BFMTV

INFOGRAPHIES. L'épidémie de Covid-19 est-elle en train de repartir en France?

Le gouvernement et certains experts alertent depuis quelques jours sur la légère reprise de l'épidémie de Covid-19 en France. Que disent les chiffres à l'heure actuelle?

La courbe du Covid-19 est-elle en train de s'inverser? Après des semaines de baisse, "on assiste à une petite poussée" de l'épidémie en Europe, et donc en France, a affirmé le ministre de la Santé Olivier Véran ce vendredi sur BFMTV. Dans l'Hexagone, environ "5000 cas" sont toujours détectés chaque jour.

Comme on peut le voir sur la carte ci-dessous, le taux d'incidence a effectivement augmenté dans de nombreux départements ces 7 derniers jours, notamment dans l'Ouest. Plus la couleur d'un département tend vers le bleu, plus le taux d'incidence y a augmenté depuis une semaine. En vert, le taux d'incidence a baissé.

Attention, cela ne signifie pas forcément que le nombre de cas y est élevé: simplement qu'il augmente, parfois dans des proportions très basses. Interrogé dans le JDD ce dimanche, l'épidémiologiste Arnaud Fontanet - membre du Conseil scientifique - estime que la France se situe pour l'heure "dans une reprise épidémique modérée", mais s'attend à "une poursuite de la hausse des contaminations".

L'épidémie progresse à nouveau

Le taux d'incidence de la France est d'ailleurs repassé le 20 octobre au-dessus de 50, le seuil d'alerte fixé par les autorités - un niveau symbolique mais tout de même très faible comparé aux pics des précédentes vagues (500 en novembre 2020, 360 en avril 2021...).

Un peu plus tôt dans le mois, le 13 octobre, c'était le fameux R0, le taux de reproduction du virus, qui repassait au dessus de 1. Cela signifie donc qu'une personne positive au Covid-19 en contamine en moyenne 1,05 autre. Cela paraît peu - surtout par rapport à la mi-juillet où le R0 était supérieur à 2 - mais cela signifie que l'épidémie progresse à nouveau.

Des tests en baisse, des cas en légère hausse

Ces données doivent cependant être analysées avec précaution. Depuis le début de l'épidémie, malgré les millions de tests réalisés, de nombreuses personnes porteuses du virus n'ont jamais été détectées. Et ces dernières semaines, avec la vaccination massive de la population et la fin de la gratuité des tests pour les non-vaccinés, de moins en moins de personnes se font dépister.

Entre le 1er septembre et le 21 octobre, le nombre de tests a ainsi été divisé par deux, passant de plus de 660.000 par semaine à 300.000. Malgré cette baisse exceptionnelle, le nombre de cas stagne depuis le début du mois d'octobre et remonte même légèrement depuis quelques jours.

Le professeur Arnaud Fontanet estime cependant qu'il "faut attendre un peu pour pouvoir dégager une tendance" car "le changement de nos pratiques de tests brouille le tableau".

Malgré son augmentation (1,1% début octobre, 1,7% aujourd'hui), le taux de positivité des tests - c'est à dire le pourcentage de personnes positives parmi toutes celles testées - reste largement en dessous des seuils d'alerte établis par le gouvernement, qui estime la situation préoccupante lorsque ce taux est supérieur à 5%.

Une légère hausse des cas graves

Qu'en est-il des cas graves? Ce vendredi sur BFMTV, le ministre de la Santé Olivier Véran assurait qu'il n'y avait "pas d'augmentation des hospitalisations comme à l'automne dernier". Si la situation est effectivement loin d'être aussi préoccupante qu'en 2020, on note tout de même une légère hausse des hospitalisations et des admissions en soins critiques depuis quelques jours.

Dans le JDD, l'épidémioligste Arnaud Fontanet reste cependant persuadé qu'on "devrait pouvoir échapper" à la saturation des hôpitaux dans les mois à venir.

"La clé du succès repose sur la capacité du vaccin à protéger contre les formes graves de la maladie (...). Nous avons maintenant 6 à 8 mois de recul pour estimer l'efficacité vaccinale contre les formes graves et elle se maintient à 90%. Elle baisse un peu chez les plus âgés et les personnes avac comorbidités, d'où l'intérêt de la dose de rappel. Cela devrait permettre de passer l'hiver."

Comment expliquer ce léger rebond épidémique ?

Interrogé sur BFMTV vendredi dernier, le ministre de la Santé Olivier Véran a indiqué qu'il n'était pas vraiment surpris par cette reprise de la circulation du virus :

"Il fait froid dehors, il fait plus humide, comme tous les virus respiratoires, quand il fait froid et humide, ça circule plus, on s'y attendait."

Au-delà de la météo, la réouverture de tous les lieux publics et le relâchement des gestes barrières peuvent également être cités. Ces derniers sont "abandonnés", a regretté Gilles Pialoux, chef du service des maladies infectieuses à l'hôpital Tenon, à Paris, ce lundi sur BFMTV.

Selon les données de l'enquête Coviprev, menée par Santé Publique France, les bonnes habitudes prises par les Français sont en effet de moins en moins appliquées :

  • fin mai, 82% des Français déclaraient "porter un masque en public" ; ils n'étaient plus que 65% début octobre
  • fin mai, 72% des Français déclaraient "saluer sans serrer la main ou s'embrasser"; ils n'étaient plus que 59% début octobre
  • fin mai, 43% des Français déclaraient "éviter les regroupements et réunions en face-à-face"; ils n'étaient plus que 30% début octobre
Louis Tanca Journaliste BFMTV