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Baisse de l'activité physique, sédentarité: les jeunes mettent leur cœur en péril

Les enfants et jeunes gens âgés de 5 à 17 ans devraient accumuler au moins 60 minutes par jour d’activité physique d’intensité modérée à soutenue.

Les enfants et jeunes gens âgés de 5 à 17 ans devraient accumuler au moins 60 minutes par jour d’activité physique d’intensité modérée à soutenue. - iStock - SrdjanPav

La Fédération française de cardiologie alerte sur le manque d’activité physique et la trop forte sédentarité des jeunes enfants et adolescents, et veut en particulier sensibiliser les parents. Bouger le plus tôt possible permet de constituer un capital santé qui permettra d’éviter plus tard de nombreuses maladies.

Le chiffre de la Fédération française de cardiologie (FFC) permet de mesurer à quel point les 9-16 ans sont devenus sédentaires au fil des années. En 40 ans, ces derniers ont perdu 25% de leur capacité physique, indique la FFC à l'occasion du lancement des Parcours du cœur 2017. Ils courent moins vite et moins longtemps: si en 1971 un enfant courait 800 mètres en 3 minutes en moyenne, il lui fallait presque 4 minutes en 2013 pour cette même distance.

Une baisse qui s'explique par une nette augmentation de l'inactivité physique et du temps passé assis, qui contribuent à la progression inquiétante du surpoids et de l’obésité. Le panorama de la santé publié par l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) en 2016 montrait déjà cette tendance. En France et à l'âge de 15 ans, seulement 14% des garçons et 6% des filles exercent une activité physique quotidienne d’intensité modérée à intense.

La France est ainsi quasiment le plus mauvais élève de la classe européenne pour les adolescents de 15 ans, occupant l’avant-dernière place, alors que pour les adultes, elle figure à la 5e place. En croisant plusieurs études scientifiques en provenance d'organismes comme l'Anses ou l'Insee, la FFC indique aussi des tendances: le recours à la marche à pied pour se rendre sur leur lieu d’études n’a cessé de diminuer depuis 1982.

60 minutes d’activité physique par jour

Ainsi, moins de 4 enfants sur 10 se rendent à pied à la maternelle ou à l’école primaire. Pour les collégiens, les chiffres sont pires: moins de 3 élèves sur 10 vont au collège à pied. Un constat d'autant plus alarmant que la plupart des jeunes enfants et adolescents vivent près de leur établissement scolaire: près de 45% d'entre eux habitent à moins de 2 kilomètres, et 21% entre 2 et 5 kilomètres.

Or, à cet âge, l'activité physique est essentielle pour améliorer leur endurance cardiorespiratoire, leur état musculaire et osseux et les marqueurs biologiques cardiovasculaires et métaboliques. A condition d'accumuler au moins 60 minutes par jour "d’activité physique d’intensité modérée à soutenue", indique l'Organisation mondiale de la santé. L’enfance et l’adolescence sont donc des moments clés pour prendre de bonnes habitudes qui permettront de lutter durablement et efficacement contre certaines maladies.

"Jusqu’à 20 ans, on construit son capital santé. Cela veut dire qu’à la sortie de l’adolescence, on est au maximum de ses capacités cardiorespiratoires. Après un plateau entre 20 et 35 ans, elles ne vont faire que diminuer, lentement si on poursuit la pratique d’une activité physique mais rapidement si on est sédentaire. Avoir une enfance et une adolescence actives permet donc de partir de plus haut, avec un meilleur capital santé", explique le professeur François Carré, cardiologue au CHRU de Rennes et membre de la FFC.

Des addictions qui favorisent la sédentarité

Plus généralement, au-delà de cette baisse d’activité physique, c’est le mode de vie des jeunes qui a beaucoup évolué. Certains de leurs comportements, comme la surconsommation d’écrans et le tabagisme, sont d’autant plus préoccupants que leur cerveau ne termine sa maturation qu’à 25 ans. La durée moyenne passée devant un écran par les enfants et adolescents âgés de 3 à 17 ans est d’environ 3 heures par jour, soit bien supérieure aux seuils maximums conseillés à cet âge.

S'ajoute à ce constat la prévalence du tabagisme: à 17 ans, 32% des jeunes de cette tranche d'âge fument quotidiennement, la proportion de fumeurs observée dans la population adulte selon l'Observatoire français des drogues et toxicomanies (OFDT). "Chez un adolescent, le tabagisme va imprégner de façon plus importante les circuits cérébraux de la dépendance qui sont encore en état de maturation. Cela va conduire à une dépendance d’autant plus forte que le tabagisme aura été précoce et beaucoup plus difficile à sevrer ultérieurement", indique le professeur Daniel Thomas, cardiologue et expert à la FFC.

Selon l’OMS, 80% des crises cardiaques et des AVC sont évitables grâce au trio activité physique, alimentation saine et vie sans tabac. Les parents doivent donc être vigilants quant aux méfaits de la sédentarité sur les enfants et comprendre qu'ils ont un rôle à jouer pour leur apprendre à bouger le plus possible. Il existe quelques conseils simples pour mettre en œuvre cette bonne habitude, le premier étant que quel que soit l’âge et les capacités de l’enfant, il est important d’associer l’activité physique au plaisir et au bien-être plutôt qu’à la performance ou à la contrainte.

Il est ainsi conseillé de les accompagner ou de les raccompagner de l'école à pied ou à vélo et de prendre avec eux les escaliers plutôt que l'ascenseur. Les beaux jours et le week-end, les jeux dans le jardin ou le parc sont à privilégier, pourquoi pas avec des copains ou copines. Les adolescents peuvent quant à eux être encouragés à participer à des activités de groupe comme les sports collectifs, de glisse, ou la danse. Enfin, quel que soit l'âge, il est important de poser des cadres à la consommation d'écran et de montrer l'exemple dans ce domaine.

Alexandra Bresson