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Municipales: après l'intervention ratée de Macron auprès de Villani, le dépit des dirigeants de LaREM

Emmanuel Macron au mémorial Yad Vashem, à Jérusalem, le 23 janvier 2020

Emmanuel Macron au mémorial Yad Vashem, à Jérusalem, le 23 janvier 2020 - AFP - Abir Sultan

Après son entretien avec le chef de l'État, le candidat marcheur dissident à Paris a fait comprendre qu'il poursuivrait sa démarche "indépendante". Un choix qui illustre la difficulté du parti - même son fondateur - à imposer une discipline.

"La belle affaire", serait-il capable de commenter. Après s'être vu reprocher de laisser Benjamin Griveaux et Cédric Villani s'écharper à Paris, Emmanuel Macron a finalement tenté une médiation pour mettre un terme à un imbroglio qui, politiquement, risque de lui coûter cher. Bien mal lui en a pris: à la suite de l'entretien d'une heure sollicité par le chef de l'État au mathématicien pour lui demander de se "rapprocher" de Benjamin Griveaux, le dissident a purement et simplement refusé.

Depuis plusieurs semaines, de nombreuses voix réclamaient pourtant une prise de position présidentielle afin de "siffler la fin de la récréation" et de donner un soutien clair au candidat investi par LaREM - à l'image de celui exprimé par Édouard Philippe dès septembre.

"Mais cette réunion de dimanche à l'Élysée, ça n'est pas bien joué pour le président de la République, parce que ça l'affaiblit", constate, amer, un haut cadre du parti.

"Que des perdants"

Cédric Villani, qui a ajouté à son agenda une réunion publique lundi soir au moment même où son rival tiendra son deuxième meeting, est-il désormais condamné à être exclu de LREM? 

"Cédric Villani a fait le choix de la rupture avec le président de la République, il sort enfin de l'ambiguïté. Maintenant les choses sont très claires, on va enfin pouvoir parler de Paris et des Parisiens, c'est tant mieux", indique un proche du candidat Griveaux.

"Il faut faire attention, ça légitimerait une alliance verte avec Belliard", met tout de même en garde un marcheur historique. Le mathématicien a justement mis en avant ce dimanche soir la proposition du candidat écologiste David Belliard de former à Paris une "coalition climat" - même si pour l'heure, il n'y a pas répondu et renvoie son interlocuteur au soir du premier tour, le 15 mars.

"Villani se coupe de toute une partie de marcheurs"

"On ne peut être que content que Cédric Villani préfère la coalition climat plutôt que de répondre aux ordres de Macron. Maintenant, il va falloir passer à la deuxième étape et rompre avec la politique anti-climat et anti-sociale permanente du gouvernement", réagit Anne Souyris, porte-parole de David Belliard. Reste que Villani a pris un risque en s'attaquant frontalement au chef de l'État.

"Son expression était terriblement maladroite, parce qu'il se coupe de toute une partie de marcheurs et d'élus, qui sont légitimistes", estime un élu LREM, alors que le médaillé Fields était jusqu'alors "porteur pour beaucoup de députés de valeurs qui sont celles du mouvement depuis l'origine", selon une députée, et qu'il jouissait "de soutiens et d'amitiés au sein du groupe beaucoup plus forts que ceux de Benjamin Griveaux".

"La situation n'est pas très claire et elle n'est pas très bonne, ni pour le président, ni pour Villani, ni pour Griveaux", soupire un marcheur de la première heure. "La séquence ne fait que des perdants", ajoute-t-il.

Jules Pecnard avec AFP