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Née grâce à un don de sperme, Camille a souhaité retrouver son géniteur "pour évoluer"

Camille Chapin-Derennes raconte, sur notre antenne, son chemin "pour avoir plus d'informations", alors que le projet de loi bioéthique, qui contient la levée de l'anonymat pour les donneurs de sperme volontaires, revient à l'Assemblée ce lundi.

Avec le projet de loi bioéthique, de retour à l'Assemblée nationale ce lundi, les personnes nées grâce à un don de sperme pourraient avoir accès à certaines informations sur l'identité de leur donneur à la majorité: son nom, son prénom, sa taille ou encore la couleur de ses yeux. Une nouveauté qui ne pourra cependant pas se faire sans l'accord du donneur.

Une avancée considérable pour les 70.000 Français nés par insémination artificielle avec donneur (IAD), comptabilisés depuis le début des années 1970 par l'association Procréation Médicalement Anonyme (PMAnonyme), dont Camille Chapin-Derennes est présidente.

"Certaines personnes n'ont pas du tout cette envie d'en savoir plus. Et puis, pour beaucoup, il y a cette envie d'avoir au moins la possibilité de se dire 'si je le souhaite je peux avoir accès à ces informations'. Malheureusement pour nous, ça n'a pas été prévu jusque-là", explique sur notre antenne la jeune femme, née d'un don de sperme et qui a voulu retrouver le donneur.

Un test ADN

La jeune femme raconte avoir "toujours su" qu'elle était née d'un don. Ses parents lui ont dévoilé la vérité à 7 ans, ce qui lui a permis de "grandir avec". "Une chance" et "une force" pour elle, qui considère que l'"on se construit à travers cette information". À 28 ans, Camille Chapin-Derennes a souhaité en savoir plus sur ses origines. Savoir à quoi ressemble son donneur, d'où il vient, qui il est. "Des choses très basiques", résume-t-elle.

"Au moins quelques informations pour aider à se construire. Quand on se regarde dans le miroir, il y a certains traits de notre visage qui ne sont pas forcément ceux qu'on attend, ce n'est pas du côté de la mère, ce n'est évidemment pas du côté du père. Mais c'est donc cette troisième partie de nous, biologique, qui est inconnue. Pour ça, c'est hyper important de savoir d'où l'on vient pour avoir après la possibilité d'évoluer et de savoir qui on est", explique-t-elle.

Elle a donc décidé de se lancer dans un test ADN pour essayer de retrouver certaines personnes avec qui elle "partagerait un petit bout d'ADN pour avoir plus d'informations".

"Je ne savais pas comment réagir"

Pendant six mois, elle n'a eu aucune réponse. Avant de recevoir une correspondance avec sa cousine génétique, "qui n'était pas du côté de [sa] mère". "Je me suis dit que c'était trop gros, que j'étais sur le point de découvrir un truc tellement énorme que je ne savais pas comment réagir", se souvient-elle, émue.

"Je l'ai directement contactée et elle a accepté de m'aider très naturellement, en me disant: 'On va essayer de trouver qui est cette personne qui a donné'. On a pu remonter jusqu'à elle. Ça m'a permis d'avoir un nom, une photo, juste de savoir qui elle est. Ça ne change rien et, en même temps, ça change absolument tout. C'est comme si on était un grand puzzle de 100 pièces. On a 99 pièces [...] mais il manque cette petite pièce. Et là c'est comme si je venais coller la centième pièce et que j'avais toute mon histoire", raconte Camille Chapin-Derennes.

La jeune femme se sent aujourd'hui apaisée. Non pas qu'il s'agissait d'un "mal-être". Mais simplement d'un "manque", qui ne l'avait cependant jamais empêchée "d'avancer".

Clément Boutin Journaliste BFMTV