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Cluster de la maladie de Charcot en Savoie: un champignon toxique pointé du doigt

Un champignon Gyromitra Esculenta en pleine nature.

Un champignon Gyromitra Esculenta en pleine nature. - Flickr - CC Commons - Lukas Large

Une étude franco-américaine révèle que le nombre anormalement élevé de cas de la maladie de Charcot en Savoie est probablement lié à la consommation d'un champignon toxique.

La "fausse morille", champignon toxique pour l'homme, pourrait-elle être responsable d'un foyer épidémique de la maladie de Charcot en Savoie? C'est la piste très sérieuse qui est avancée par une équipe de chercheurs français et américains dans une étude publiée au mois de juin dans la revue scientifique Le Journal of the Neurological Sciences, rapportée par Le Figaro dans une enquête ce mercredi.

Les chercheurs soupçonnent cette espèce de champignon, appelée Gyromitra Esculenta, d'être responsable du cluster d'une maladie neurodégénérative rare dans la commune de Bellentre, en Savoie: la maladie de Charcot.

20 fois plus de cas qu'à l'échelle nationale

L'Inserm explique, sur son site Internet, que cette maladie grave, également appelée sclérose latérale amyotrophique (SLA), se traduit par une paralysie progressive des muscles impliqués dans la motricité volontaire, conduisant à la mort au bout de quelques années. Selon les médecins, 10% des cas seraient d'origine familiale, mais dans les 90% restants, cela pourrait être dû à la mutation d'un gêne, potentiellement explicable par des facteurs environnementaux.

Dans cette région de la Savoie, l'énigme médicale remonte à 2009: à l'époque, les médecins remarquent un taux anormalement élevé de victimes de la maladie de Charcot dans le secteur de La Plagne-Tarentaise. Au total, pas moins de 14 cas de sclérose latérale amyotrophique (SLA) sont identifiés dans cette zone entre 1991 et 2013: un taux 20 fois supérieur à la moyenne nationale.

Pour expliquer cela, plusieurs hypothèses avaient jusqu'alors été explorées par les scientifiques: traces de plomb ou de bactéries dans l'eau, présence de métaux lourds au sein des habitations ou encore pollution aérienne et/ou terrestre. Mais aucune de ces pistes n'avait été concluante jusqu'à aujourd'hui.

Une espèce de champignon très présente dans la région

L'étude franco-américaine révèle désormais que la totalité des sujets atteints par la maladie avaient l'habitude de cueillir puis de consommer ce champignon, celui-ci étant très présent dans la région. Par ailleurs, tous avaient également l'habitude de les consommer crus ou très peu cuits, tout en conservant l'eau de cuisson.

Cette espèce de champignon, interdite à la vente en France depuis 1991, peut aisément être confondue avec certaines morilles (qui ne sont, elles, pas toxiques) par l'aspect plissé de son chapeau. Mais les centres antipoisons, tels que celui de Belgique, alertent sur la toxicité de la gyromitre: ils indiquent que l'ingurgitation de cette toxine peut provoquer d'importants troubles digestifs, voire être fatale lorsque l'intoxication est sévère. Selon les spécialistes, cette toxine est en partie détruite par la cuisson et la dessiccation (procédé d'élimination de l'eau) du champignon.

On a longtemps cru, et ce jusque dans les années 1960, que la Gyromitra Esculenta était comestible en raison de son taux de toxines extrêmement variable selon son mode de préparation. Et dans la région, Le Figaro explique que de nombreux habitants reconnaissent en avoir consommé après des cueillettes sauvages.

Jeanne Bulant Journaliste BFMTV