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Lever de bouclier contre une étude médicale conseillant de manger viande et charcuterie

Un morceau de viande. (Photo d'illustration)

Un morceau de viande. (Photo d'illustration) - Marius Boatca / Flickr

Une étude concluant que "le risque potentiel est faible et les preuves incertaines" de développer des cancers et maladies du coeur en mangeant beaucoup de viande suscite l'indignation dans la communauté scientifique.

C'est une étude qui n'est pas passée inaperçue dans le milieu médical. La très sérieuse revue Annals of Internal Medicine a publié les résultats d'une analyse, réalisée par des chercheurs de sept pays, de toutes les recommandations de limitation de consommation de viande rouge et de charcuterie. Elle conclut que "le risque potentiel est faible et les preuves incertaines" pour les cancers et maladies du coeur. Des conclusions qui s'opposent donc aux avertissements des nutritionnistes et pouvoir public ces dernières années, et ne manquent pas de créer une vive polémique dans la communauté scientifique.

  • Ce que dit l'étude

Le groupe a ré-analysé collectivement les études existantes et estime qu'elles montrent que réduire la consommation de viande rouge abaisserait la mortalité par cancer de sept morts pour mille personnes, ce qu'il considère être une baisse modeste. Ils qualifient le degré de certitude de "faible", voire "très faible" pour la charcuterie et les maladies cardiovasculaires et le diabète.

En conséquence, les chercheurs "conseillent aux adultes de continuer leur consommation actuelle de viande rouge", c'est-à-dire une moyenne de trois à quatre portions par semaine en Amérique du Nord et en Europe. Même consigne pour la charcuterie.

Avec leur nouvelle analyse, les chercheurs disent vouloir faire mûrir le domaine des recommandations nutritionnelles, qu'ils jugent représentatives d'une "vieille école" qui estime que toute réduction de risque, aussi infime et incertaine soit-elle, apporte des bénéfices sociétaux, quels que soient les goûts individuels.

  • Ce qu'en pense la communauté scientifique

Ces consignes ont été dénoncées comme irresponsables par des organisations de lutte contre le cancer et des experts de santé publique. Ils ne contestent pas les résultats statistiques mais les conclusions: certes la réduction de risque est relativement faible, mais au niveau d'une population, l'impact est tangible.

C'est comme porter un casque à vélo, dit Marji McCullough, épidémiologiste de l'American Cancer Society. Certains aiment avoir les cheveux dans le vent, écrit-elle, mais "tout le monde s'accorde pour dire qu'il faut porter un casque, car les recommandations de santé publique sont fondées sur leur effet sur l'ensemble d'une population".

Des experts de l'école de santé publique d'Harvard contestent la notation "faible" accordée par les auteurs des nouvelles consignes aux études sur la viande. La plupart des études sur l'alimentation sont "observationnelles", c'est-à-dire qu'elles suivent des gens dans la durée en tâchant d'enregistrer ce qu'ils consomment. Certes la méthode ne permet pas de trouver d'effet de causalité, par rapport aux études dites "randomisées", mais elle est plus adaptée au domaine, écrivent-ils.

Si la même approche était appliquée aux fruits et légumes, à l'activité physique ou la pollution, "aucune des consignes sur ces facteurs ne serait soutenue par des preuves de qualité haute ou même modérée", clament-ils, défendant un principe de précaution.

  • Quelles sont les recommandations actuelles ?

Le Centre international de recherche sur le cancer, agence de l'Organisation mondiale de la Santé, classe la viande rouge comme "cancérogène probable" et la charcuterie "cancérogène". Le World Cancer Research Fund a indiqué qu'il ne changerait pas ses consignes.

Santé Publique France recommande de limiter la charcuterie à 150 grammes par semaine et les viandes autres que la volaille à 500 grammes.

E.P avec AFP