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Dassault: sur quoi enquêtent les juges

Serge Dassault, le 17 octobre 2013 à Paris.

Serge Dassault, le 17 octobre 2013 à Paris. - -

Soupçons d'achats de votes, tentatives d'assassinats... Après la levée de son immunité parlementaire, Serge Dassault a fort à faire avec la justice.

Quand on demande à Serge Dassault pourquoi il a demandé lui-même la levée de son immunité parlementaire, actée ce mercredi par le bureau du Sénat, l'ex-maire de Corbeil-Essonnes répond: "Pour prouver mon innocence. Je suis totalement innocent de ces trucs-là", indique-t-il. Une manière triviale de parler de plusieurs affaires, peut-être toutes imbriquées, dans lesquelles apparaît son nom.

> Deux tentatives d'homicides

Le soir du 29 janvier 2013, Rachid T., trentenaire du quartier des Tarterêts, est pris dans un guet-apens dans sa voiture à Corbeil-Essonnes. Il reçoit une vingtaine de plombs à l'épaule. Un mois plus tard, il balance tout: dans un témoignage vidéo au Parisien, il affirme avoir participé à un système d'achat de votes en faveur de Serge Dassault et de son successeur Jean-Pierre Bechter, et fait le lien avec la tentative d'assassinat dont il a été l'objet. Une instruction est alors ouverte à Evry.

Entre-temps, le 19 février, un autre homme a été très grièvement blessé de trois balles de calibre 38 dans le centre-ville de Corbeil. La victime, Fatah Hou, 32 ans, est un ancien chef d'entreprise et boxeur. Après une cavale de plusieurs mois, son agresseur présumé se rend à l'automne. Il s'appelle Younès Bounouara. Figure locale à Corbeil, il est présenté comme un proche de Serge Dassault et un intermédiaire officieux de l'ex-maire UMP dans les cités de la ville. Younès Bounouara est écroué depuis novembre. Serge Dassault est alors entendu en tant que témoin assisté.

> Soupçons d'achat de votes

Après une enquête préliminaire, une information judiciaire est ouverte en mars 2013 pour "achat de votes, corruption, blanchiment et abus de biens sociaux". Les magistrats s'intéressent à trois scrutins municipaux qui se sont tenus à Corbeil-Essonnes en 2008, 2009 et 2010.

Le premier, en 2008, a été remporté par Serge Dassault. Mais le Conseil d'Etat l'a annulé après plusieurs plaintes d'habitants de Corbeil. La plus haute juridiction administrative tient pour "établie" que des dons d'argent ont été faits à des électeurs. Serge Dassault est déclaré inéligible pour un an aux fonctions de conseiller municipal.

Le second, en 2009, est donc remporté par son successeur Jean-Pierre Bechter. Mais là encore, l'élection est annulée par la justice adminstrative. En cause: la mention "secrétaire général de la Fondation Serge Dassault" sur le bulletin de vote de Jean-Pierre Bechter, que le tribunal de Versailles estime de nature à créer une confusion. L'homme est réélu une troisième fois en 2010, mais les soupçons d'achat de voix planent de nouveau sur ce scrutin.

Dans cette affaire, l'actuel maire de Corbeil Jean-Pierre Bechter, son adjointe Cristela de Oliveira et Younès Bounouara ont été mis en examen en janvier.

> La plainte de Fatah Hou

Fatah Hou, l'homme laissé pour mort dans le centre-ville de Corbeil-Essonnes, est à l'origine d'une deuxième enquête ouverte contre Serge Dassault dans ce même dossier. Le 3 janvier 2014, il décide de porter plainte auprès du parquet d'Evry pour "association de malfaiteurs". Sont visés l'ancien maire de Corbeil, son successeur Jean-Pierre Bechter, un employé municipal et un diplomate marocain. Il les accuse d'avoir élaboré un stratagème pour le faire arrêter au Maroc afin de l'éloigner de Corbeil-Essonnes.

Fatah Hou pense en effet qu'on a cherché à l'empêcher de dénoncer ce qu'il appelle le "système Dassault". Ce qu'il s'apprêtait à faire quand on lui a tiré dessus.

> La riposte de Serge Dassault

Après cette plainte, Serge Dassault a dénoncé une "instrumentalisation judiciaire" et a saisi à son tour le parquet d'Evry pour "appels téléphoniques malveillants réitérés, tentative d'extorsion de fonds, chantage, menaces, recel et complicité de ces délits".

L'ancien maire de Corbeil clame en effet que, depuis des mois, il est menacé par un clan qui essaie de lui soutirer de l'argent et qu'il est racketté. Il estime que Fatah Hou et son entourage font partie de ce clan. En novembre, Serge Dassaut avait d'ailleurs déjà déposé plainte contre Fatah Hou et un autre homme, René Andrieu, pour ces mêmes faits.

Le 24 janvier 2013, une informations judiciaire est ouverte, dans laquelle l'ancien maire tient cette fois le rôle de victime: les enquêteurs soupçonnent des caïds de Corbeil-Essonnes de tenter d'extorquer de l'argent à des membres de sa famille. Dans cette affaire, trois frères originaires de Corbeil ont été mis en examen.

Mathilde Tournier