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Implants Essure: ce qu'il faut savoir sur la contraception féminine définitive

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La stérilisation à visée contraceptive concerne les femmes qui ne souhaitent pas avoir d’enfant, de manière définitive. Elles ont le choix entre deux techniques dont l'une d'elles, la méthode Essure, se trouve au cœur d'un scandale sanitaire. Quel que soit le choix, chaque méthode a ses avantages et ses inconvénients.

Depuis plusieurs mois, l'implant de stérilisation Essure est au cœur de nombreuses interrogations quant à sa dangerosité pour les femmes qui souhaitent une contraception définitive. Ce dispositif commercialisé par le laboratoire Bayer est en effet sous surveillance renforcée de l'Agence de sécurité du médicament (ANSM) depuis 2015, en raison de nombreux signalements d'effets indésirables. Plusieurs femmes font notamment état de fatigue, de dépression, de réactions auto-immunes et des douleurs dorsales, musculaires et au niveau du bas-ventre.

Une pétition adressée à l'ancienne ministre de la Santé, Marisol Touraine, a été publiée en ligne pour demander son retrait mais cette affaire est désormais portée en justice, a annoncé Le Monde. Selon le quotidien, le Réseau d’entraide, de soutien et d’informations sur la stérilisation tubaire (Resist) a lancé une action de groupe contre Bayer HealthCare, à la suite du décès d'une femme possiblement lié à ce dispositif médical.

Au total, la plainte qui devrait être déposée en septembre prochain concerne 400 dossiers. Cette technique de contraception définitive, aussi appelée stérilisation à visée contraceptive, est l'une des deux méthodes proposées aux femmes majeures qui ne souhaitent pas ou plus avoir d'enfants. Il s'agit d'insérer, en passant par le vagin, un dispositif sous forme de ressort dans les trompes de Fallope pour les obstruer: les implants Essure.

Des fonctionnements différents

Ce dispositif va entraîner une fibrose, c’est-à-dire qu’il va boucher les trompes pour que les ovules ne puissent plus arriver dans l’utérus. Cette intervention est non-chirurgicale puisqu'elle ne nécessite pas d’anesthésie générale ni d’hospitalisation mais n'est efficace qu'au bout de trois mois. La deuxième méthode consiste en une ligature des trompes, qui nécessite une hospitalisation de 24 à 48 heures et une anesthésie générale. Elle peut se faire par voie abdominale, par cœlioscopie ou par voie vaginale.

Cette technique est efficace immédiatement mais peut avoir des suites douloureuses (douleurs abdominales). Dans les deux cas, l'intervention n'est réalisée qu'au terme d'un délai de réflexion de quatre mois après une première consultation. Le choix de l'une de ces deux techniques repose sur plusieurs critères. Comme le précise la Haute autorité de santé, il prend en compte "l’âge de la femme, du dernier enfant, le nombre d’IVG le cas échéant, la contre-indication aux méthodes de contraception, la stabilité du couple et le moment de la demande."

Un rapport d'un Comité scientifique spécialisé temporaire (CSST) publié en avril 2017 en raison de ces nombreux signalements d’effets indésirables indique que depuis 2006, la méthode Essure est recommandée en première intention, et a pris une place dominante par rapport à la méthode par ligature depuis 2009. Le document indique que la France n'est pas le seul pays à largement utiliser ce dispositif, ni le seul pays où un nombre croissant de signalements et de plaintes a été porté auprès des agences sanitaires.

La méthode Essure est-elle plus dangereuse?

"Celles-ci ont réévalué le bénéfice risque du dispositif médical à la lumière des données disponibles. Ces agences n’ont pas modifié leur décision de mise à disposition d’Essure", écrivent les experts. Les conclusions de l'ANSM publiées en 2016 ne diffèrent pas non: celle-ci affirme ne pas avoir identifié d’élément remettant en cause son rapport bénéfice/risque. Néanmoins, cette technique présente bien des effets indésirables connus que sont les douleurs persistantes, des réactions d’hypersensibilité et des saignements après la pose.

Bien que mise hors de cause dans son rapport bénéfice-risque, cette technique doit faire l'objet d'un meilleur encadrement, précisent les experts. Avec la mise en place d'une notice à destination des patientes, un document qui doit leur rappeler la nécessité d’effectuer un contrôle trois mois après la pose, les risques connus liés à cette technique de stérilisation, et l’importance de consulter en cas d’effets indésirables ou de suspicion de grossesse.

Dans quels cas faut-il donc considérer le retrait de l’implant Essure? Pour répondre à cette question, l'ANSM a débuté une étude épidémiologique visant à évaluer la sécurité de l’implant Essure à partir des données de l’Assurance maladie, dont les résultats publiés dans le rapport d'avril 2017 se veulent rassurants. Les experts y affirment que "les femmes présentant des symptômes doivent consulter leur médecin pour ne pas méconnaître une pathologie sous-jacente. En l’absence d’un tel diagnostic, l’intérêt d’un retrait peut être envisagé".

Mais pour "l’immense majorité des femmes porteuses de l’implant Essure qui n’ont pas de symptômes", il n’y a aucun argument à ce jour pour conseiller le retrait. Par ailleurs, cette étude confirme que les deux méthodes de stérilisation comportent des risques. Les femmes qui choisissent la ligature des trompes sont plus susceptibles de présenter des complications utérines, et celles qui optent pour la méthode Essure sont plus à risque d'affections des trompes de Fallope.

Alexandra Bresson