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L'inquiétude des patients soignés d'un cancer de la vessie dont le médicament est en rupture de stock

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Photo d'illustration. - AFP

Régulièrement, l'amétycine, un médicament traitant les tumeurs non-infiltrantes de la vessie, se retrouve en rupture de stock. Les patients, déjà dans une situation difficile, sont laissés dans le flou.

Devoir suivre un traitement pour soigner un cancer est déjà assez lourd sans avoir à se soucier de la logistique derrière. Pourtant, c'est le cas de patients traités à l'amétycine, un médicament utilisé pour éviter le retour des tumeurs non-infiltrantes de la vessie.

L'amétycine est donc utilisée à titre préventif de récidive et non curatif: pour autant, elle reste importante car dans environ 20% des cas, ces tumeurs peuvent infiltrer la vessie, voire former des métastases et atteindre le reste du corps. 

Régulièrement, cette solution de mitomycine C se retrouve en rupture de stock. Le 24 juin, l'Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) confirmait la dernière pénurie, datant du 9 mai.

"Une solution palliative par le biais d'une importation est en cours", assure l'agence, mais la date de disponibilité reste "indéterminée". 

"Cela complique le travail des soignants" 

Un flou qui inquiète les patients et agace la Ligue contre le cancer, qui fait remonter le début des problèmes à 2011.

"L'ANSM essaie de trouver des produits similaires", avec le même principe actif, parfois destinés à d'autres marchés, explique à BFMTV.com Amandine Courtin, de la Ligue contre le cancer. Toutefois, "ce n'est pas exactement le même produit, cela complique le travail des soignants", relève la chargée de mission.

Parfois aussi, le patient se retrouve sans traitement. C'est le cas de Jean-Marie Semet, qui témoigne de sa situation à BFMTV.com. 

"Depuis six semaines, je suis bloqué. Ils m'avaient prescrit huit séances d'instillations d'amétycine en tout, j'en suis à cinq et j'attends désespérément", confie-t-il. "C'est quand même un cancer, je pense que c'est quelque chose d'assez important pour que ce soit pris en compte", souffle le patient de 68 ans soigné dans le Pas-de-Calais. 

Le professeur d'urologie François Desgrandchamps nuance toutefois les conclusions alarmées sur la santé des patients.

"Dans le cas des tumeurs non-infiltrantes, le pronostic est plutôt la récidive. Ce sont des tumeurs qui vont repousser, qui vont saigner pendant de nombreuses années, mais elles deviennent rarement infiltrantes", explique-t-il à BFMTV.com. Une infiltration, relevée dans 20% des cas, marque l'aggravation du cancer, qui peut devenir mortel. 

"Ça ne retentit pas sur le risque vital"

L'amétycine intervient alors pour éviter que ces polypes de vessie ne récidivent. "Ce n'est pas le même impact sur la survie des gens", tempère le professeur à l'AP-HP Paris 7, même s'il ne juge pas la situation satisfaisante pour autant. 

"C'est mieux si on l'a, car il y a très peu d'effets secondaires", fait remarquer l'urologue. "Pour ceux qui en ont besoin, c'est efficace, sans que l'on sache si ça espace les récidives ou les supprime", résume-t-il, mais "dans tous les cas, ça ne retentit pas sur le risque vital". 

Quelles alternatives existent alors? "Ceux qui disent 'plus de mitomycine, on va faire des cystectomies', ce n'est pas adapté. On n'enlève pas la vessie pour une tumeur qui n'infiltre pas le muscle. C'est une alternative complètement disproportionnée", critique le professeur. D'autres chimiothérapies existent mais n'ont pour le moment pas reçu d'autorisation de mise sur le marché. 

Quant à l'amétycine, "même si le problème est récurrent, aucune solution pérenne n'est trouvée", déplore la Ligue contre le cancer. "Ça fait très peu de temps qu'on essaie de combattre (ces ruptures de stock)", rappelle Amandine Courtin. Les laboratoires français n'ont l'obligation de mettre en place un plan de gestion des pénuries que depuis 2016. 

Une explosion de pénuries en dix ans

La source du problème d'approvisionnement n'est même pas connue. "Sur ce type de médicament, on ne sait pas d'où vient le souci", constate-t-elle. "Ce sont des produits anciens, ce qui ne veut pas dire qu'ils ne sont pas efficaces, et qui ne coûtent pas cher, qui sont moins rentables pour les fabricants", soulève Amandine Courtin. 

Sans tirer de conclusion, elle déplore un manque d'information et de transparence sur les causes de ruptures de stock et les dates de réapprovisionnement. "Il est nécessaire de responsabiliser les acteurs du médicament", juge-t-elle.

"C'est intolérable que les patients se retrouvent sans traitement, sans information", d'autant plus que les déclarations de pénuries ont explosé ces dix dernières années: 44 en 2008, contre 530 en 2017. 
Liv Audigane