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Arrêt cardiaque: "Je pensais que le défibrillateur servait aux incendies!"

Les élèves de l'école Jeannine Manuel, en plein exercice de secours, mardi.

Les élèves de l'école Jeannine Manuel, en plein exercice de secours, mardi. - -

A l'occasion de la journée européenne de la sensibilisation à l'arrêt cardiaque, des élèves de 6ème d'une école parisienne ont appris en quelques minutes comment sauver une vie. Reportage.

"Le défri…le défibi…le défibrillateur, je pensais que ça servait à éteindre les incendies!" "Pour moi, c'était un boîtier d'électricité pour les maisons…" Oscar et Alexandre, 11 ans, sont agenouillés dans le gymnase de leur école, dans le 15eme arrondissement parisien. Comme une centaine de leurs camarades, ils ont reçu mardi une formation aux premiers gestes de secours.

Jusqu'alors, ils n'avaient pour la plupart aucune idée du comportement à adopter face à une personne en arrêt cardiaque. Ils sont loin d'être les seuls: en France, on estime que 1,5 million de personnes seulement ont été formées aux bons gestes. Des réflexes très simples qui, en quelques minutes, peuvent sauver une vie.

Pourtant, chaque jour, plus d'une centaine de personnes meurent d'une crise cardiaque en France. Une situation alarmante, souvent passée sous silence, qui a poussé une députée européenne chypriote, Antigoni Papadopoulou, à faire du 16 octobre la 1ère Journée européenne de la sensibilisation à l'arrêt cardiaque.

"Avoir peur n'empêche pas qu'on mourira (sic!) tous"

Dans le gymnase de l'école privée Jeannine Manuel, où l'association RMC-BFM, très engagée dans cette cause, a organisé mardi une formation aux premiers gestes, les enfants boivent les paroles du Pr Alexandre Mignon, cardiologue à l'hôpital Cochin, venu leur délivrer un petit cours d'anatomie. Malgré leur jeune âge, onze ans, ils ne semblent pas impressionnés par l'idée de la mort. "Avoir peur n'empêche pas qu'on mourira (sic !) tous un jour, alors autant parler des risques", lance sentencieusement un blondinet.

Le cardiologue leur rappelle les trois étapes à suivre quand une personne s'écroule face à soi et ne respire plus: appeler les secours, au 15, au 18 ou au 112 – pratiquer un massage cardiaque – utiliser un défibrillateur dès que possible. Agenouillés face à un petit mannequin en plastique, les enfants s'exercent d'abord au massage, une main sur l'autre, au centre du thorax. "Appuyez fort!", les encourage le médecin. Une série de cliquetis résonne dans le gymnase.

Certains tirent la langue, d'autres soufflent fort: le massage demande des forces. Mais le Pr Mignon insiste: "Peu importe si vous pensez que vous n'y arrivez pas, l'important est de toujours essayer. Et même en le faisant mal, vous réussirez peut-être à aider le cœur à pomper."

Le défibrillateur, une utilisation enfantine

Le médecin leur montre alors à quoi ressemble un défibrillateur. Une découverte pour la plupart, y compris pour les adultes présents dans la salle. Son utilisation est pourtant enfantine: "il suffit de coller les électrodes sur le thorax, comme indiqué dans la boîte, et d'écouter ensuite les consignes délivrées à haute voix par le défibrillateur", indique le cardiologue. L'appareil détecte l'activité électrique cardiaque, et décide seul de "choquer" ou non le patient. La personne aidante n'a rien à faire, si ce n'est s'écarter du patient au moment du choc électrique.

"J'avais vu ces chocs électriques à la télé, je trouvais ça impressionnant, je pensais que les défibrillateurs dans la rue, c'était pareil", confesse Agathe. Les élèves semblent tous ravis de la formation. Oona, elle, n'a qu'une hâte: expliquer à sa famille tout ce qu'elle a appris. "Un jour, mon grand-père a fait une crise cardiaque, j'ai vu les pompiers le masser. Maintenant, je sais comment faire aussi, et je vais le montrer à mes cousins."

Et ces gestes ne s'oublient pas, comme le confie Laura, 23 ans, venue installer aux élèves des jeux informatiques enseignant les gestes de secours. "J'ai appris ces réflexes il y a huit ans, en classe de seconde. Je pensais les avoir oubliés. Mais il y a trois mois, dans mon école d'ingénieurs, un vieux monsieur a fait un malaise. Je lui ai fait un massage, il est revenu à lui, a vomi, puis a refait un arrêt cardiaque. Je l'ai à nouveau massé, les pompiers ont fini par arriver. On a pu le sauver", sourit modestement la jeune fille.

Alexandra Gonzalez