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Maladie de Kawasaki et Covid-19: ce que l'on sait sur la mort d'un enfant de 9 ans à Marseille

Un enfant de 9 ans est mort à Marseille vendredi dernier à la suite d'un arrêt cardiaque suivi de lésions cérébrales qui ont entraîné sa mort. Les tests ont démontré qu'il avait été atteint du coronavirus. L'aggravation de sa maladie et la contamination par le Covid-19 pourraient être liés.

Une équipe médicale de La Timone à Marseille (Bouches-du-Rhône), est revenue ce vendredi après-midi sur la mort d'un enfant de 9 ans, atteint d'un syndrome proche de la maladie de Kawasaki. Il s'agit du premier cas mortel dans le pays pour de telles affections qui touchent des enfants, et du deuxième en Europe, après le décès d'un garçon au Royaume-Uni. Cette maladie, peut-être liée au Covid-19, reste rare, avec 135 cas recensés dans l'Hexagone depuis le 1er mars, selon les dernières informations de la Direction Générale de la Santé à BFMTV.

Le professeur Fabrice Michel, chef du service de réanimation pédiatrique, a expliqué que l'examen de l'enfant avait été fait en deux temps. Le 2 mai, il s'était présenté avec une fièvre éruptive aux urgences pédiatriques de l'hôpital, présentant "un tableau clinique comparable à celui d'une scarlatine", a expliqué le Pr Michel. Un traitement lui a été prescrit, et "l'enfant ne présentait pas de signe de gravité, ce qui a justifié son retour à domicile".

Le diagnostic posé après un malaise grave

Mais dans la soirée du 2 mai, le garçon est admis au service de réanimation pédiatrique de la Timone "après un malaise grave à domicile", continue Fabrice Michel. Le diagnostic de la maladie de Kawasaki est posé "assez rapidement (...) car il y a eu des signes cardiaques remarqués sur l'électrocardiogramme", explique le médecin.

"L'enfant présentait des signes qui pouvaient ressembler à une maladie de Kawasaki et sa sérologie indiquait qu'il avait été en contact avec le coronavirus, sans en développer les symptômes, dans les semaines précédentes", a expliqué le Pr Michel. "Le tableau clinique de l'enfant s'apparente à un tableau clinique" des cas similaires répertoriés par Santé Publique France.

Mais "en dépit de soins prodigués par les équipes spécialisées qui le prenaient en charge, l'enfant est décédé le 8 mai après une semaine passée en réanimation pédiatrique à la Timone". La pathologie du garçon "a entraîné une atteinte cardiaque, qui a provoqué un arrêt cardiaque et des lésions cérébrales qui ont suivies, causes de sa mort", a détaillé le médecin.

Quel lien avec le coronavirus?

Selon le Pr Michel, l'enfant souffrait "d'une autre pathologie mais qui n'était pas un facteur favorisant pour développer la maladie". Les médecins étudient pour le moment le lien possible entre coronavirus et aggravation de la maladie Kawasaki.

"L'avenir nous le dira, mais nous les scientifiques qui étudions cela, avons l'impression qu'il y a un rapport avec le coronavirus", a déclaré lors de ce point presse Caroline Ovaert, cheffe du service de cardiologie pédiatrique et congénitale à la Timone.
Chez "une grande partie" des patients présentant des signes de Kawasaki, "on retrouve soit la PCR positive (test de dépistage du coronavirus), soit des anticorps positifs, mais pas dans tous les cas", continue Caroline Ovaert. "Ce que l'on sait, c'est qu'il y a une réaction inflammatoire extrêmement importante qui a lieu pour ces enfants-là, et qui semble être favorisée par le coronavirus. Mais tout ça est encore à l'étude et il est trop tôt pour être ferme".

Dans les derniers cas de Kawasaki recensés, "l'âge est un petit peu différent des cas habituels", explique Caroline Ovaert. "Cette maladie se présente plutôt entre 6 mois et 5 ans" habituellement, mais "ici l'âge est un peu plus étendu, avec une moyenne aux environs de 8 ans".

Dans quels cas s'inquiéter pour son enfant?

"Sans minimiser la gravité pour cet enfant, et le drame qu'est la perte d'un enfant, je crois qu'il faut vraiment rassurer les familles sur le fait que les complications sont rares", a tenu à préciser Hervé Chambot, professeur de pédiatrie. "Les formes pédiatriques sont rares et leur évolution est le plus souvent bénigne".

"C'est une pathologie encore méconnue, pour laquelle une alerte nationale a été lancée le 29 avril. Cette maladie est en cours de caractérisation au niveau international et national. Ce qui est certain, c'est qu'elle reste heureusement très rare", a également déclaré Fabrice Michel.

Les symptômes de cette maladie sont: "une forte fièvre qui va durer plusieurs jours souvent, une grosse fatigue, il peut y avoir des céphalées (maux de tête), des signes cutanés avec une éruption cutanée, très souvent des signes digestifs avec des douleurs abdominales et il peut y avoir des douleurs thoraciques quand il y a des atteintes cardiaques", a égrainé Fabrice Michel, ajoutant:

"Quand l'enfant est très fatigué a beaucoup de fièvre et qu'elle ne cède pas au bout de 24 heures, cela nécessite de voir un médecin".
Salomé Vincendon