BFMTV

Deux dentifrices sur trois contiennent du dioxyde de titane, un colorant au possible effet cancérogène

Alors que le gouvernement doit entériner la suspension du dioxyde de titane dans l’alimentation mi-avril, deux tiers des dentifrices testés par une association contiennent ce colorant controversé.

C’est un produit de notre quotidien, présent dans toutes les salles de bain, sur lequel s’est penchée l’association Agir pour l’environnement: le dentifrice. L’organisation a passé au crible 408 tubes dont 59 pour enfants, vendus en en grandes surfaces, pharmacies, parapharmacies et magasins bio. Il en ressort que 2/3 des produits contiennent du dioxyde de titane, dont 25 bios. Encore plus préoccupant, un dentifrice pour enfants sur 2 en renferme.

Un possible effet cancérogène

Si cet additif, également connu sous le diminutif E171, utilisé notamment pour son caractère colorant blanc, est controversé, c’est que les scientifiques s’inquiètent d’un possible effet cancérogène.

C’est d’ailleurs ce doute qui a conduit les autorités à suspendre l’utilisation du dioxyde de titane dans les produits alimentaires. Un arrêté doit être signé le mois prochain par Bruno Le Maire, ministre de l’Economie et des Finances.

Bientôt interdit dans l’alimentation

"Il serait incohérent de tolérer le dioxyde de titane dans les dentifrices alors qu’on l’interdit dans l’alimentation", explique Magali Ringoot, responsable de la campagne sur les nanomatériaux à Agir pour l’Environnement. "Nous sommes fortement exposés à cette substance, parce que nous l’ingérons en partie, surtout les enfants, et parce qu’elle est en contact quotidien avec notre bouche, une muqueuse fragile et perméable."

"D’un point de vue médical, le dioxyde de titane n’a aucun intérêt. Il faudrait donc appliquer le principe de précaution en le supprimant de tous les produits", estime Alice Baras, chirurgien-dentiste dans le Nord. 

Aucun des 271 dentifrices incriminés ne précise sur son emballage si le dioxyde de titane présent est à l’état nanoparticulaire; ce qui est une obligation européenne depuis 2013 pour les cosmétiques, si les particules de TiO2 font moins de 100 nm.

Un dentifrice pour enfants illégal

Agir pour l’environnement a également fait analyser en laboratoire un tube au goût fraise pour enfants de la marque la plus vendue en France. Selon les résultats toxicologiques, 47% du dioxyde de titane est présent sous forme de nanoparticules.

"Ce qui est tout simplement illégal et ce pourcentage élevé exclut une présence accidentelle", note Magali Ringoot.

Les dentistes redoutent déjà les conséquences de cette enquête: "Il ne faut pas que les consommateurs se disent puisque le dentifrice peut être mauvais, je ne me brosse plus les dents. Les recommandations, c’est toujours 2 fois par jour pendant 2 minutes", rappelle Alice Baras. Pour réduire les risques, la spécialiste propose de diminuer la quantité de dentifrice sur la brosse.

"Il faut surtout savoir que le plus important reste l’action mécanique, le contact entre les poils et la dent, pour détruire le biofilm, c’est-à-dire l’agrégat de bactéries qui se trouve sur les dents naturellement après les repas".

Pour aider les consommateurs dans leur choix, Agir pour l’Environnement met à disposition une base de données en ligne des dentifrices avec et sans dioxyde de titane. L’association doit être reçue ce jeudi par le cabinet de Bruno Le Maire pour réclamer la suspension du dioxyde de titane dans tous les produits qui peuvent être ingérés: dentifrices, mais aussi médicaments.

Margaux de Frouville