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Addiction aux opioïdes: un antidote aux overdoses existe, mais il est encore trop méconnu

Les autorités s'inquiètent de l'addiction croissante aux opioïdes en France. Le naloxone peut permettre de stopper les overdoses, mais cet antidote est encore trop peu connu, dénoncent des spécialistes et l'association France Patients Experts Addictions.

A 58 ans, Albert Caporossi a passé plus de la moitié de sa vie dépendant aux opioïdes. 33 ans à vivre avec les effets de l'opium dans son sang. Tout a commencé au lycée, par une addiction à la codéine. "C'était en vente libre en pharmacie. donc c'était très très facile, raconte-t-il à BFMTV. Je n'avais même pas besoin de faire la queue, j'avais mes quatre boîtes qui m'attendaient."

Codéine, puis héroïne, il a connu deux overdoses et vingt années de traitement de substitution avant un déclic salvateur il y a huit ans: 

"Je n'en pouvais plus. J'ai atteint un niveau de désespoir, de souffrance, qui est intolérable, un isolement qui est insupportable. Je pense qu'il y a quelque chose qui se fait qu'un jour je suis allé frapper à la porte de l'hôpital." 

Plus de 400 morts par an

C'est un fléau qui fait des ravages: la dépendance aux opioïdes représente 150 morts par jour outre-Atlantique. En France, en 2017, 432 personnes sont décédées selon les chiffres de l'Agence nationale de sécurité du médicament et des produits des santé (ANSM), ce qui représente au moins huit morts par semaine. Un chiffre bien moindre qu'aux États-Unis, mais qui préoccupe tout de même les autorités françaises. 

Dans près d'un cas sur deux, il ne s'agit pas de jeunes toxicomanes. "Les décès par antalgiques opioïdes, c'est dans la moitié des cas des femmes, et dont l'âge moyen est de 50 ans, donc c'est du 40 - 70 ans pour des douleurs chroniques. C'est la nouvelle population, d'où l'importance de sortir de cette représentation de 'c'est un problème de junkie'", défend le docteur Michel Reynaud, médecin addictologue et président du Fonds Actions Addictions.

Une antidote encore trop peu accessible

Ce lundi, un collectif d'associations et d'usagers se mobilise pour rendre accessible l'antidote à ces overdoses et la faire connaître: la naloxone. En cas de surdosage, il permet d'inverser l'effet des opioïdes. Sa forme inhalable, le Nalscue, n'est disponible qu'à l'hôpital. Sa version injectable, le Prenoxad, dans certaines pharmacies. 

"Une overdose ce n'est pas immédiat. C'est comme d'une certaine façon si votre cerveau envoyait un message à votre corps en disant 'on va doucement s'arrêter'. C'est ça qui se passe. La naloxone, elle permet immédiatement d'interrompre ce processus", explique Jean-Maxence Granier, patient expert en addictologie.

Selon l'association de patients France Patients Experts Addictions, moins d'une pharmacie sur 200 est approvisionnée en naloxone. Elle réclame un remboursement à 100% lorsque le produit est prescrit par un médecin, ainsi que la diffusion des sprays en pharmacie à des prix accessibles et des distributions gratuites dans les endroits où la nécessité se fait ressentir.

Margot de Frouville et Amélie Pateyron avec Clarisse Martin