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Plus d'encadrement et de formation, emploi des caméras-piétons... Les pistes de Darmanin pour réformer la police

Le ministre de l'Intérieur était auditionné ce lundi en fin de journée devant la Commission des Lois de l'Assemblée nationale.

Au terme d'une semaine marquée par la publication, par nos confrères de Loopsider, des images du passage à tabac par trois policiers du producteur de musique Michel Zecler dans son studio du XVIIe arrondissement de Paris, sur fond de contestation de la loi dite "Sécurité globale", Gérald Darmanin a été entendu devant la Commission des Lois de l'Assemblée nationale ce lundi en fin de journée.

Le ministre de l'Intérieur a notamment condamné les "actes inqualifiables" commis "par ceux qui portent l'uniforme de la République" à l'encontre de Michel Zecler.

"On peut se poser la question de pourquoi il y a des femmes et des hommes qui, de manière totalement disproportionnée, et de manière inqualifiable, commettent des actes qui nous révulsent tous et qui nous font honte. Il y a sans doute des comportements individuels, comme il y en a dans tous les corps sociaux, il faut les condamner, il y a aussi peut-être des problèmes structurels qui ne datent pas d'hier, avouons-le", a admis le ministre, tout en réaffirmant son soutien aux forces de l'ordre.

Manque de formation

Face aux députés, le ministre de l'Intérieur a également listé des dysfonctionnements. "C'est ce que j'appellerais les sept péchés capitaux qu'ont commis, me semble-t-il, les responsables (...) qui dirigent le pays depuis des années", a-t-il précisé.

Gérald Darmanin a commencé par pointer "le peu de formation que nous offrons à nos policiers. Raccourcir la formation initiale, c'est-à-dire la formation quand on embauche un policier, n'était pas une bonne mesure", a-t-il admis, pointant également la formation "tout au long de la vie".

"Un policier national, c'est douze heures de formation annuelle, et (...) 20% seulement des policiers font ces douze heures annuelles en 2019", a-t-il précisé, indiquant avoir fait cet après-midi au chef de l'État des propositions pour répondre à ce constat.

Renforcer l'encadrement

"Le deuxième péché capital, c'est celui de l'encadrement", a poursuivi Darmanin. "L'une des difficultés, sans doute notamment dans l'affaire du XVIIe arrondissement de Paris, c'est le fait qu'il n'y a pas assez de chefs et, permettez-moi cette expression, de sous-chefs, de sous-officiers, présents dans la rue. (...) Il faut recréer un corps intermédiaire d'encadrement, plus nombreux, auprès des policiers, des policières, des gendarmes, sur le terrain", a défendu l'ancien ministre de l'Action et des Comptes publics.

Gérald Darmanin a également fustigé le manque de moyens alloués et la dégradation des matériels utilisés par les policiers, tels que les véhicules, ou encore la vétusté de certains locaux.

Généralisation des caméras-piétons

"L'autre péché capital que je voudrais souligner est celui des images", a-t-il poursuivi, évoquant la question des caméras-piétons. "Si la brigade de police qui est intervenue dans le XVIIe arrondissement avait des caméras-piétons sur elle, (...) sans doute aurions-nous compris dès les faux commis par ces policiers", a argué Gérald Darmanin, rappelant que ces "caméras-piétons seront généralisées au 1er juillet à la demande du président de la République pour toutes les brigades de police et de gendarmerie", mesure déjà annoncée en septembre dernier.

Le ministre de l'Intérieur a aussi évoqué l'idée d'avoir recours à des caméras qui se déclenchent automatiquement quand un policier utilise son arme à feu, un Taser ou un LBD.

"Les caméras, elles protègent bien évidemment les citoyens des accès tout à fait inacceptables de violence de la part des forces de l'ordre, mais elles protègent aussi les policiers qui bien souvent sont blessés, vilipendés, insultés, lorsqu'ils interviennent", a jugé l'occupant de Beauvau.

Des mots qui font écho à la vive controverse liée à l'article 24 de la loi "Sécurité globale," alors que la majorité a décidé lundi de réécrire "totalement" cet article afin de "lever les doutes" qu'il a engendré dans l'opinion publique et la classe politique.

Réformer l'IGPN?

Gérald Darmanin a également évoqué la question des "inspections", à savoir l'Inspection générale de la police nationale (IGPN) et l'Inspection générale de la gendarmerie nationale (IGGN).

"La difficulté particulière sans doute de l'IGPN, (...) c'est qu'elle est à la fois un service d'inspection sous l'autorité du ministre de l'Intérieur, elle peut être aussi un service d'enquête judiciaire", a rappelé Gérald Darmanin.

Mais si l'IGPN était "aussi mauvaise" que certains le disent "le procureur de la République" de Paris "ne l'aurait pas saisie" de l'enquête sur les violences dont a été victime Michel Zecler, a fait valoir le ministre.

"Si réforme" de l'Inspection générale de la police nationale (IGPN) il y a à faire, il faudrait "que les préconisations" de l'IGPN en matière de sanctions administratives soient suivies par l'exécutif, a estimé ce dernier.

Renforcer la réserve de la police

Le dernier "péché capital", au sens de Gérald Darmanin, est celui du lien entre la population et la police. Le ministre indique ne pas partager le constat d'un "divorce entre la police et la population", arguant d'abord le fait que les "gardiens de la paix étaient rarement des fils de PDG."

Il n'y a "sans doute pas à renouer, je pense que ce fil n'a jamais été perdu, mais à faire comprendre les difficultés que vivent les policiers", a ajouté le ministre, avançant notamment la question de la réserve de la police nationale, avec des effectifs beaucoup moins nombreux que ceux de la gendarmerie. Gérald Darmanin a ainsi préconisé de porter les effectifs de la réserve de la police à 30.000, afin d'être équivalents à ceux de la gendarmerie.

Clarisse Martin Journaliste BFMTV