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17 novembre, 8 décembre ou plus tôt? L'intraçable "anniversaire" du Covid-19

File devant un hôpital de Shangaï

File devant un hôpital de Shangaï - STR

Plusieurs internautes ont ironiquement célébré ce mardi le premier anniversaire du Covid-19. Mais établir la date d'apparition officielle du Covid-19 est particulièrement complexe.

C'est sur un mode sarcastique, et parfois un peu douloureux, que de nombreux internautes ont salué ce mardi le premier anniversaire de ce que nous avons d'abord appelé le "nouveau coronavirus", avant que la communauté scientifique le renomme plus spécifiquement "Covid-19".

L'annonce de cet ironique jubilé vient de la date avancée par la page Wikipedia française consacrée à la pandémie. Mais parce qu'il est un phénomène diffus, encore mal connu, l'apparition officielle du virus est complexe à établir avec certitude, sans compter que plusieurs critères peuvent entrer en concurrence.

Premiers symptômes

La date du 17 novembre 2019 provient d'une chronologie fixée le 13 mars dernier par le South China Morning Post, qui affirme s'appuyer sur des données gouvernementales chinoises.

La terminologie utilisée par le média dans son article est cependant prudente. On n'y parle pas de la transmission initiale du mal à l'Homme, on se contente d'évoquer la mention dans ces données de "la première personne souffrant du Covid-19" et de la faire remonter au 17 novembre. Il s'agirait, selon le journal, d'un homme de 55 ans, vivant dans la province de Hubei, où est située Wuhan, métropole désignée comme le berceau de ce coronavirus d'un type nouveau.

La formule retenue pointe donc en direction de la première manifestation de symptômes. Il semble d'ailleurs que les praticiens n'aient pas tout de suite identifié le caractère inédit de ceux-ci. En effet, il faut attendre les derniers jours de décembre pour que les médecins chinois s'accordent sur le fait que la maladie est nouvelle.

Dès octobre?

De surcroît, dans un document publié par la revue scientifique The Lancet, plusieurs médecins exerçant au sein de l'hôpital Jinyintan de Wuhan, où ont été admis certains des premiers malades, estiment même que le virus a surgi le 1er décembre.

Dans un bulletin diffusé le 12 janvier dernier, l'Organisation mondiale de la Santé privilégie une date ultérieure. "Le début des 41 premiers cas confirmés de nouveau coronavirus s'étalent du 8 décembre au 2 janvier 2020", écrit-elle. Fondée sur les chiffres déclarées par les autorités chinoises, cette fenêtre est elle-même contestable.

Une étude élaborée par les chercheurs de l'Institut de génétique du Collège universitaire de Londres, relayée par l'agence de presse Reuters le 6 mai dernier, a cependant affiné ce panorama en examinant les mutations du virus. Ces auteurs ont ainsi affirmé: "Les estimations phylogénétiques soutiennent l'idée selon laquelle la pandémie de Covid-19 a commencé entre le 6 octobre et le 11 décembre". Une fourchette qui correspond, étayent-ils, au moment où la maladie a "sauté" de l'hôte animal à l'être humain.

L'incertitude italienne

Une étude publiée mercredi dernier par l'Institut national du cancer, en Italie et remarquée par Le Parisien, a mis en exergue la présence d'anticorps liés au Covid-19 chez des individus ayant participé à un dépistage du cancer du poumon entre septembre 2019 et mars 2020. Certains de ces anticorps sont relevés dès le mois d'octobre. Mais des scientifiques appellent à la prudence.

"En Italie, on observe un surnombre de morts dans la région de Bergame à partir de février. C'est pourquoi l'on pense que le virus a commencé à circuler tout au plus en janvier", a pourtant observé l'épidémiologiste Carlo La Vecchia, dans des propos rapportés par le quotidien francilien.

Des mutations, rendant le coronavirus plus néfaste, pourraient expliquer ce décalage entre la surmortalité observée dans la région de Bergame, qui a payé un tribut particulièrement lourd à la pandémie, et l'apparition précoce du Covid-19, mais une telle trajectoire serait inhabituelle au vu de la marche normale des virus, qui vont généralement en s'émoussant.

La communauté scientifique incite donc à faire preuve de circonspection. L'étude italienne doit faire l'objet d'une conférence de presse dans la semaine.

Robin Verner
Robin Verner Journaliste BFMTV