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Quand le préfet de police contredit le ministre Gérard Collomb

Michel Delpuech

Michel Delpuech - BFMTV

Le préfet de police de Paris Michel Delpuech a été interrogé ce lundi après-midi par la commission des lois de l'Assemblée nationale, constituée en commission d'enquête, au sujet de l'affaire Benalla. Par ses déclarations, le haut-fonctionnaire s'est parfois inscrit en faux par rapport aux propos du ministre de l'Intérieur, Gérard Collomb, questionné avant lui.

La commission des lois, en charge de l'enquête parlementaire à l'Assemblée nationale, a posé ses questions ce lundi au ministre de l'Intérieur Gérard Collomb, puis au préfet de police de Paris, Michel Delpuech. Le premier nommé a parfois attiré l'attention de ses interlocuteurs sur le haut-fonctionnaire. Ainsi, alors qu'il est reproché à l'exécutif, au courant dès le 2 mai des coups portés par Alexandre Benalla sur des manifestants la veille Place de la Contrescarpe, dans le Ve arrondissement de Paris, de ne pas avoir immédiatement saisi la justice au titre de l'article 40 du code de procédure pénale, le ministre a rejeté la faute sur le préfet de police. 

Deux interprétations de l'article 40 du procédure de code pénal

"Ce n'est pas au ministre qu'il appartient de le faire. (...) Je considère que c'est à ceux qui sont en responsabilité dans leurs administrations, au plus près du terrain, de recueillir les éléments permettant de justifier la transmission d'un signalement au titre de l'article 40, de le faire", a assuré le ministre de l'Intérieur. Ce point du code pénal impose à tout fonctionnaire de signaler au procureur de la République un délit porté à sa connaissance. "Je m'étais assuré que tant le cabinet du président de la République que la préfecture de police avaient été destinataires de l'information. Je pensais, comme c'est la règle, que les mesures appropriées avaient été prises. C'était à eux de prendre les sanctions et éventuellement d'informer les autorités judiciaires", a appuyé Gérard Collomb. 

Lors de son audition, Michel Delpuech a montré que son interprétation du droit était différente. "La liste serait longue s'il avait fallu dresser quelques jours après, la liste des personnes qui auraient dû appliquer l'article 40. Ce n'était plus au préfet de police d'agir. Le préfet de police n'est qu'un échelon de l'autorité hiérarchique", a-t-il posé. 

Delpuech affirme qu'il était "connu" des autorités, Collomb dans le flou

Interrogé sur la connaissance qu'il avait d'Alexandre Benalla au moment des faits, à l'époque chargé de mission à l'Elysée attaché à la sécurité des déplacements d'Emmanuel Macron, Gérard Collomb a minimisé. S'il a admis l'avoir "croisé" pendant la campagne présidentielle, il a laissé entendre qu'il n'avait pas de relation professionnelle avec lui: "Je ne l'avais jamais rencontré... je l'avais rencontré, mais j'ignorais sa qualité de conseiller". 

Michel Delpuech a toutefois assuré qu'Alexandre Benalla était "connu" des autorités. Il a d'ailleurs détaillé les occasions où il a été amené à fréquenter, avant l'accession d'Emmanuel Macron à l'Elysée et après, Alexandre Benalla: "La première fois que j’ai rencontré l’intéressé, c’était l’avant-veille ou trois jours avant le deuxième tour de l’élection présidentielle où j’avais organisé à mon cabinet, sous ma présidence personnelle, une réunion de travail pour cadrer les conditions de sécurité de la soirée présidentielle. Il y avait là une petite délégation, dont monsieur Benalla, que j’ai vu pour la première fois mais dont j’ignorais le nom mais j’avais compris qu’il était en charge d’une partie de la sécurité dans le staff du candidat."

Il a poursuivi, évoquant les événements lors desquels il a été conduit à le voir depuis le début du mandat d'Emmanuel Macron: "Ensuite, j’ai rencontré monsieur Benalla à Paris, le 14 juillet, le 8 mai pour ces cérémonies (NDLR: il a démenti plus tard l'avoir vu à cette date), et dans le cadre des services un peu plus conséquents. A titre d’exemple, le jour du Salon de l’agriculture où le chef de l’Etat avait souhaité que le préfet de police puisse être disponible toute la journée."

Le récit de la soirée du 1er mai 

Le préfet de police a d'ailleurs raconté sa soirée du 1er mai lors de laquelle il a rencontré Alexandre Benalla en compagnie du ministre de l'Intérieur. "Il me revient à ce moment-là un épisode du 1er mai. En fin de journée, le ministre de l'Intérieur est venu à la préfecture de police pour faire le point sur la manifestation, il est passé à mon bureau pour que nous fassions un point sur les suites, et pour saluer et remercier l’ensemble des responsables des services en salle d’information et de commandement de l’ordre public et de la circulation", a-t-il commencé.

"En cette salle de commandement alors que nous faisions le tour des pupitres pour serrer la main des fonctionnaires de police, militaires, de tous les agents présents, j’ai découvert avec surprise et étonnement la présence dans la salle de monsieur Benalla. Au moment de lui serrer la main, je lui demande ce qu'il fait là: ‘J'étais sur le terrain, je suis venu’", a-t-il dépeint. 

il a alors confirmé que Gérard Collomb avait serré la main du chargé de mission, qui revenait alors de la Place de la Contrescarpe. Ce dernier avait d'ailleurs reconnu ce contact: "Je l'ai sans doute salué comme j'ai salué tout le monde en arrivant dans la salle de commandement. Mais comme il devait y avoir une quarantaine de personnes, j'ai salué l'ensemble. Je ne sais pas si c'est votre habitude mais moi j'ai comme une habitude d'être une urbain". 

Robin Verner