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Covid-19: les greffes d'organes ont baissé de près de 16% entre 2019 et 2020, selon une étude

Photo d'illustration.

Photo d'illustration. - Mahmoud ZAYYAT © 2019 AFP

La saturation des services de santé dans de nombreux pays du globe a entraîné le report ou l'annulation de transplantations d'organes, une perte de chance pour beaucoup de patients.

Il y a les morts du Covid-19 et les morts indirectes qu'il provoque. La pression hospitalière qu'ont connu un grand nombre de pays à cause du virus a également entraîné pour beaucoup de patients le report d'interventions chirurgicales lourdes et parfois salvatrices.

Selon une étude parue ce 31 août dans la prestigieuse revue scienfitique The Lancet Public Health, le nombre de transplantations d'organes solides a chuté depuis le début de la pandémie. Portant sur 22 pays, l'étude rapporte que les greffes d'organes réalisées lors de la première vague de la pandémie (printemps 2020) ont baissé de 31% par rapport à l'année précédente et de près de 16% (15,92%) sur l'ensemble de l'année 2020.

Plus de 48.000 années de vie perdues

Les auteurs de l'étude invoquent deux raisons majeures: "le poids considérable de la prise en charge des patients Covid-19 pour le système de santé et les risques accrus d'infection pour les patients transplantés et donc immunodéprimés".

"Il est clair que de nombreux décès indirects sont associés à la Covid-19 et notre étude confirme que la pandémie a des conséquences considérables sur de nombreuses spécialités médicales", écrit le professeur Alexandre Loupy, directeur du Centre Inserm de recherche translationnelle sur la transplantation d'organes de Paris et dernier auteur de l'étude.

En parallèle, d'autres pays sont parvenus à maintenir le rythme des procédures de transplantation. La situation est donc toute sauf homogène parmi ces 22 pays, mais le bilan général n'est guère réjouissant.

"Cette diminution, grâce à des calculs de modélisation statistiques, a démontré que cela correspondait à la perte de plus de 48.000 années de vie pour les patients", notent les auteurs.

En précision, le nombre d'années de vie perdues pour les patients devant recevoir une transplantation a été estimé à 37.664 ans pour les patients en attente d'un rein, 7370 ans pour un foie, 1799 ans pour un poumon et 1406 ans pour un cœur, ce qui correspond à un total de 48.239 années de vie perdues.

Les greffes de rein particulièrement touchées

Parmi toutes les greffes réalisées, la transplantation rénale est celle qui connaît la plus forte réduction dans presque tous les pays en 2020 par rapport à 2019 et celles issues de donneurs vivants (-40%).

Autre preuve d'une corrélation entre le nombre de transplantations d'organes solides et l'augmentation du taux d'infection par le virus: en ce qui concerne les greffes à partir de donneurs décédés, on observe une réduction des greffes de rein (-12 %), de foie (-9 %), de poumon (-17 %) et de cœur (-5 %).

De mauvaises nouvelles mais qui pourraient a posteriori être bénéfiques, selon le Dr Olivier Aubert, médecin au Centre de recherche translationnelle sur la transplantation d'organes de Paris et auteur principal de l'étude: "Comprendre comment les différents pays et systèmes de santé ont répondu aux défis liés au Covid-19 peut faciliter l'amélioration de la préparation à une pandémie et la façon de maintenir en toute sécurité les programmes de transplantation pour fournir des procédures de sauvetage aux patients."

Hugues Garnier Journaliste BFMTV