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"Une idée sotte": quand Dupond-Moretti disait qu'il "n'accepterait jamais" d'être garde des Sceaux

Eric Dupond-Moretti à Bordeaux en mai 2016

Eric Dupond-Moretti à Bordeaux en mai 2016 - Nicolas Tucat - AFP

L'avocat pénaliste fait son entrée dans la vie politique en tant que nouveau garde des Sceaux. Un poste qu'il disait pourtant fuire.

"Je n'aimerais pas faire ça." La nomination d'Éric Dupond-Moretti au ministère de la Justice constitue une si ce n'est LA surprise du remaniement. Un choix pris en commun par Jean Castex et Emmanuel Macron, a assuré ce mercredi matin le nouveau Premier ministre sur BFMTV-RMC, même s'il concède que c'est le président de la République qui lui a soufflé l'idée.

Le célèbre ténor du barreau avait pourtant plusieurs fois exprimé son refus d'occuper le poste de garde des Sceaux. Une prise de position qu'il avait ainsi manifesté sur le plateau de LCI en avril 2018. La journaliste Audrey Crespo-Mara lui demandait alors s'il accepterait le poste de ministre de la Justice.

"Non", lui répondait en riant l'avocat pénaliste.

"Sûr?", lui demandait alors Audrey Crespo-Mara.

"Ah oui sûr. Vous voulez que je vous le signe?", rétorquait Eric Dupond-Moretti.

"D'abord personne ne me le proposera. Ce sera un bordel alors... non mais personne n'aurait l'idée sotte, totalement saugrenue, incongrue, invraisemblable de me proposer cela. Et moi franchement je n'accepterais jamais un truc pareil", ajoutait celui que l'on surnomme "Acquitator", en référence aux nombreux acquittements qu'il a obtenus en Cour d'assises.

"Que voulez-vous que j'aille faire là-bas ?"

Éric Dupond-Moretti expliquait alors qu'il ne s'agit pas là du même métier que celui d'avocat, d'autant que cette nomination l'entraînerait de facto dans une équipe où "il faut être d'accord avec tous les copains du gouvernement auquel on appartient." Un poste dont il estimait ne pas avoir les compétences requises, ni l'envie: "Je n'aimerais pas faire ça".

Une réponse catégorique et qui s'ajoute à celle qu'il donnait à nos confrères de Marianne, là aussi en 2018. Éric Dupond-Moretti ne cachait pas alors son admiration pour le président de la République.

"J'aime bien ce Macron, il est jeune, il arrive de nulle part. Il a fracassé de vieux concepts et clivages qui méritaient de l'être. Il a choisi un opposant politique comme Premier ministre, ça a beaucoup d'allure : si les gens intelligents peuvent se réunir, je trouve que c'est pas mal (...) Après, j'arrête, je ne veux pas être traité d'hagiographe de Macron!", confie alors l'avocat.

Malgré son enthousiasme pour le chef de l'État, rien n'y fait, la Chancellerie l'indifférait presque. "Non!", s'amusait-il à propos d'une possible nomination, "Que voulez-vous que j'aille faire là-bas?" S'il évoquait alors "quelques propositions", Éric Dupond-Moretti se disait certain de ne pas vouloir faire de politique, bien que conscient de l'impact qu'aurait la désignation d'un avocat au ministère de la Justice.

Deux ans plus tard, le voilà garde des Sceaux, promettant de devenir celui "qui portera enfin lors d’un congrès la réforme du parquet tant attendue".

Hugues Garnier Journaliste BFMTV