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Covid-19: l’immunité croisée avec d’autres coronavirus n’existe pas chez les enfants

Le coronavirus vu au microscope

Le coronavirus vu au microscope - AFP

Des chercheurs de l'Institut Pasteur ont montré que les infections des enfants par les coronavirus saisonniers ne les protègent ni de l'infection par le virus SARS-CoV-2, responsable du Covid-19, ni des formes graves ressemblant à la maladie de Kawasaki.

C’est une étude qui vient remettre en cause l’une des hypothèses avancées pour expliquer le fait que les enfants sont moins sujets aux formes graves de Covid-19 que les adultes.

Depuis plusieurs semaines, certains médecins ont avancé la possibilité que certaines populations, comme les plus jeunes, très souvent infectés par les quatre coronavirus (NL63, HKU1, 229E, OC43) qui circulent chaque hiver, avec des rhumes et bronchites à répétition, soient protégés contre le dernier coronavirus, le SARS-CoV-2. En résumé, notre système pourrait garder en mémoire le souvenir du contact avec un virus pour combattre d’autres virus proches. C’est ce que l’on appelle l’immunité croisée.

Ainsi, fin mai, dans une étude publiée dans la revue Cell, des chercheurs américains ont estimé que 40 à 60 % de la population pourrait être immunisée grâce à ce principe.

La fréquence des anticorps contre les coronavirus saisonniers comparée

C’était une hypothèse. Elle est désormais contredite par une étude pré-publiée de l’Institut Pasteur, de l’Inserm, de l’AP-HP et d’Université de Paris, menée entre avril et mai sur 775 enfants dans sept hôpitaux franciliens. Les chercheurs affirment ainsi que l’infection par ces coronavirus saisonniers n'est ni protectrice, ni facilitatrice d'une infection par SARS-Cov-2.

Pour conclure ainsi, ils ont comparé la fréquence des anticorps contre les coronavirus saisonniers chez trois catégories de patients. Et n'ont observé aucun différence.

"Nous avons constaté que les taux d’infection par les coronavirus saisonniers sont identiques qu’il s’agisse d’enfants à sérologie positive (c’est-à-dire ayant développé des anticorps qui prouvent leur infection au SARS-CoV-2, ndlr) avec pas ou peu de symptômes, de patients positifs avec des symptômes majeurs type Kawasaki ou de ceux à sérologie négative sans symptôme", note Marc Eloit, coordinateur de l’étude, et responsable du Laboratoire de Découverte de pathogènes à l’Institut Pasteur.

69% des enfants asymptomatiques

Autrement dit, aussi fréquentes soient-elles, les infections des enfants par les coronavirus saisonniers ne les protègent ni de l'infection par le virus SARS-CoV-2, responsable du Covid-19, ni des formes graves apparentées à la maladie de Kawasaki.

"Cela illustre bien la différence entre mettre en évidence des anticorps et une protection", note Marc Eloit.

Autre enseignement de l’étude, entre 10 et 15% des enfants étudiés ont été infectés par le SARS-Cov-2. Plus de la moitié (69,4%) de ces enfants étaient asymptomatiques.

Entre 67 et 100% des enfants infectés par des coronavirus saisonniers

A l’inverse, le taux d’infection par les coronavirus saisonniers est très élevé: entre 67 et 100% des enfants présentent des anticorps en fonction des quatre virus existants. Ce qui n’empêche pourtant pas les infections par ces virus chaque hiver.

Ainsi, en confirmant la fréquence des infections par coronavirus saisonniers chaque hiver, ce travail soulève une possibilité peu réjouissante.

"Si le SARS-CoV-2 se comporte comme ses grands frères, il est possible qu’il continue à circuler même si l’immunité collective est importante", explique ainsi Marc Eloit.

Cette hypothèse accrédite l’idée d’une protection temporaire après une infection, comme c’est le cas pour les quatre autres souches de coronavirus.

"Cela conduira à rester attentif, notamment pour les personnes à risques", conclut le chercheur.
Par Margaux de Frouville