plusieurs phlébites. Mais le taux d'oxygène dans le sang et les analyses sont bonnes.

Plusieurs jours plus tard, Maryse se sent toujours très oppressée et surtout particulièrement fatiguée. "Je ne pouvais plus marcher, dès que je commençais quelque chose, au bout de deux minutes, il fallait que j'arrête." Elle retourne chez son généraliste, qui lui prescrit - sur son insistance - un test PCR. Ce dernier s'avérera négatif. Une dizaine de jours sous anxiolytique feront disparaître les symptômes.

Faites le test avec vos proches, il y a de fortes chances pour que certains d'entre eux aient déjà envisagé, à plusieurs reprises même, d'avoir eu le coronavirus. Sur les réseaux sociaux, les témoignages d'hypocondriaques en puissance affluent.

"Ce n'est pas aberrant de se poser la question"

Une étude de l'Institut Pasteur a pourtant révélé mi-mai que le taux de pénétration du Covid-19 dans la population française avait été plus bas qu'attendu. Si les hôpitaux, les services d'urgence et de réanimation ont été saturés au pic de la pandémie, seuls 4,4% des 67 millions de Français et Françaises ont contracté le virus. Ce qui représente au total près de 3 millions de personnes. 

Pour Viviane Kovess-Masfety, psychiatre, épidémiologiste et auteure de N'importe qui peut péter un câble, s'imaginer avoir été touché par le coronavirus est une réaction naturelle. "On n'a parlé que de ça pendant des mois, on a répété aux gens qu'ils pouvaient être porteurs sains ou n'avoir que de légers symptômes, ce n'est pas aberrant de se poser la question", pointe-t-elle pour BFMTV.com. Ce serait même l'inverse qui serait inquiétant.

"Cela n'a rien d'une lubie de s'imaginer d'avoir été contaminée. C'est même plutôt normal, voire sain, vu le contexte inédit, même si évidemment cela dépend du mode de vie et de l'endroit où l'on réside."

D'une région à l'autre, le taux de personnes contaminées semble en effet varier considérablement. En Île-de-France, ce sont plus de 10% des habitants qui auraient été touchés alors qu'en Bretagne et Nouvelle-Aquitaine, deux régions relativement épargnées, ce serait moins de 3% de la population, selon de précédentes estimations de l'Institut Pasteur.

"On s'est tous dit: 'pourquoi pas moi'"

L'impression, voire la conviction d'avoir été atteint par le virus ne serait que l'expression des inquiétudes et des angoisses liées à cette situation inédite, explique à BFMTV.com Imane Adimi, psychologue clinicienne et psychothérapeute.

"Tout le monde a été effrayé. On connaît tous quelqu'un qui connaît quelqu'un qui a eu la maladie. Donc, potentiellement, je peux moi aussi avoir été facilement contaminé. On s'est tous dit un jour: 'pourquoi pas moi'. Avec le manque de place dans les services de santé saturés, on s'est aussi tous demandé ce qu'il nous arriverait si l'on devait être hospitalisé, avec la crainte que les médecins doivent faire un choix entre deux patients. Cela a exacerbé la peur de la maladie."

Cette psychothérapeute remarque que certains adultes comme certains enfants ont ainsi développé des troubles - phobie sociale, agoraphobie, troubles du sommeil ou tocs. "J'ai aussi des cas de dépression post-covid: le confinement a été une sorte de cocon protecteur, un petit monde préservé de la maladie." Ressortir, reprendre les transports en commun, c'est potentiellement s'exposer au risque.

"On a forcément tous eu un des symptômes"

Fatigue, fièvre, toux, écoulement nasal, vomissements, urticaire, perte d'odorat, gorge qui gratte, douleurs musculaires ou troubles intestinaux: "On a forcément tous eu, à un moment donné, un des symptômes même sans avoir attrapé le virus", poursuit Imane Adimi.

Et avec le rhume des foins qui fait des ravages - les allergies aux pollens sont particulièrement virulentes cette année - difficile d'y voir clair dans les symptômes, bien que les courbatures et la fièvre restent des maux réservés aux patients du Covid-19. Mais pour cette psychologue, rester vigilant ne signifie pas pour autant tomber dans la psychopathologie.

"Moi même, si je peux éviter de prendre le métro, je préfère marcher, ce qui n'est pas plus mal. Beaucoup de personnes présentent dorénavant un hygiénisme presque exacerbé, d'autres ne sont pas loin de l'hypocondrie. Mais si cela permet de revoir ses règles d'hygiène, sans pour autant tomber dans une phobie handicapante, c'est plutôt une bonne chose. Certains de mes patients m'ont dit qu'ils avaient appris à se laver les mains."

"Penser qu'on a eu le Covid, ça la dédramatise"

Antoine Demonceaux, médecin généraliste et psychanalyste à Reims, a lui aussi remarqué que certains de ses patients se disaient convaincus d'avoir attrapé le SARS-CoV-2. "Penser qu'on a eu le Covid, ça la dédramatise, analyse-t-il pour BFMTV.com. Se dire que ça n'a été qu'un rhume qui a duré trois jours avec quelques courbatures, ça rend la chose moins terrifiante et ça rassure." Lui même était convaincu d'avoir été contaminé, entre son cabinet, ses patients en Ehpad et ses gardes à l'hôpital. Et pourtant, il n'en est rien.

"Comme tout un chacun, j'ai eu mon lot de rhume ces derniers mois. J'ai récemment fait un test sérologique: il était négatif. J'en ai été déçu. C'est bien la première fois qu'on serait heureux d'avoir une sérologie positive!"

Pour ce médecin, s'il ne faut pas que cette "psychose collective" s'enlise - "je vois des gens qui mettent un masque pour monter dans leur voiture, de peur que le virus ne leur saute à la gorge" - cette certitude d'avoir eu la maladie est aussi un signe d'espérance. "L'espoir qu'on a eu le virus, et qu'on en est sorti."

Imane Adimi appelle également à raison garder. "Ce n'est pas parce qu'on aura discuté cinq minutes avec un voisin ou un collègue, à distance ou en portant un masque, ou qu'on aura touché quelqu'un que l'on aura attrapé le Covid. On ne va pas mourir si on serre une main." Et assure qu'avec certaines précautions - du port du masque au lavage des mains régulier "mais pas dix-huit fois par heure" - il est possible de reprendre le cours de sa vie un peu plus sereinement.

Céline Hussonnois-Alaya