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Lévothyrox: un numéro vert pour les patients

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Depuis plusieurs mois, des patients sous Lévothyrox se plaignent d'effets indésirables liés à une nouvelle formule de ce médicament indiqué contre les troubles de la thyroïde. Face à une demande d'informations croissante, l'agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) a mis en place un numéro vert. Si ce dernier permet de se renseigner, il ne permet pas d'effectuer des signalements.

Face aux nombreuses plaintes concernant le Lévothyrox, l'ANSM réagit. Cette dernière a fait savoir qu'elle ouvrait à destination des patients un numéro vert (0.800.97.16.53), accessible du lundi au vendredi de 9 heures à 19 heures. Ce dernier est destiné à renseigner les personnes qui se plaignent d'effets indésirables importants depuis que le médicament a changé de formule, à la demande de l'Agence en mars dernier.

Fatigue intense, mal de tête, prise de poids, constipation, vertiges... si ce n'est pas le cas pour tous les patients, un sondage mené sur le site de l'association "Vivre sans Thyroïde" montre que 80% des 254 votants se plaignent de changements indésirables. Les médicaments à base de lévothyroxine sodique sont indiqués pour traiter les hypothyroïdies ou les situations où il est nécessaire de freiner la sécrétion d’une hormone stimulant la thyroïde, appelée TSH (Thyroid stimulating hormone).

Si le principe actif reste le même, ce sont les excipients, comme le lactose, qui ont été remplacés. Pour Beate Bartès, présidente l'association Vivre sans Thyroïde, "quelques milliers de patients" sont concernés par ces effets indésirables liés à la nouvelle formule d'un médicament néanmoins prescrit chez trois millions de personnes en France. Elle estime que c'est surtout "le manque d'écoute et d'informations" qui a poussé les patients à signer une pétition (plus de 95 000 signatures).

"Les lignes sont le plus souvent saturées"

Celle-ci a été lancée en juin dernier pour demander à l'ANSM et au laboratoire Merck, qui fabrique le médicament, de revenir à son ancienne formule. "L'agence ne communique pas assez, elle n'a pas suffisamment anticipé cette phase de transition.", ajoute-t-elle. Si la mise en place du numéro vert est jugée utile car "les patients concernés ne savaient pas à qui s'adresser, les médecins ne les prenant pas au sérieux", celle-ci arrive trop tard. Tout comme "la mise à jour des informations" à destination des patients le 17 août.

La présidente de l'association, en contact avec l'ANSM, fait par ailleurs savoir que depuis le 23 août, jour de l'annonce du numéro, 23 000 personnes ont contacté cette plateforme d'informations. Mais les retours sont le plus souvent négatifs. "Les lignes sont le plus souvent saturées", fait-elle savoir. "Et quand un opérateur est au bout du fil, les réponses sont soit très brèves en raison du nombre d'appels soit elles consistent à recommander aux patients qui présentent le plus de problèmes de consulter un médecin."

Les questions les plus abordées ont notamment trait aux possibles effets indésirables rencontrés, aux personnes à contacter si c'est le cas, aux raisons de ce changement de formule, à la possibilité d'arrêter de prendre ce médicament ou encore si l'ancienne formule va revenir. "Les réponses données sont plus ou moins les mêmes que celles qu’on trouve dans les questions-réponses pour patients sur le site de l’ANSM.", indique Beate Bartès.

L'importance d'une consultation médicale

Contactée par Santé Magazine, l'Agence explique pour sa part que ce numéro vert est destiné à "informer les personnes qui n'ont pas forcément eu accès à ce document mais qu'il ne se substitue pas à une consultation médicale pour les questions d'ordre clinique". Par ailleurs, les patients ne peuvent pas effectuer de déclaration d'effets indésirables via cet appel: ils doivent se rendre sur le portail de déclaration du ministère de la Santé mais peuvent contacter le numéro pour comprendre la démarche à suivre.

L'ANSM ayant mis en route une enquête de pharmacovigilance, c'est en effet "la déclaration d'effets indésirables qui est la plus importante", fait-elle savoir. Un constat partagé par Beate Bartès, même si le terme "scandale sanitaire" n'est pas approprié selon elle: "des milliers de signalements ont déjà été effectués. Les patients qui présentent des effets indésirables, des signes d'hypothyroïdie ou d'hyperthyroïdie, depuis plusieurs semaines ne doivent pas hésiter".

Elle espère que "l'Agence analysera de très près les signalements" et qu'elle "communiquera sans donner l'impression de minimiser." Mais ce dernier, comme l'ANSM, affirme qu'un retour à l'ancienne formule n'est pas d'actualité. Elle est par ailleurs fortement déconseillée pour les patients. "Vous pouvez utiliser toutes les boites de l’ancienne formule si vous les avez conservées correctement. Dès lors que vous avez commencé à utiliser la nouvelle formule, il est recommandé de rester sur cette formule.", indique-t-elle.

Surtout, l'ANSM recommande aux patients qui présentent des symptômes pouvant indiquer un déséquilibre thyroïdien de consulter un médecin. Ce dernier pourra prescrire un dosage des hormones thyroïdiennes 6 à 8 semaines après le passage à la nouvelle formule, "afin de pouvoir ajuster le dosage si nécessaire." Les résultats de l'enquête de pharmacovigilance seront abordés avec les associations de patients, dont Vivre sans Thyroïde, en septembre prochain. "D'ici là, nous devons rassurer le plus possible.", conclut Beate Bartès.

Alexandra Bresson