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75% des médicaments inutiles ou dangereux

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Selon un livre des professeurs Even et Debré, 75% des médicaments seraient inutiles, mal tolérés, voire dangereux. Pourtant, ils sont la même proportion à être remboursés par la Sécurité sociale, un gaspillage de 10 à 15 milliards d'euros par an. « Pourquoi les rembourser ? », s’interroge le professeur Debré.

Ils sont chers, creusent le trou de la Sécurité sociale et ont parfois des effets secondaires. Et en plus, souvent, ne servent à rien. Les médicaments sont dans le collimateur des professeurs Even et Debré qui ont passé au crible 4 000 d’entre eux vendus en France. Leur constat, dévoilé dans un livre choc, est effarant : 50% des médicaments de notre pharmacologie sont inutiles, 20% mal tolérés et 5% potentiellement très dangereux. Mais, incroyable paradoxe, 75% sont remboursés.

« Des médicaments de grand-mère avec des effets placebo »

Après avoir analysé 20 000 références de recherches internationales, consultables à l’Institut Necker, les deux médecins dénoncent une industrie pharmaceutique certes lucrative mais loin d’être toujours efficace. Des antiasthmatiques aux antidiabétiques, en passant par les antiinflammatoires et les antitabacs, les auteurs du livre dénoncent une politique de santé contre-productiv et une industrie pharmaceutique qui invente de moins en moins, principalement préoccupée par le maintien de son chiffre d'affaires. « Il y a des familles de médicaments qui semblent inefficaces, par exemple, les vénotoniques, raconte Bernard Debré. Qu’est-ce que c’est, les veinotoniques ? Ça voudrait dire que les veines sont entourées de muscles, alors que ce n’est pas le cas, donc le veinotonique ne sert pas à grand-chose ». Tous ces médicaments ne seraient en fait que « des médicaments de grand-mère qui sont souvent avec des effets placebo et d’une efficacité nulle ou très relative » selon lui.

« Beaucoup de médecins surprescrivent, ça devient dangereux »

Et pourtant, si les laboratoires portent leurs responsabilités, ils ne sont pas les seuls à blâmer. Certains médecins, et même les Français, auraient tendance à vouloir toujours plus de médicaments. « Il y a deux raisons à cela, explique Bernard Debré. D’abord, l’enseignement de la thérapeutique, qui n’est pas mauvais, n’est pas suffisant. A 30, 40, ou 50 ans, quand les médicaments arrivent, on n’est pas forcément aptes à bien les connaitre. Et puis il y a les malades eux même qui, lorsqu’ils vont voir un médecin, ne peuvent pas imaginer repartir sans ordonnance. La plupart est parfaitement raisonnable, mais beaucoup aussi prescrivent, surprescrivent, et ça devient assez dangereux ».

« 80% des médicaments qui demandent l’AMM en France sont inutiles, inefficaces ou peu efficaces »

Quant aux laboratoires, ils profiteraient amplement des largesses de l’Autorité de mise sur le marché française (AMM). « Il y a deux AMM, précise Bernard Debré : une européenne, qui permet aux médicaments d’être vendus partout et qui sont en général des bons médicaments, et puis une autorisation de mise sur le marché spécifique à la France. Evidemment, des laboratoires qui ont des médicaments un peu moins bons ne vont pas aller à Londres risquer de se faire retoquer et vont venir demander l’AMM en France. Et effectivement, 80% des médicaments qui demandent l’AMM en France sont inutiles, inefficaces ou peu efficaces ». Une générosité qui couterait chaque année 10 à 15 milliards d’euros.

« Chaque individu est différent »

Pourtant, les pharmaciens l’affirment, ils ne font que leur travail. S’il y a autant de médicaments, c’est parce qu’ils sont nécessaires, comme le raconte Brigitte : « Chaque individu est différent. Même si nous avons les même gènes, nous n’avons pas la même façon de métaboliser, ce qui explique la multiplicité des médicaments et l’efficacité ou la non efficacité du même médicament chez les individus ».

« Il faut arrêter d’exagérer »

Président de l'Union des pharmaciens d'officine, Gilles Bonnefond partage évidemment ce point de vue. « Il faut arrêter d’exagérer et de faire un débat qui dit que les médicaments ne sont pas efficaces. Sans médicament, on ne peut pas se soigner, conclut-il. Vous savez, il y a un débat sur l’homéopathie, qui dit que ça ne sert à rien… Mais si le patient est soulagé par un médicament homéopathique et qu’il n’a pas accès à des molécules qui pourraient avoir des effets secondaires, alors tant mieux ».

La rédaction, avec B Smadja et V. Voldoire