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Une "attaque" à la Pitié-Salpêtrière? Castaner appelé à s'expliquer sur ses propos, voire à démissionner

Le ministre de l'Intérieur Christophe Castaner. (Photo d'illustration)

Le ministre de l'Intérieur Christophe Castaner. (Photo d'illustration) - Philippe Lopez - AFP

La version de Christophe Castaner a été battue en brèche par des témoignages et des vidéos relayées sur les réseaux sociaux qui affirment que les manifestants auraient voulu se réfugier dans l'hôpital pour échapper aux charges des forces de l'ordre.

Des manifestants ont pénétré dans l'enceinte de l'hôpital de la Pitié Salpêtrière, à Paris, mercredi, lors du défilé du 1er mai. Une trentaine d'entre eux se sont ensuite massés sur une passerelle devant le service de réanimation chirurgicale de l'hôpital et ont tenté d'y entrer. 

Sur place, mercredi soir, Christophe Castaner a qualifié l'incident "d'attaque". Sur Twitter, il a réitéré peu après, "Ici, à la Pitié-Salpêtrière, on a attaqué un hôpital. On a agressé son personnel soignant. Et on a blessé un policier mobilisé pour le protéger." Un CRS a bien été blessé à la tête peu avant 17 heures, mais sa blessure n'aurait en fait aucun lien avec la tentative d'intrusion. 

Dans la foulée, une enquête a été ouverte et une plainte déposée par l'assistance publique des hôpitaux de Paris. 32 personnes ont été interpellées. Toutes les gardes à vues ont été levées ce jeudi en fin de journée.

Castaner doit cesser "de mettre de l'huile sur le feu"

Mais la version du ministre de l'Intérieur a été battue en brèche ce jeudi par des témoignages et des vidéos relayées sur les réseaux sociaux qui affirment que les manifestants auraient cherché à se réfugier dans l'enceinte de l'hôpital pour échapper aux charges des forces de l'ordre ou à l'air saturé de gaz lacrymogènes. Une vidéo d'un des soignants du service de réanimation diffusée sur Facebook vient appuyer cette théorie.

Christophe Castaner se retrouve depuis au centre des critiques de l'opposition. Plusieurs figures politiques l'ont sommé de s'expliquer tandis que d'autres appellent à sa démission. Pour la sénatrice EELV Esther Benbassa, "si @CCastaner s'appelait Pinocchio, on n'ose imaginer quelle longueur aurait son nez", a-t-elle déclaré sur Twitter.

"Monsieur Castaner est un menteur, en plus d'être un incompétent", a notamment lancé à Marseille le chef de file des Insoumis Jean-Luc Mélenchon.

"Le ministre de l'Intérieur doit cesser de mettre de l'huile sur le feu et doit maintenant s'expliquer sur ses déclarations démenties par les faits", a tweeté Bruno Retailleau, président du groupe LR au Sénat.

"Les détenteurs de la parole publique ne sont-ils pas tenus à plus de prudence et de sérieux dans leurs déclarations? Ce gouvernement se discrédite chaque jour davantage" a estimé pour sa part Philippe Olivier, conseiller de Marine Le Pen et candidat sur la liste RN aux européennes.

Plusieurs appels à démissionner

Le député de la France Insoumise, Adrien Quatennens a peu après appelé à la démission du ministre de l'Intérieur sur Twitter.

"Christophe Castaner a menti de manière éhontée et il a instrumentalisé la presse pour propager ces mensonges. La coupe est pleine, dans ces conditions il n'a pas d'autre choix que de démissionner", a t-il déclaré.
"Le Gouvernement pris en flagrant délit de fake news, assez de cette propagande! Castaner a manipulé les faits pour discréditer ses opposants: il doit démissionner. Il y a suffisamment de violences à condamner pour ne pas en inventer", a jugé de son coté Nicolas Dupont-Aignan.

"S'il s'agit d'un mensonge délibéré, dans le seul et unique but de disqualifier et salir une mobilisation sociale, le ministre de l'Intérieur doit être démis de ses fonctions sans délai", a aussi estimé Benoît Hamon (Génération.s).

Christophe Castaner maintient ses propos

Le ministère de l'Intérieur a maintenu ses propos ce jeudi, n'utilisant cependant plus le terme "d'attaque."

"L'enceinte de l'hôpital a été forcée. Des individus ont tenté de s'introduire dans un service de réanimation. C'est un incident très grave, ces faits sont inadmissibles", a-t-il déclaré.

Yannick Jadot, tête de liste EELV aux européennes, a par ailleurs demandé une "commission d'enquête parlementaire", accusant Christophe Castaner et le gouvernement de "souffler en permanence sur les braises de la violence".

Cyrielle Cabot avec AFP