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Une note envoyée à Macron par Le Gendre fuite dans la presse et scandalise une partie de sa majorité

Gilles Le Gendre à l'Assemblée nationale, le 11 décembre 2018.

Gilles Le Gendre à l'Assemblée nationale, le 11 décembre 2018. - THOMAS SAMSON / AFP

Selon le magazine Marianne, le patron du groupe LaREM aurait soumis plusieurs noms au chef de l'État pour le remaniement gouvernemental qui se profile, tout en laissant entendre que la majorité ne comptait aucun candidat crédible.

Est-ce la dernière goutte d'eau dans le vase déjà bien rempli de Gilles Le Gendre? Selon les informations de Marianne, le président du groupe La République en marche à l'Assemblée nationale a communiqué, fin mai, une note à Emmanuel Macron. Dedans, le député de Paris ne lui soumet rien de moins qu'une liste de noms pour le remaniement gouvernemental qui se profile cet été.

Suggérant pêle-mêle les noms de Jean-Yves Le Drian, Manuel Valls, Bruno Le Maire, et le sien-même, pour des postes prestigieux, Gilles Le Gendre s'appuie, à en croire les passages cités par le magazine, sur une analyse du contexte politique dont la tonalité en agace plus d'un au sein de la majorité.

Tonalité anti-Philippe

Dans l'esprit du patron du groupe LaREM, Jean-Yves Le Drian et Bruno Le Maire devraient être les "favoris" pour le poste de Premier ministre. L'envoi du ministre de l'Europe et des Affaires étrangères à Matignon enverrait "le bon signal politique", écrit le patron du groupe LaREM selon Marianne. L'ancien socialiste "saura gérer la majorité, dans la complexité actuelle de sa composition", mais se voit ensuite reprocher son potentiel manque de dynamisme. 

Quant à Bruno Le Maire, il "porterait parfaitement la reconstruction" post-crise sanitaire, défend une "pensée et un discours limpides", mais dispose d'un "faible charisme". 

Si ces noms sont évoqués avec insistance, c'est en toute logique pour que l'un d'eux puisse remplacer celui d'Édouard Philippe, dont les relations avec Gilles Le Gendre se sont refroidies ces derniers temps d'après plusieurs sources au sein de la majorité. 

"À toi la vision, la stratégie, la relation aux Français, au PM (Premier ministre, NDLR) l’opérationnel et l’animation de la majorité", développe le député de Paris en s'adressant à Emmanuel Macron. On peut également lire que "le gouvernement doit être un vrai collectif, ce qui n’a jamais été le cas pendant trois ans". 

"Le type est à deux doigts de paraphraser la Constitution", grince un membre du bureau exécutif de LaREM auprès de BFMTV.com en lisant l'article. En d'autres termes, la configuration évoquée par Gilles Le Gendre n'a rien de particulièrement nouveau.

Dans l'entourage du député de Paris, on explique à BFMTV que celui-ci échange régulièrement avec le président de la République. "C’est une fuite avec une volonté de lui nuire", le mettre en porte-à-faux et susciter l’émoi au sein du groupe, insiste-t-on. 

Qu'importe, le mal est fait. "C'est d'une nullité", se borne à commenter - comme beaucoup d'autres - un député macroniste. Lequel s'esclaffe d'apprendre que son chef se verrait bien cumuler le porte-parolat du gouvernement et le ministère des Relations avec le Parlement. "Il est dans la merde", poursuit cette source.

"Il va avoir le goudron et les plumes"

Par ailleurs, et cela a achevé de tendre les marcheurs déjà plus que réservés sur leur patron de groupe, ce dernier ne juge aucun membre de la majorité suffisamment "crédible" pour rejoindre cette future équipe gouvernementale. Sur les boucles Telegram, les remarques indignées se sont multipliées toute l'après-midi. 

"Si aucun député du groupe n'est crédible, qu'en est-il du président de ce même groupe", s'est interrogée auprès de ses collègues une députée qui, initialement, avait du mal à croire à la réalité des propos allégués par Marianne

Certains vont jusqu'à faire planer la menace d'un départ en cas de maintien de Gilles Le Gendre à son poste. "S'il avait une once d'esquisse de dignité, il annoncerait sa démission dès ce soir. Mais il n'en a pas, de dignité", assène un pilier du groupe. "Il nous décrédibilise tous au passage, c'est pas possible. Il va avoir le goudron et les plumes", dit un autre, qui poursuit:

"Il se tire plusieurs balles dans le pied: d'abord le PM va le mépriser encore plus, donc il ne pourra passer aucun deal avec lui; ensuite le président ne va jamais lui répondre de peur que ça fuite; il méprise sa propre majorité, ce qui va poser un gros problème; et enfin il passe pour un débile. Je ne sais pas comment il va s'en sortir cette fois-ci."

Certains ne dissimulent même plus leur franche désapprobation. Le député LaREM de l'Eure Bruno Questel s'est fendu d'un tweet qualifiant d'"insupportable" le contenu de la note relayée par Marianne

Contacté par BFMTV.com, il précise sa pensée: "Le contenu et le niveau de cette déclaration font que l'étape 3 du quinquennat devra passer aussi par une refonte du fonctionnement du groupe parlementaire."

Convaincu que la macronie ne réussira qu'en investissant plus largement le terrain, Bruno Questel estime que "l'immaturité de cette note montre qu'il est urgent que l'on sorte du VIIe arrondissement de Paris et que l'on parle aux Français".

Le VIIe arrondissement, où se situent à la fois l'Assemblée nationale et... la circonscription électorale de Gilles Le Gendre. 

Gilles Le Gendre n'exclue pas de démissionner 

Et les députés de la majorité ne sont pas les seuls à imaginer un pas de retrait de celui qui est encore pour l'heure leur patron. L'intéressé lui-même ne l'exclut pas devant le tollé que la divulgation de sa note et son contenu ont causé ce vendredi. "Je ne prendrai pas le groupe en otage", a-t-il promis selon nos informations ce vendredi soir. D'après une source proche de l'affaire, il compte passer des coups de fil à l'exécutif ce week-end pour évaluer l'étendue des dégâts éventuels et en savoir plus sur ce qu'on attend désormais de lui. Cette même source rejette en revanche la possibilité d'une décision de Gilles Le Gendre dès samedi ou dimanche et pense qu'il l'annoncera mardi. 

Mais qui pour lui succéder au cas où il viendrait à rendre son tablier de président de groupe? La perspective du remaniement, et donc l'espoir d'une entrée au gouvernement, semble refroidir la plupart des ardeurs. Toutefois, d'après nos éléments, Yaël Braun-Pivet, députée élue dans les Yvelines, convoiterait la position. Marie Lebec, elle aussi députée élue dans les Yvelines, assurerait quant à elle l'intérim entre la démission, encore hypothétique, de Gilles Le Gendre et les municipales voire le remaniement. 

Jules Pecnard avec le service politique de BFMTV