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Municipales: la machine à perdre de LaREM peut-elle être enrayée?

Une urne - Image d'illustration

Une urne - Image d'illustration - Sébastien Bozon - AFP

Nombre de cadres et d'élus de la macronie anticipent déjà une contre-performance du mouvement présidentiel au scrutin de la mi-mars. À Paris, où la tentative de médiation du chef de l'État a échoué, l'échec risque d'être particulièrement cuisant.

Il aurait peut-être mieux valu qu'il s'en tienne (vraiment) à distance. Lors de ses vœux à la presse le 15 janvier, à deux mois du premier tour des élections municipales, Emmanuel Macron disait quelques mots de la manière dont il en interpréterait les résultats. Écartant l'éventualité d'un remaniement gouvernemental à la suite du scrutin, le chef de l'État annonçait qu'il n'en tirerait "pas, de manière automatique, des conséquences nationales". 

À dire vrai, peu de gens le pourront. C'est d'ailleurs l'un des espoirs de certains caciques de La République en marche, qui savent que le parti présidentiel se dirige potentiellement vers un cuisant bide les 15 et 22 mars. "On n'a rien à perdre, donc on ne peut que gagner", se rassurait encore il y a quelques jours un pilier du groupe LaREM à l'Assemblée nationale auprès de BFMTV.com. 

Miser sur l'élection de conseillers municipaux

Le fait est que dans la plupart des grandes villes, sans même compter l'embrouillamini parisien, le bilan risque d'être maigre. Alors certes, l'objectif pour les marcheurs est avant tout de faire élire des conseillers municipaux. Faisant le choix du pragmatisme, les dirigeants de LaREM ont validé le soutien à bon nombre de maires sortants, la plupart estampillés ou ex-Les Républicains (Toulouse, Angers, Dole, Chaville), d'autres issus du Parti socialiste (Clichy-sous-Bois, Châtillon, Trappes). 

Une stratégie consistant donc à "injecter du jaune" partout où cela est possible, pour reprendre l'expression d'un député LaREM. Avec l'idée, d'une part, d'étendre le maillage territorial d'un parti qui en manque cruellement - comme le fait remarquer Le Journal du Dimanche et comme a pu le constater BFMTV.com, l'objectif chiffré de 10.000 conseillers municipaux est le seul régulièrement évoqué par les marcheurs.

D'autre part, de façon plus souterraine mais non moins importante politiquement, LaREM ambitionne de s'appuyer sur cette nouvelle assise locale lors des élections sénatoriales de septembre. Mais ça, c'est une autre histoire. 

Une base agacée

En attendant, l'orientation choisie par les dirigeants - d'accrocher leurs wagons aux édiles Macron-compatibles et plutôt populaires dans leur ville - n'a pas tardé à agacer la base. Notamment les référents LaREM, qui se sont estimés lésés de ne pas avoir été retenus en priorité pour conduire des listes autonomes, malgré leurs efforts de ratissage du terrain depuis le début du quinquennat.

Conséquence: des cas de figure, dont Paris est le plus emblématique, où des marcheurs partent en dissidence. En faisant courir le risque, pourtant prévisible, de se faire étriller dès le premier tour. À la fois en raison de la multiplicité des listes en lice, de la jeunesse du parti et de l'impopularité du pouvoir exécutif qu'il soutient. D'où ce commentaire désabusé d'un poids lourd macroniste auprès du JDD:

"Paris, c'est foutu; à Marseille, je ne comprends plus rien; on ne va jamais y arriver à Montpellier; et à Bordeaux, on va se faire éclater."

Paris sous les projecteurs

Dans la capitale, vers laquelle l'ensemble des projecteurs médiatiques sera tourné le 15 mars, la partie semble déjà jouée. Dans un sondage Odoxa paru ce dimanche sur le site du Figaro, la maire sortante socialiste Anne Hidalgo est toujours en tête avec 23% des intentions de vote, suivie de sa concurrente LR Rachida Dati (20%). Le candidat officiel de LaREM, Benjamin Griveaux, n'en recueille que 16%, devant l'écologiste David Belliard (14,5%) et le marcheur dissident Cédric Villani (10%).

Ce dimanche, le mathématicien a confirmé son souhait d'aller jusqu'au bout "de manière indépendante", malgré l'injonction que lui a faite Emmanuel Macron de se "rapprocher" de Benjamin Griveaux. Une cruelle fin de non-recevoir pour le chef de l'État, qui s'était tenu à distance du duel fratricide qui se joue dans la capitale et qui rappelle celui qu'a connu la droite en 2001, lorsque Philippe Séguin et Jean Tiberi s'étaient fait face. Cette guerre dévastatrice avait permis à l'époque à la gauche, pourtant en difficulté, d'investir l'Hôtel de Ville. 

Si l'on s'en tient au sondage cité plus haut, Benjamin Griveaux risque d'être perdant quelles que soient les combinaisons de second tour envisagées. "On fait comme la droite depuis des années, on fait tout pour se diviser", nous glissait récemment une députée LaREM de premier plan.

Jouer l'ultra-local

Au plan national, le pouvoir macroniste peut espérer voir émerger un paysage si éclaté qu'il est impossible d'en tirer le moindre enseignement. "Notre objectif est de faire gagner nos idées, pas de planter des drapeaux", défend auprès du JDD Stanislas Guerini, délégué général de LaREM. 

La défaite parisienne sera toutefois difficile à balayer d'un revers de la main. Idem à Lyon où la situation, certes moins alarmante, s'avère plus compliquée que prévu pour Gérard Collomb. Ne restera que l'option de l'ultra-local. Comme nous l'expliquait un parlementaire LaREM très au fait des questions territoriales: 

"Je ne suis pas si inquiet. Les municipales vont se jouer aussi sur la question de la taxe d'habitation. C'est grâce à qui qu'elle a été supprimée? Bon. Et puis il y a l'amélioration des finances des collectivités territoriales. Pas toutes, mais beaucoup d'entre elles", avance-t-il auprès de BFMTV.com. Et le député de prédire:

"Les maires sortants qu'on soutient vont s'approprier ces résultats, tout en constatant qu'on n'a pas fait baisser leurs dotations. Ils vont jouer sur le flou d'un impôt local qui baisse."
Jules Pecnard