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Coronavirus: faut-il croire à l’immunité croisée?

Cela n’est pour l’instant qu’une hypothèse, mais la piste de l’immunité croisée est prise au sérieux par certains médecins et chercheurs. Faut-il croire à une protection contre le SARS-COV-2, le dernier coronavirus, grâce à un banal rhume antérieur?

C’est une nouvelle piste encourageante, alors que les bilans quotidiens indiquent -pour l’instant- l’absence de rebond épidémique malgré la levée du confinement. 

Lorsqu’une personne guérit d’une infection, elle développe généralement des anticorps contre cet agent infectieux. Parfois, ces anticorps peuvent lutter contre des virus ou des bactéries d'espèces proches. C’est ce qu’on appelle l’immunité croisée. Dans le cas du coronavirus, combien de personnes ont-elles pu être protégées contre le Sars-CoV-2 grâce à une infection précédente à d'autres coronavirus, responsables de banals rhumes? 

40 à 60% de la population immunisée?

C’est une étude de chercheurs américains publiée dans la revue Cell qui a lancé le débat: entre 40 et 60% la part de la population pourrait être immunisée contre la Covid-19 avec le principe d’immunité croisée.

"Pour faire simple, l’immunité croisée recouvre le fait que l’infection par un coronavirus saisonnier puisse protéger contre ce nouveau coronavirus", nous résume le professeur Arnaud Fontanet, responsable du département Santé globale à l'Institut Pasteur.

Mais cet épidémiologiste, membre du Conseil scientifique consulté par l’exécutif, tempère toute certitude:

"On retrouve des éléments qui rendent cette hypothèse plausible quand on regarde en tests de laboratoire les sérums de personnes infectées par des coronavirus saisonniers mais nous n’avons pas de preuve clinique et épidémiologique que cette protection existe".
"Je n’y crois pas personnellement, c’est une hypothèse, mais aucun argument scientifique ne vient à l’appui de cette hypothèse par ailleurs séduisante", estime le Professeur Eric Caumes, chef de service de maladies infectieuses à l’hôpital de La Pitié-Salpêtrière (AP-HP) à Paris. 
Pour fonder cette opinion, ce spécialiste s’appuie notamment sur le cas du navire militaire Charles-de-Gaulle: "Le taux d’attaque dans le porte avion (le pourcentage de personnes infectées, ndlr) était de 68%, ce qui tend à dire qu’il n’y a pas eu d’immunité croisée dans ce microcosme, constitué de personnes jeunes qui ont forcément rencontré d’autres coronavirus dans les années précédentes".

Une immunité transitoire

Cette hypothèse de l’immunité croisée intervient alors que cette semaine, une étude de l’Institut Pasteur et du CHU de Strasbourg est venue rassurer sur la protection conférée par une infection au nouveau coronavirus. 

Menée sur 160 personnels hospitaliers, elle a montré que la quasi totalité des personnes atteintes d’une forme mineure de Covid-19, avec des symptômes mais sans nécessiter d’hospitalisation, développaient des anticorps 15 jours après le début des symptômes. 

Chez 98% d’entre elles, au bout d’un mois (28 jours), des anticorps neutralisants (et donc protecteurs) ont été détectés dans leur sang. Reste à savoir combien de temps dure cette protection.

Dans tous les cas, il s’agirait d’une immunité transitoire: "on ne la garde pas très longtemps, c’est pour cela qu’on peut avoir plusieurs rhumes dans sa vie", rappelle Arnaud Fontanet.