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Vincent Peillon, en tête du front anti-Manuel Valls

Manuel Valls et Vincent Peillon à l'Assemblée nationale.

Manuel Valls et Vincent Peillon à l'Assemblée nationale. - PATRICK KOVARIK - AFP

L'ancien ministre de l'Education nationale de Jean-Marc Ayrault et candidat à la primaire de la gauche fait feu de tout bois contre Manuel Valls.

Vincent Peillon se veut l'homme du "droit d'inventaire". Visiblement, il faut entendre l'expression dans le sens suivant: Vincent Peillon se veut "l'héritier revendiqué de François Hollande et l'adversaire de Manuel Valls qu'il charge de toutes les erreurs du quinquennat". Ce lundi, sur BFMTV, l'ex-ministre de l'Education nationale, candidat surprise à la primaire de la gauche, a refusé de dire à Jean-Jacques Bourdin s'il estimait que Manuel Valls avait bien gouverné. Il a alors lâché cette phrase: "Il y a eu de bonnes choses... et aussi des fautes lourdes!" Le député européen n'a pas voulu en dire plus. Mais les reproches de Vincent Peillon à l'égard de son rival dans la course à la désignation de la "Belle alliance populaire" pour la présidentielle de 2017 sont bien connus. 

Entre ironie et réprobation

Il y a d'abord l'utilisation de l'alinéa 49.3 de la constitution par Manuel Valls à plusieurs reprises lors des moments décisifs qui ont émaillé son passage à Matignon: l'adoption de la loi Macron et la loi Travail. Cette pratique, souvent considérée à gauche comme un passage en force, pèse lourd dans la campagne de l'ex-chef du gouvernement. Ce dernier a d'ailleurs cherché à s'écarter de son encombrant passif en proposant une stricte limitation dans l'application du 49.3. Vincent Peillon a alors ironiquement relevé:

"C'est une bonne chose de reconnaître ses erreurs". 

Le professeur de philosophie ne se distingue pas de Manuel Valls seulement par sa vision de la constitution. Il a aussi fait part de ses réserves sur la loi Travail et a réprouvé le débat autour de la déchéance de nationalité pour les terroristes. Plus largement, il se présente comme plus apaisé que l'ex-maire d'Evry (Essonne) sur les questions d'identité et de valeurs. Il y a quelques jours, il s'opposait sur BFMTV à la position adoptée par Manuel Valls cet été quant au port du burkini sur les plages françaises:

"La loi de 1905, je la connais bien, je l'ai enseignée pendant trente ans. Personne n'y dit qu'il faut s'habiller comme ci ou comme ça. Il ne faut pas dresser les gens contre les principes républicains par des amalgames, des brutalités."

Un exercice du pouvoir qui ne passe pas

Car c'est bien la méthode Valls, sa conception du pouvoir jugée trop raide qui ne passe pas auprès de Vincent Peillon. Le 22 décembre dernier, à Crécy-la-Chapelle (Seine-et-Marne), il s'en prenait à son concurrent sur le terrain que celui-ci s'est choisi, à savoir celui de la sécurité, de la fermeté:

"Le rétablissement de l'autorité, ce n'est pas l'autoritarisme, ce n'est pas le coup de menton", avait-il piqué.

Si l'ancien ministre de tutelle des enseignants estime que le le sens de l'Etat de l'ex "Premier flic de France" va trop loin, il ne le trouve pas plus accommodant avec sa propre famille politique. Dans les derniers jours de décembre, en visite à Tours (Indre-et-Loire) comme le raconte Le Parisien, Vincent Peillon a descendu en flammes la théorie des "gauches irréconciliables" élaborée en son temps par Manuel Valls: "Il n'y a pas deux gauches irréconciliables. Tous ceux qui divisent en réalité nous éloignent non seulement de la victoire, mais de la possibilité d'agir pour les gens."

Un débat qui promet...

La querelle entre les deux hommes est donc politique et personnelle. Elle est également médiatique. Alors que la primaire entre déjà dans sa dernière et courte ligne droite, Vincent Peillon s'est étonné, il y a peu, que Manuel Valls soit l'invité de "L'emission politique" de France 2 ce jeudi, une semaine avant le premier débat entre les candidats. Il a même parlé d'un "traitement de faveur". 

Ces deux-là auront manifestement de quoi s'interpeller lors du débat du 12 janvier prochain. 

Robin Verner