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Plan prison: Macron accusé par la droite d'être dans le prolongement de Taubira

Le chef de l'État a présenté ce mardi les contours de sa future "refondation" pénale dans laquelle il entend favoriser les alternatives à la prison. Des mesures jugées trop "laxistes" à droite.

"Christiane Taubira sortez de ce corps!" En visite à l'École nationale d'administration pénitentiaire, à Agen, dans le Lot-et-Garonne, le chef de l'État a détaillé ce mardi 6 mars les principales mesures de son "Plan prison" pour lutter contre la surpopulation carcérale et redonner du sens à la peine. Emmanuel Macron a notamment annoncé l'interdiction des peines de prison "inférieures ou égales à un mois qui ne servent à rien". 

Mais dans le camp des Républicains, les critiques n'ont pas tardé à se faire entendre. Dans un communiqué publié sur son compte Twitter, Valérie Boyer dénonce le "laxisme" du président. "Que Christiane Taubira sorte de ce corps", écrit la députée des Bouches-du-Rhône. L'ancienne garde des Sceaux avait en effet initié en 2014 la création d'une nouvelle peine en milieu ouvert: "la contrainte pénale". En trois ans d’existence, à peine plus de 4 000 d’entre elles ont été prononcées

Alors que le président a indiqué ce mardi qu'il poursuivrait le plan de créations de 15.000 places de prison supplémentaires engagé par son prédécesseur François Hollande, l'élue des Républicains estime que c'est encore "insuffisant". Pour lutter contre la surpopulation carcérale, elle propose ainsi que les 15.000 détenus étrangers dans les prisons françaises "exécutent leur peine dans leur pays d'origine". En février, le député Les Républicains Guillaume Larrivé demandait déjà au gouvernement d'organiser un "plan d'expulsion" pour pallier le manquer de places en prison.

"La prison n'est pas là pour soigner"

À BFMTV.com, Julien Aubert, député de la Ve circonscription du Vaucluse, s'étonne du "signal" envoyé par le président de la République. "Aujourd'hui (la prison) c'est un outil qui est en crise entre surpopulation carcérale et manque criant de moyens, donc il aurait été plus logique de débuter par un vaste plan de réhabilitation de l'outil pénitentiaire", souligne-t-il. "Les solutions alternatives donnent l'impression qu'on ne veut pas vraiment régler le problème de la prison parce qu'on n'y croit pas, alors on contourne".

Comme Valérie Boyer, le député a le sentiment qu'Emmanuel Macron se situe avec ce "Plan prison" dans le "prolongement" de Christiane Taubira qui a pourtant selon lui "échoué". "Le nombre de prisonniers a augmenté en France (...) alors qu'il a baissé partout en Europe", précise-t-il. 

En réponse aux arguments du gouvernement selon lequel l'incarcération peut aggraver la récidive, Julien Aubert assure de son côté que le but de la prison n'est pas "thérapeutique".

"Le sujet n'est pas de savoir si la peine change quelqu'un, ce n'est pas scientifiquement prouvable (...) la prison n'est pas là pour soigner entre guillemets le prisonnier, la prison est d'abord faite pour le retrancher de la société et en cela elle remplit son objectif".

Par ailleurs, il soutient "qu'on peut ne pas passer par la case prison et empirer tout seul". 

Des réactions à l'extrême-droite

À l'extrême-droite cette fois-ci, le vice-président du Front national, Nicolas Bay, s'inquiète sur Twitter pour la "sécurité des Français". Gilles Lebreton, chef de la délégation du FN au Parlement européen assure quant à lui que la France a "besoin" d'une "politique pénale plus dure". 

"Un vieux débat"

Interrogé sur BFMTV ce mardi, Christophe Castaner a défendu le "Plan prison" estimant que "la seule question qu'il faut se poser" est celle de savoir "si une peine de prison à une utilité, une efficacité". "Or, aujourd’hui on sait depuis un siècle […] que la prison est criminogène et on sait que le passage en prison est un facteur d’aggravation de la récidive", a-t-il encore martelé. 

"Donc partout où vous pouvez utiliser d’autres formes de sanctions que celles qui vous amènent à la récidive, faisons-le. Travaillons à l’efficacité et sortons du vieux débat".

"On aime toujours mettre les gens dans des cases. Si vous êtes de gauche vous êtes laxiste et si vous êtes de droite vous trop répressif. Le débat n’est pas là", a-t-il encore répondu. 

Le secrétaire d'État en charge des relations avec le Parlement a enfin rappelé que ce plan d'action avait vocation "à être efficace dans l’application de la peine", mais aussi "vocation à redonner des conditions de travail à nos fonctionnaires de l'administration pénitentiaire".
Maëva Poulet