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Chirurgie esthétique: pourquoi certaines femmes veulent avoir de grosses fesses

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Un postérieur bombé comme Serena Williams ou Jennifer Lopez ou Nabilla. Pour certaines femmes, cela vaut bien un coup de bistouri.

Un fessier XXL comme celui de Kim Kardashian, Nicki Minaj ou encore Amber Rose. La mode est au postérieur rebondi. Ce que confirme à BFMTV.com Sydney Ohana, chirurgien plasticien. "Depuis une quinzaine d'années, le nombre d'opérations des fesses a été multiplié par deux ou trois. Avant, c'était rare. Aujourd'hui, on a au moins une demande par jour, ce qui ne signifie pas pour autant que nous répondons favorablement à toutes."

Il existe ainsi différents types d'opérations, de l'injection d'acide hyaluronique à la pose d'implants - en silicone, comme des prothèses mammaires - en passant par le lipofilling, également appelé "brazilian but lift". Pour cette dernière, il s'agit d'une autogreffe de graisse dans les muscles du fessier qui passe par une liposuccion, souvent au niveau des hanches, du ventre ou de la culotte de cheval. Selon l'Association américaine de chirurgie plastique, ce type d'intervention a été multiplié par 3,5 ces vingt dernières années.

"À présent, quasiment une liposuccion sur deux s'accompagne d'une injection de la propre graisse de la patiente dans le fessier, note Sydney Ohana. Avant, elles ne le demandaient jamais." 

Des fesses de plus en plus grosses

Jacques Saboye, président de la Société française de chirurgie plastique, reconstructrice et esthétique, dresse le même bilan. "La demande est de plus en plus importante dans le reste du monde comme en France", observe-t-il pour BFMTV.com. Le plus souvent, il s'agit de femmes relativement jeunes. En cabinet, il n'est pas rare qu'elles se présentent avec des photos du fessier idéal qu'elles voudraient arborer. Mais le rêve n'est pas toujours compatible avec la réalité.

"La patiente que j'ai opérée hier m'avait montré des photos de fessiers particulièrement volumineux. Je l'ai incitée à revoir ses ambitions à la baisse, notamment du fait de son petit bassin, poursuit Sydney Ohana. Elles sont souvent dans le fantasme et ne se rendent pas compte de ce qui est réalisable. D'autant que parfois, sur ces photos, les femmes sont cambrées, ce qui fausse la silhouette."

Ce chirurgien remarque également que, bien souvent, ses patientes lui demandent des fessiers les plus volumineux possibles, "au-delà de ce qui est possible ou de ce qui leur conviendrait". "Elles me disent que de grosses fesses les rendent plus sexy, plus désirables, elles ont l'impression que la sexualité s’est déplacée de la poitrine au postérieur."

Les risques du "brazilian butt lift" 

Mais le "brazilian butt lift" est aussi l'opération de chirurgie esthétique qui a le plus haut taux de mortalité, assure encore l'Association américaine de chirurgie plastique. En Turquie et au Royaume-Uni, plusieurs patientes en sont mortes l'année dernière. Car l'opération présente des risques, ce que confirme Jacques Saboye, de la Société française de chirurgie plastique, reconstructrice et esthétique. "Il y a eu des accidents mortels, notamment parce que si le geste n'est pas maîtrisé, il y a un risque de faire une embolie graisseuse (des cellules de graisse pénètrent le système sanguin et bouchent une veine d'un organe vital, comme le poumon, NDLR). C'est pour cela que certains chirurgiens refusent de la pratiquer."

Selon un sondage mené en 2017 auprès de 692 professionnels de la chirurgie esthétique à travers le monde, la greffe de graisse au niveau des fesses a causé 32 décès à la suite d'une embolie graisseuse et 103 cas d'embolies pulmonaires non fatales.

Un argument que balaie Sydney Ohana. Selon lui, en France, cette opération est sûre. Mais il déconseille de la faire pratiquer ailleurs. Alors qu'il faut compter entre 4000 et 7000 euros pour un lipofilling, les tarifs sont souvent deux à trois fois moins chers à l'étranger, notamment en Tunisie. "Ces opérations à l'étranger ont un risque supérieur de complications", met-il en garde. Selon une équipe suisse spécialisée en chirurgie plastique, dans un tiers des cas de complications après une opération à l'étranger, il s'agissait d'une infection. Et dans un autre tiers, d'une infection associée à un problème de cicatrisation. 

De nouveaux canons de beauté

Au-delà de ces sérieux enjeux de santé, la chirurgie des fesses pose d'autres questions, estime le philosophe Bernard Andrieu, auteur de Rester beau. Notamment sur le rapport au corps. "Entre le modèle anorexique qui est toujours sur-valorisé et qui repose sur l'effacement, la disparition de soi, et la tendance à la grossophobie, ces fessiers proposent de nouveaux standards de beauté, analyse-t-il pour BFMTV.com. Il ne s'agit pas non plus des modèles de Rubens mais ils s'inscrivent dans une affirmation de soi, symbolique de l'empowerment féminin."

Et selon ce professeur à l'université Paris-Descartes, qu'il s'agisse de chirurgie ou de pratique sportive, l'ambition reste de sculpter son corps. "Ce qui est en jeu c'est le contraste: la taille permet de mettre en valeur cette nouvelle silhouette alors que les jambes et les fessiers sont l'objet d'une érotisation." 

Pour Bernard Andrieu, ces nouveaux canons relèvent également d'enjeux sociétaux: ils seraient l'affirmation de minorités longtemps invisibles. "Nicki Minaj ou Beyoncé représentent des communautés culturelles et ethniques autrefois minoritaires." Et ces anatomies permettraient de renverser le modèle dominant de la femme blanche très mince. 

"Pourtant, si l'on regarde la majorité des femmes, ces corps plus girons sont davantage représentatifs. La tendance aux fessiers volumineux dessine une sorte de retour à la réalité des formes et un processus de normalisation des corps."
Céline Hussonnois-Alaya