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Déconfinement: comment va s'organiser le "contact tracing" des personnes infectées?

L'application de tracking du virus suédoise, photographiée le 29 avril dernier.

L'application de tracking du virus suédoise, photographiée le 29 avril dernier. - FREDRIK SANDBERG / TT NEWS AGENCY / AFP

En vue du déconfinement qui débutera le 11 mai, la France est en train de mettre sur pied une procédure de "contact tracing": une collecte de données à grande échelle afin d'identifier, de détecter et de pouvoir contacter les personnes ayant été en contact avec des malades du Covid-19. Mais comment va s'organiser cette procédure complexe et inédite en France?

Alors que se profile un déconfinement progressif du pays, une nouvelle stratégie de lutte contre le virus se met en place en France. Samedi dernier, le gouvernement a annoncé qu'il envisageait désormais de mettre en place un système de "contact tracing". Ceci afin de permettre de retrouver les personnes avec lesquelles un patient infecté par le Covid-19 s'est trouvé en contact pour les tester, et ainsi pouvoir détecter les cas présents sur le territoire français.

Deux fichiers, le Sydep et le "Contact Covid", vont ainsi être mis en place à partir de lundi afin d'identifier et de contacter des personnes qui auraient été proches d'un malade, pour éviter la circulation du virus, isoler les personnes touchées et les orienter vers des soins si besoin. 

Et pour alimenter ces fichiers, la collecte de données se fera à plusieurs niveaux: chez le médecin, par le biais des Agences régionales de Santé (ARS) et par l'Assurance maladie, via les "brigades" déjà évoquées par Edouard Philippe. Enfin, Santé Publique France aura pour mission de collecter ces données afin de vérifier que de nouveaux clusters d'infection ne se forment pas sur le territoire. 

  • Recueil d'informations chez le médecin généraliste

A un premier niveau, les médecins généralistes auront pour mission d'effectuer un travail d’identification des cas contacts. Selon nos informations, les médecins auront désormais pour obligation de proposer un test de confirmation à leurs patients. Si ce test se révélait positif au Covid-19 pour l'un d'entre eux, le professionnel de santé pourrait alors commencer un travail d’identification des cas contacts.

Le médecin sera ainsi chargé de lister les personnes avec qui le malade est entré en contact au sein de son foyer. S'il juge cela nécessaire, il pourra établir un listing plus exhaustif des personnes rencontrées par le patient durant les 48 heures avant l’apparition des symptômes: les personnes qui ont été à moins d’un mètre du patient, celles avec qui il y a eu accolade, mais également celles qui ont été à moins de deux mètres de ce dernier pendant plus de 15 minutes. En revanche, si le malade portait un masque lors de ces rencontres, ces personnes-là ne devraient pas considérées comme des cas contacts.

Le médecin entrera ensuite ces informations dans une base de données spécifique, un système d’information dédié et créé à cette occasion par l’Assurance Maladie, qui sera accessible sur le site Amelipro. Le généraliste devra rentrer, s’il le peut, les noms et coordonnées des personnes concernées.

  • Des brigades épidémiologiques sur le terrain

> Au moins 4000 personnes mobilisées dès lundi

Des "brigades" épidémiologiques devraient également être créées "dans chaque département". Elles devront "remonter la liste des cas contacts, les appeler, les inviter à se faire tester en leur indiquant à quel endroit ils doivent se rendre, puis vérifier que ces tests ont bien eu lieu". Celles-ci pourront être constituées d'équipes de l'Assurance maladie, de centres communaux d'action sociale, de mairies, de départements ou encore d'associations comme la Croix-Rouge. "Il faudra que la loi les autorise à participer à ces enquêtes", a cependant précisé le Premier ministre.

"Au début on parlait de 3000 personnes, mais on va être en capacité d’être 6500 personnes mobilisées au sein de notre réseau pour assurer une présence permanente 7 jours sur 7, de 8h à 19h", expliquait ce mardi Nicolas Revel, directeur général de la caisse nationale d'assurance maladie (Cnam) sur notre antenne. "Dès lundi matin, 4000 personnes seront mobilisées et nous avons une capacité pouvant aller jusqu’à 6500 personnes si la situation le nécessitait". 

> Du personnel médical habitué au secret professionnel

Médecins, infirmières, travailleurs sociaux, délégués de l’Assurance Maladie, ou encore personnel administratif… Selon nos informations, les personnes composant ces brigades sanitaires devront être déjà habitués à manipuler des informations médicales avec obligation du respect du secret professionnel.

"Nous avons des collaborateurs qui sont soumis au secret médical (…) Aujourd’hui nous sommes fiables dans la manière dont nous opérons", a encore prévenu le directeur de la Cnam sur BFMTV.

Dans les 24 heures suivants la saisie d’un nouveau patient, ces agents devront compléter la liste des cas contacts si le médecin n’a pu être exhaustif et surtout rappeler toutes ces personnes pour leur présenter les consignes à observer, à savoir un confinement de 14 jours un test.

> Des tests PCR gratuits pour les cas contacts

Deux timings seront alors possibles pour les personnes identifiées comme cas contacts: soit des tests PCR devront être réalisés immédiatement (pour les personnes du foyer par exemple), soit ceux-ci devront être effectués dans les sept jours (pour les personnes sans symptômes ayant croisé le malade dans les 48 dernières heures). L'idée est d'attendre quelques jours afin de ne pas réaliser les tests trop tôt (par rapport à la durée d’incubation qui est de 5/6 jours), au risque d’obtenir des tests négatifs et de passer à côté des bons diagnostics.

Durant les sept jours d’attente pour faire le test, les personnes identifiées comme "cas contacts" seront invitées à rester chez elles. L’Assurance maladie pourra leur fournir un arrêt maladie, leur donner accès à des masques et leur indiquer le lieu du test. Le résultat du test fera l’objet d’un suivi et s’il s’avérait positif, une autre enquête démarrerait avec une nouvelle recherche des cas contacts.

"Quand on va appeler les cas contacts, on va leur dire des choses précises: d'abord la nécessité de faire un test", expliquait encore Nicolas Revel. "Si ces personnes ont des symptômes, ce sera tout de suite. S’ils sont asymptomatiques dans un délai de sept jours, on les orientera dans un endroit. Ce sera un test PCR remboursé à 100%, et ces personnes n'auront pas besoin d’aller chez le médecin. (...) Si la personne nous dit qu’elle préfère être hébergée dans une structure hôtelière, on l’enregistre et les équipes sociales organiseront son hébergement".
  • Analyse des données par Santé Publique France

Enfin, dans un dernier temps, les Agences régionales de santé (ARS) et Santé publique France traiteront et analyseront ces données pour s’assurer qu’aucun nouveau cluster de contamination n’apparaît sur le territoire français.

Les autorités sanitaires précisent que ce dispositif s’appuiera uniquement sur les déclarations du patient qui va mobiliser ses souvenirs. Le protocole sera basé sur une relation de confiance et il ne sera en aucun cas question de faire une enquête policière ou d'effectuer d'autres recherches. La loi encadrera d'ailleurs l’utilisation du fichier qui recensera les cas contacts, un fichier qui n’aura d’autre finalité que celle de lutter contre la propagation du virus.

Selon Nicolas Revel, président de la CNAM, auditionné ce matin par la Commission des lois, "il faudra laisser à ce patient la possibilité de dire ou non si son nom va pouvoir être mentionné à ses cas contacts".

"C’est plus facile pour l’enquêteur si on peut donner ce nom car il faut convaincre les cas contact de rester à l’isolement avant qu’ils ne soient testés. Mais si le patient ne le souhaite pas, il faut pouvoir conserver ce souhait. Nous essaierons de convaincre les patients de pouvoir nous donner cette autorisation à pouvoir mentionner ce nom". 
Cécile Danré avec Jeanne Bulant