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Covid-19: la cinquième vague peut-elle gâcher les fêtes de fin d'année?

Lancement progressif de la campagne de rappel, mention régulière des gestes barrières... Face à la nouvelle hausse des cas et des hospitalisations, l'exécutif espère pouvoir contenir la reprise épidémique, du moins jusqu'à la fin décembre.

Hypothétique, elle est devenue réalité. La cinquième vague épidémique de Covid-19 frappe désormais la France, mais difficile de savoir à ce stade si elle sera aussi importante que les premières et à quel moment le pic hospitalier sera atteint.

"Difficile d’estimer par avance quelle sera l’ampleur de la vague", explique le ministre de la Santé Olivier Véran dans 20 Minutes. "De premières modélisations font état d’un risque de dépasser les 1000 hospitalisations par jour d’ici à janvier".

Selon les dernières données de Santé Publique France, 7535 personnes sont actuellement hospitalisées en France pour une infection au Covid-19 dont 1277 en soins critiques. À titre de comparaison, ils étaient 6851 patients dont 1140 en soins critiques il y a une semaine. La dynamique est là, même si l'hôpital ne fait pas face à un afflux soudain de malades.

"On est au tout début", souligne sur BFMTV Eric Caumes. Le chef du service des maladies infectieuses à l'hôpital de la Pitié-Salpêtrière à Paris estime qu'il faut encore voir l'évolution de la situation sanitaire dans les prochaines semaines pour observer une progression notable ou non du virus sur le territoire. "La quatrième vague qui avait inquiété tout le monde est retombé comme un soufflé", fait-il valoir.

Un taux d'occupation des hôpitaux encore tenable

En parallèle des données hospitalières, le taux d'incidence reste un indicateur de suivi de l'épidémie. Et force est de constater que les contaminations repartent à la hausse avec plus de 100 cas pour 100.000 habitants rapportés la semaine dernière. En outre, 19.778 cas ont été rapportés positifs ces dernières 24 heures. Un chiffre non atteint depuis le mois d'août et qui préoccupe Dominique Costagliola, puisque sous-estimé en raison de la fin du déremboursement des tests dits "de confort".

"Maintenant le taux d'incidence augmente aussi chez les personnes de plus de 50 ans", relève sur notre antenne l'épidémiologiste et directrice de recherche à l'Inserm. "Le fait de voir ce taux d'incidence augmenter nous dit qu'on va avoir des hausses d'hospitalisations".

Une 5e vague "très différente" des précédentes

De là à dire que l'histoire se répète une cinquième fois? Ce n'est en tout cas pas l'avis de Jean-Stéphane Dhersin. Le directeur adjoint scientifique au CNRS considère qu'il s'agit là d'une cinquième vague "très différente des précédentes".

"On a un mélange de circonstances qui expliquent cette remontée: les gestes barrières moins appliquées, le fait qu'on se retrouve en intérieur parce qu'il fait froid, la diminution de l'efficacité vaccinale au bout de 6 mois", évoque-t-il sur BFMTV, "on a un taux d'occupation des hôpitaux qui n'a rien à voir avec les précédentes vagues."

Christophe Rapp invoque une raison principale à cette situation: "On a pour l'instant une couverture vaccinale assez élevée et de fait cela nous protège contre les formes graves [...] si on compare novembre 2021 à novembre 2020, il y a huit fois moins d'entrées à l'hôpital, cinq fois moins en réanimation et dix fois moins de décès".

"Ca c'est la situation aujourd'hui, le fait qu'il y a une accélaration de la courbe épidémique va mécaniquement entraîner des gens hosptialisés", prévient l'infectiologue et consultant BFMTV, ajoutant qu'aucune mesure de freinage n'est actuellement en vigueur en France, contrairement à l'année dernière.

À l'étranger, on se prépare toutefois aux tour de vis en vue des fêtes de fin d'année. Le Premier ministre britannique Boris Johnson a appelé ses concitoyens à se faire vacciner massivement avant Noël, tandis qu'à Munich, en Allemagne, le marche de Noël a été annulé en raison d'un rebond épidémique. Jean-Stéphane Dhersin explique d'ailleurs que la progression épidémique de la France est assez proche de celle de l'Allemagne.

"Ce que nous disent les premières modélisations, avec tout le conditionnel possible, c’est que cette vague épidémique pourrait se prolonger sur décembre et janvier et avoir un impact sanitaire important", avance Olivier Véran qui note que "le virus arrive à se faufiler et il touche en priorité les non-vaccinés".

"La meilleure des ripostes, c'est l'anticipation"

En parallèle des quelque 6 millions de Français non-vaccinés se pose désormais la question de la campagne de rappel vaccinal. Les derniers chiffres du ministère de la Santé font état de 800.000 doses de rappel injectées la semaine dernière. En précision, 4,6 de Français sur les 9 millions éligibles ont reçu la dose de rappel en France, avec toutefois d'importantes disparités. Si trois résidents en Ehpad sur quatre ont eu droit à une nouvelle piqûre, ce n'est le cas que de 30% environ des plus de 65 ans qui ont des comorbidités.

"Si les Français se vaccinent correctement, on ne sera pas soumis à de nouvelles restrictions", développe Eric Caumes. "L'urgence, c'est d'accélérer la vaccination [...] il faut vacciner les non-vaccinés et faire la troisième dose."

"La lutte contre cette épidémie c'est à la fois la vaccination mais également le masque, les gestes barrière, la distanciation... La meilleure des ripostes c'est l'anticipation", soutient aussi Christophe Rapp.

Olivier Véran plaide aussi pour ce "geste citoyen supplémentaire", complémentaire avec le sérum pour espérer éviter d'éventuels tours de vis pour cette fin d'année 2021. Un confinement peut-il néanmoins être envisageable? "Nous n'en sommes clairement pas là", assure à nouveau le ministre de la Santé chez nos confrères de 20 Minutes, "Dans les conditions actuelles [...] un confinement serait disproportionné. Mais restons très prudents."

Hugues Garnier Journaliste BFMTV