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Covid-19: faut-il s'inquiéter de la hausse du taux d'incidence en France?

Test PCR de dépistage du Covid-19 en août 2020 à Paris

Test PCR de dépistage du Covid-19 en août 2020 à Paris - ALAIN JOCARD © 2019 AFP

En baisse depuis plusieurs semaines, le taux d'incidence du Covid-19 recommence à augmenter, laissant craindre une nouvelle vague de contaminations.

Le taux d'incidence, en baisse depuis mi-août, observe une légère remontée depuis quelques jours. Au niveau national, il est passé de 43 pour 100.000 habitants le 7 octobre à plus de 48 selon les chiffres du 14 octobre. Cette tendance à la hausse est à surveiller de près, car, comme les fois précédentes, elle pourrait être annonciatrice d'une nouvelle vague. Pour rappel, le premier seuil d'alerte sanitaire concernant le taux d'incidence avait été fixé à 50 pour 100.000 habitants.

"Nous n’avons pas encore éradiqué le virus et on aurait tort de croire que l’épidémie serait dernière nous", alertait la semaine dernière le ministre de la Santé Olivier Véran, appelant les Français à "rester vigilants".
Carte des niveaux de taux d'incidence par département en France au 14 octobre
Carte des niveaux de taux d'incidence par département en France au 14 octobre © BFMTV

Le taux d'incidence augmente dans plusieurs départements

Dans plus de 60 départements, on observe une hausse importante du taux d'incidence ces derniers jours. Sur le territoire de la Meuse, il est ainsi passé de 7,2 le 7 octobre à 33,6 le 14 octobre, soit une augmentation de 368%. Le même phénomène a été observé en Lozère la semaine dernière. Toutefois, ces taux, même s'ils augmentent globalement, restent bas.

Dans la population, "les remontées on les voit, c'est vrai chez les 20-39 ans, mais aussi chez les plus de 60 ans, et cela c'est un plus gros problème puisque le nombre de personnes non-vaccinées vulnérables est encore suffisamment important pour générer une submersion des services hospitaliers aujourd'hui", explique à notre antenne Anne Sénéquier, médecin co-directrice de l'observatoire de la santé à l'IRIS.

Différentes Agences régionales de santé ont expliqué à BFMTV que ces remontées de cas positifs étaient le plus souvent dues à des clusters dans les écoles ou chez les plus de 65 ans.

D'après le réseau Obépine, qui surveille le niveau de l'épidémie via les eaux usées, dans certains territoires on observe un plateau voire une légère reprise, par exemple à Lens, Antibes, Auxerre, Bordeaux ou encore Vesoul. Une remontée un petit peu plus forte, de niveau moyen, a été observée à Avignon, Auch ou encore Evreux. Il n'y a encore rien d'alarmant selon eux pour l'instant, mais il faut toutefois rester vigilant.

Des personnes fragiles encore non vaccinées

D'ici la fin de l'année 2021, "on peut s'attendre à une reprise de la circulation virale avec la baisse des températures, le regroupement des personnes en milieu clos qui l'accompagne, et la baisse progressive de l'efficacité vaccinale contre l'infection", écrit ainsi le Conseil scientifique dans un avis du 6 octobre.

Les scientifiques interrogés soulignent également le fait qu'une partie des plus de 65 ans, et des plus fragiles face au virus, ne soit toujours pas vaccinée. Actuellement environ 90% des plus de 65 ans présentent un schéma vaccinal complet en France, un chiffre très haut, mais 10% de cette population reste fortement à risques de se retrouver à l'hôpital. 10% qu'il faut aller chercher pour les scientifiques.

Car le vaccin a permis "clairement d'éviter pendant la dernière vague que les hôpitaux soient submergés, et a bloqué les décès", rappelle ainsi à BFMTV Gilbert Deray, chef du service de néphrologie de l'hôpital Pitié Salpêtrière (Paris). "Aujourd'hui, dans mon service, neuf personnes sur dix hospitalisées ne sont pas vaccinées", abonde sur BFMTV Benjamin Davido, infectiologue à l'hôpital Raymond Poincaré (Hauts-de-Seine).

Ils encouragent donc un rappel de vaccin pour les plus fragiles, dont l'immunité s'étiole dans le temps, qu'elle soit naturelle (après contamination), ou due au vaccin. Ces individus "ont été vaccinés en premier et effectivement ils sont dans la zone d'évanescence de l'immunité vaccinale, et donc la troisième dose doit être faite le plus rapidement possible", explique Gilbert Deray.

Mais tous rappellent que la vaccination seule n'est pas suffisante, et qu'il faut conserver les gestes barrières, ou des mesures de restriction comme le pass sanitaire. "La bise, ce serait quelque chose à oublier par exemple, on n'est pas dans l'insouciance, il faut rester dans la vigilance", lance ainsi Anne Sénéquier.

Pour Benjamin Davido, le relâchement des gestes barrières s'explique en partie parce qu'il y a "moins de restrictions et que cela va mieux", donc, "paradoxalement on est plus à risque de se contaminer". Et avec l'arrivée de l'hiver et du froid, ces regroupements se feront davantage dans des lieux clos non aérés, ce qui accroît fortement les risques de transmission.

"Quand vous regardez ce qu'il se passe en Grande-Bretagne, ils ont levé toutes les restrictions, et ils ont une explosion de l'épidémie avec 50.000 cas par jour", déclare Gilbert Deray. En France, "si on veut que l'épidémie reste à un niveau comme celui actuellement, il faut absolument garder les gestes barrières, garder les masques dans les espaces clos, éviter les réunions en intérieur sans masque" déclare-t-il, ajoutant que "peut-être aussi on a été trop vite dans les écoles, où on a voulu lever le masque très vite".
"La semaine dernière, 2,8 millions de contaminations ont été répertoriées dans le monde", rappelle Anne Sénéquier. "Cela veut dire que pour l'instant on a de la chance, on n'a pas de variant émergeant qui vient challenger notre immunité", mais "tant que tout le monde n'est pas vacciné, en France et dans le monde, on a toujours ce risque au-dessus de la tête".
Salomé Vincendon
Salomé Vincendon Journaliste BFMTV