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Pitié-Salpêtrière: l'opposition étrille Christophe Castaner

Christophe Castaner aux côtés d'Edouard Philippe lors d'un déplacement le 2 mai 2019.

Christophe Castaner aux côtés d'Edouard Philippe lors d'un déplacement le 2 mai 2019. - GEORGES GOBET / AFP

L'opposition est unanime dans sa critique du ministre de l'Intérieur qui, immédiatement après le défilé du 1er-mai à Paris, avait présenté la tentative de quelques manifestants d'entrer dans l'hôpital de la Salpétrière comme une "attaque".

Des vidéos, des témoignages, l'intégralité des gardes à vue levées. La version de Christophe Castaner, qui avait décrit mercredi la tentative de quelques dizaines de manifestants de ce défilé parisien du 1er-mai d'entrer dans l'hôpital de la Pitié-Salpétrière, peut-être pour échapper aux gaz lacrymogènes ou aux CRS déployés, comme "une attaque" n'en finit plus d'être infirmée.

Jeudi pourtant, le ministre de l'Intérieur a refusé de revenir sur ses propos, tout en s'abstenant désormais d'utiliser le mot "attaque". "L'enceinte de l'hôpital a été forcée. Des individus ont tenté de s'introduire dans un service de réanimation. C'est un incident très grave, ces faits sont inadmissibles", a-t-il lancé. 

"Un menteur, un incompétent, un pervers" 

La sortie initiale du pensionnaire de la Place Beauvau puis son absence de mea culpa ont soulevé un écho défavorable dans la classe politique. S'il n'est pas inhabituel de voir l'opposition réclamer la démission d'un membre du gouvernement, le cas de Christophe Castaner semble mettre les adversaires de l'exécutif à l'unisson. Sur notre antenne ce vendredi matin, le député insoumis élu dans le Nord, Adrien Quatennens, a ainsi déclaré:

"Christophe Castaner doit s'en aller sans délai. (...) Il n'est pas à la hauteur de sa fonction, il ne se comporte pas en homme d'État. Il a à son bilan, déjà, le pourrissement de la situation dans le mouvement de contestation populaire qu'on connaît depuis maintenant six mois."

L'ancien ministre du Budget de François Hollande, Christian Eckert, est allé plus loin encore sur Twitter: "Ça suffit ! Christophe Castaner est un menteur, un incompétent et un pervers. La France a besoin de calme, de responsabilité et de maîtrise de soi. Une seule solution : sa démission, avant qu'il ne provoque l'irréparable". 

Benoît Hamon a embrassé le même point de vue, avec davantage de réserve cependant: "S'il s'agit d'un mensonge délibéré, dans le seul et unique but de disqualifier et salir une mobilisation sociale, le ministre de l'Intérieur doit être démis de ses fonctions sans délai". 

"On un problème de maintien de l'ordre: Christophe Castaner"

Sur notre antenne ce vendredi matin, l'écologiste Julien Bayou a commencé:

"Il a maintenu ses propos donc on est maintenant dans le mensonge délibéré". Il a alors enchaîné: "Le deuxième problème, c’est encore plus grave c’est son incompétence. Castaner est incapable de maintenir l’ordre. On a un ministre de l’Intérieur qui jette de l’huile sur le feu et une politique d’Emmanuel Macron qui est profondément rejetée par la population. Il faut un changement de cap profond." "On a un problème de maintien de l’ordre, ce problème c’est Christophe Castaner", a-t-il encore ajouté. 

A gauche toujours, Jean-Luc Mélenchon avait déjà dit son mot jeudi à Marseille:

"Monsieur Castaner est un menteur, en plus d'être un incompétent". Eric Coquerel, l'un des ses proches et députés élus en Seine-Saint-Denis, a appuyé ce vendredi sur les ondes de RMC: "J’accuse Christophe Castaner de mensonge et de manipulation de l’opinion parce qu’ensuite ça embraye. On a failli se retrouver avec 32 personnes, manifestement pacifiques, en prison parce que ce dont ils étaient accusés pouvait les entraîner vers des peines lourdes."

La droite également vent debout

Mais la colère à l'égard de l'homme de Forcalquier n'est pas l'apanage de la gauche. Ce vendredi, sur RFI, Nicolas Dupont-Aignan, président de Debout la France, s'est ainsi écrié: "Il a menti, il a voulu manipuler l'opinion, il doit démissionner, ce n'est qu'une longue suite d'incompétences et de mensonges". Sur Twitter, Jordan Bardella, tête de liste du rassemblement national aux européennes, a publié pour sa part:

"Un an après l’affaire Benalla, la macronie continue de nous apporter son lot de magouilles, de manipulations et de Fake News! Cette désinformation permanente du gouvernement nous montre qu’ils sont prêts à TOUT pour défendre leurs intérêts."

Bruno Retailleau, président du groupe "les Républicains" au Sénat a affirmé quant à lui: "Le ministre de l'Intérieur doit cesser de mettre de l'huile sur le feu et doit maintenant s'expliquer sur ses déclarations démenties par les faits". Lydia Guirous, porte-parole de ce mouvement, a estimé devant nos caméras: "Les Français méritent un ministre de l'Intérieur qui soit à la hauteur, sache rétablir l'ordre. il doit tirer les conclusions de son incompétence". 

Castaner peut compter ses soutiens 

Au sein de la majorité, ou des amis de cette dernière, Christophe Castaner a cependant trouvé quelques soutiens. Sur France 2, Jean-Christophe Lagarde, tête de liste UDI aux européennes, a déploré "un emballement du gouvernement" mais n'a pas réclamé le départ du ministre: "On est en campagne électorale, donc tout le monde raconte n'importe quoi, comme d'habitude. Moi, je préfère ne pas faire ça". 

Sur Cnews, la secrétaire d'Etat à l'Economie, Agnès Pannier-Runacher a semblé esquiver: "Je ne sais pas s'il est affaibli. En tous cas, ce que je constate c'est qu'on est dans la polémique sur l'anecdote et qu'on ne regarde pas la situation qui sont des manifestations très violentes". Sur notre chaîne, Amélie de Montchalin, secrétaire d'Etat chargée des Affaires européennes, a balayé: "Après, la justice définira: est-ce que c'est une attaque, une intrusion, une intrusion violente... Là on est dans l'étymologie."

Robin Verner