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Drogues : l'alcool plus nocif que l'héroïne

« Difficile de comparer les dégâts sanitaires et sociaux entre, par exemple, en France 300 000 usagers d’héroïne et 20 millions de consommateurs d’alcool »

« Difficile de comparer les dégâts sanitaires et sociaux entre, par exemple, en France 300 000 usagers d’héroïne et 20 millions de consommateurs d’alcool » - -

Une étude britannique affirme que l'alcool est plus nocif que l'héroïne. Faut-il revoir le système de classification des drogues et en dépénaliser certaines ? Un spécialiste donne son avis sur ce débat. Donnez le vôtre dans ce forum !

L'alcool est plus nocif que certaines drogues illégales comme l'héroïne ou le crack, si l'on tient compte de ses effets autant sur les individus que sur l'ensemble de la société, selon une étude publiée ce lundi par la revue médicale britannique The Lancet. L'étude estime que « les actuels systèmes de classification des drogues gardent peu de relation avec leur réelle nocivité » et que « prendre fermement l'alcool pour cible constitue une politique de santé valable et nécessaire ».
Les auteurs de l’étude ont élaboré leur propre système pour évaluer la nocivité des drogues sur le corps humain, mais aussi le coût de l’usage de la drogue pour le système de santé ou le système carcéral. Du point de vue de la nocivité, l'héroïne, le crack (dérivé de la cocaïne) et la méthamphétamine sont les plus mortels. Si l'on tient compte des effets pour la société, l'alcool est le plus dangereux, suivi de l'héroïne et du crack. Dans une échelle de dangerosité de 0 à 100, l'alcool est évalué à 72, l'héroïne à 55 et le crack à 54.

« L’alcool tue plus que toutes les autres drogues »

« Un constat de santé publique pur et dur, typiquement anglo-saxon, mais parfaitement valable pour la France », juge le Professeur William Lowenstein, directeur général de la clinique Montevideo à Boulogne Billancourt, spécialiste des addictions : « l’alcool est la substance psycho active la plus dangereuse, car elle tue globalement plus que toutes les autres drogues et coûte, de ce fait, très cher à nos sociétés », note-t-il avant de souligner toutefois qu’il est difficile de « comparer les dégâts sanitaires et sociaux entre, par exemple, en France 300 000 usagers d’héroïne et 20 millions de consommateurs d’alcool ».

« Entre "gauche pétard" et "droite pinard"… »

Même comparaison avec le cannabis, et qui date, ajoute le Pr Lowenstein : « L’alcool tue 40 000 personnes par an en France, contre 230 estimées pour le cannabis – à travers les accidents de la route avec conduite sous stupéfiant. Déjà en 1997, un rapport avait souligné que l’alcool était plus dangereux que le cannabis. Mais en France, dire ceci c’est un crime de lèse-majesté viticole ; c’est médicalement correct, mais politiquement et culturellement incorrect. Donc, le débat s’était transformé en un mauvais match de ping-pong entre "gauche pétard" et "droite pinard". »
Faut-il décriminaliser la consommation de cannabis ? « C’est un débat qu’on a beaucoup de mal à ouvrir en France, répond-il, essentiellement parce qu’on est toujours ou presque en période électorale. A 2 ans des Présidentielles, il est clair que la pêche aux voix l’emportera sur la saine réflexion. »

« Interdire, mais avec modération »

Rejetant « l’exemple historique de la prohibition aux Etats-Unis », le professeur milite pour « l’exemple français » : « notre pays a civilisé, pacifié la drogue la plus dangereuse, la plus "sale", l’alcool ; il n’a pas mis tout le monde en prison parce qu’il buvait un verre de vin. Il faut donc interdire, mais avec modération, limiter les usages les plus à risque, comme la boisson sur les autoroutes ou routes nationales, autour des stades, les ventes après 22h, peut-être celles du samedi soir…
Une étude a été faite là-dessus : si on réduit de 10% l’accessibilité à l’alcool dans les moments à risque, on a une diminution des homicides et des accidents, significative. »

La Rédaction