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Coronavirus: pourquoi la question du masque obligatoire se pose dans les lieux clos?

La nouvelle consigne aux entreprises d'avoir 10 semaines de stocks de masques doit notamment permettre de "décentraliser" les stocks d'équipements de protection sanitaire face à un éventuel rebond de l'épidémie de coronavirus, estime Olivier Véran

La nouvelle consigne aux entreprises d'avoir 10 semaines de stocks de masques doit notamment permettre de "décentraliser" les stocks d'équipements de protection sanitaire face à un éventuel rebond de l'épidémie de coronavirus, estime Olivier Véran - WANG ZHAO © 2019 AFP

La transmission du virus dans les lieux clos et peu ventilés est une source d'inquiétude pour de nombreux professionnels de la santé.

"La deuxième vague de demain se prépare aujourd’hui". Depuis plusieurs jours, médecins et soignants multiplient les alertes et appels à la prudence face à plusieurs signaux inquiétants qui pourraient présager d'une reprise de l'épidémie sur le territoire français.

Parmi les mesures mises en avant par les professionnelles de la santé pour éviter la propagation du virus, le port obligatoire du masque dans les lieux clos revient dans deux tribunes, publiées samedi et dimanche dans Le Parisien et Libération.

Anne-Claude Crémieux, infectiologue à l'hôpital Saint-Louis à Paris et signataire du texte dans Le Parisien, a expliqué, ce lundi, sur BFMTV, que les lieux clos et peu ventilés sont, en effet, à risque "car le virus peut rester en suspension et être aéroporté".

"La distanciation sociale peut donc être insuffisante. La seule vraie mesure de protection c'est que tout le monde porte un masque", a-t-elle souligné.

Une voie de transmission désormais reconnue par l'OMS

Dans Libération, le collectif de professionnels de la santé met en avant une tribune parue le 4 juillet dans le New York Times, signées par 239 chercheurs de 32 pays, qui confirme le risque réel de transmission du coronavirus par aérosol, c'est-à-dire à travers un nuage de particules virales en suspension durable dans l'air non renouvelé.

"Cette voie de transmission, différente de celle concernant la transmission par microgouttelettes et par les mains souillées, est connue et prouvée pour le Sras 2002, ainsi que pour le Mers. Elle a enfin été admise par l’OMS jeudi pour le Sars-CoV-2", ont expliqué les soignants dans la tribune. "Des preuves émergent", reconnaît l'organisation, qui préconise le port du masque dans les lieux fermés en l'absence de "ventilation efficace" et de respect de la distanciation sociale.

"Jusqu’à présent, les gestes barrières étaient pensés pour protéger du contact direct ou indirect avec un objet ou une personne contaminée par des microgouttelettes. Or ce dernier mode de transmission est désormais considéré comme marginal par le Centre de prévention et de contrôle des maladies (CDC) d’Atlanta et par la communauté scientifique", ont noté les soignants dans leur tribune.

"Autre argument pointant dans la même direction, les transports en commun ont fortement participé à l’épidémie avant l’obligation du port du masque: par exemple, le métro de New York a compté 81 décès parmi ses salariés et une étude souligne le rôle moteur des transports en commun dans la diffusion de l’épidémie", ont-ils ajouté.

La question "est bien à l'étude"

Les professionnels de la santé demandent "à tous les personnages publics de s'astreindre à donner l'exemple dans toutes leurs activités" et mettent en garde.

"Nous aurons averti les autorités sanitaires de l’importance fondamentale de cette mesure bien avant que les choses ne prennent un tour dramatique", ont-ils écrit dans Libération.

Le nouveau Premier ministre Jean Castex, en déplacement en Guyane dimanche, a assuré que "la question de développer l’usage et le port du masque est bien à l’étude" et qu'elle "concernerait prioritairement tous les lieux, quels qu’ils soient, clos”.

Clément Boutin Journaliste BFMTV